Archives
4 mai 2017

Cocktail est la question

Bon, vu qu’il va bientôt y avoir des tas de festivals, garden-parties et autres pince-fesses, abordons une des calamités du monde occidental, riche, cultivé et moderne: le cocktail dînatoire.

Martina Chyba, journaliste RTS.
Martina Chyba, journaliste RTS.

Qui n’a de «dînatoire» que le nom, dans la mesure où on crève systématiquement de faim en sortant. Alors même que la bouffe a coûté un bras, cherchez l’erreur. Non sérieux, si vous êtes invités à une cérémonie du genre, prévoyez un morceau de pain et de fromage pour le retour, ça vous sauve une nuit.

En fait, il y a deux problèmes majeurs: la nourriture et les gens.

Pour ce qui est de la nourriture, la tendance est au chichiteux.

Comme les verrines c’est has been (ça rime), on vous propose des espèces de cuillères avec un contenu souvent un peu liquide dedans, que vous êtes obligé d’avaler en une fois sinon ça coule sur vos vêtements, ce qui est embêtant quand le dress code imposé est «blanc». Donc, debout, un verre à la main, la cuillère dans l’autre, en train de déglutir péniblement d’un coup votre tartare de Saint-Jacques et ananas à la vanille, inutile de dire que vous n’allez pas pécho le prince charmant du coin, d’autant plus que vous allez passer les 20 minutes suivantes à chercher un endroit où vous pouvez vous débarrasser de cette foutue cuillère.

Dans le même genre il y a les mini-brochettes, les «bouchées», le «finger food» à prendre avec les doigts donc, surtout quand c’est très gras et qu’il n’y a pas de serviette, bref. Il est de surcroît difficile de trouver du végétarien, car il y a toujours un bout de foie gras, de thon, de viande séchée, de crabe, à l’intérieur de ces machins. Un copain m’a dit «c’est parce que sinon ça fait pauvre». Pfff…

Rendez-nous nos bâtons de carotte par pitié.

Ah oui j’ai oublié un truc atroce: le pain surprise. Qui lui aussi n’a de surprise que le nom parce qu’il n’y a jamais de surprise dedans hélas, à part le fait qu’il est des fois imparfaitement décongelé.

Après, pour ce qui est des gens, c’est simple, c’est à désespérer de l’humanité. Dans ces réjouissances, on est en principe entre gens bien nourris et normalement éduqués. Je dis bien en principe, car ils se comportent comme des Russes débarquant pour la première fois dans un all inclusive. Une ruée mes amis!

Tout juste s’ils n’en mettent pas dans les poches des costards ou dans les sacs Vuitton.

Je ne vous parlerai pas du niveau des conversations… pour vous situer, il existe désormais des cours pour apprendre le «small talk» dans les cocktails. Payer pour apprendre à ne rien dire… je vous jure que c’est vrai on a fait un reportage.

Mais alors, me rétorquerez-vous, pourquoi tu y vas si c’est si nul? Eh bien justement j’y vais pas. Plus. Une fois par an max. Les soirées sont réservées aux amis, à la famille, à la culture sans cuillère à part celle de miel dans ma verveine, et au lit. Cette année je serai vernissage comme une image.

© Texte: Migros Magazine | Martina Chyba

Auteur: Martina Chyba