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13 juillet 2015

«Mes chansons, c’est ma façon de comprendre ce qui m’arrive»

La chanteuse québécoise Cœur de pirate, alias Béatrice Martin, sera de passage au Paléo le mardi 21 juillet. Avant le grand soir, elle évoque ses projets, ses tatouages et son nouveau rôle de maman.

Coeur de pirate photo
Même si la vie sentimentale de Cœur de pirate s’est assagie, ses chansons restent pour elle une forme de thérapie. (Photo: Clara Palardy)

Six ans après votre première participation au Paléo, vous réjouissez-vous de retrouver le public de Nyon cet été?

Contente au point d’annoncer votre venue avant la conférence de presse officielle du festival! Vous vous êtes fait taper sur les doigts pour cette fuite?

C’est vrai que j’ai donné quelques indices sur mon site. Mais le festival n’a pas réagi: en tout cas, ils ne m’en ont pas parlé.

Votre nouvel album, «Roses», sortira à la fin août, quatre ans après le précédent. Pourquoi cette longue pause?

En partie à cause de la naissance de ma fille et de mon nouveau rôle de maman. Et puis, j’ai participé à d’autres projets, j’ai par exemple composé la musique d’un jeu vidéo, Child of Light, et j’ai collaboré à un album d’hommage à Renaud. J’ai donc eu besoin de temps pour écrire de nouvelles chansons et pour en faire quelque chose. Maintenant, j’ai vraiment hâte de partager cet album avec le reste du monde! Mais je suis très fière de tout ce qui s’est passé entre-temps.

Ecouter un extrait de son prochain album Roses

C’est vrai, vous n’avez pas chômé! Tous ces projets auxquels vous avez collaboré, c’est une manière de pratiquer votre art avant la sortie de l’album?

Oui, carrément! Et je voulais aussi montrer aux gens que je pouvais faire autre chose. C’était cool qu’on me reconnaisse pour un travail différent, comme la composition, l’arrangement, qui restent proches bien sûr de mon rôle de musicienne.

Vous vous êtes même lancée dans la création de bijoux et de vêtements, en collaboration avec les 3 Suisses…

C’est juste. Quand on m’a demandé de le faire, j’ai dit oui, pas de problème. Mais je n’ai jamais envisagé une carrière de styliste, je n’ai jamais pensé que j’en serais capable. C’était vraiment ponctuel, comme expérience.

Avant de devenir chanteuse, vous vouliez vous inscrire aux Beaux-Arts et devenir dessinatrice de mangas. Est-ce un projet qui vous tient encore à cœur?

Non. C’est vrai que quand j’étais à l’école, je voulais être graphiste. Mais aujourd’hui je suis très heureuse dans ce que je fais, et je me consacre à ça.

On a quand même l’impression que vous multipliez les casquettes: vous avez même prêté votre voix à la Schtroumpfette dans un film d’animation!

Oui, mais encore une fois, je l’ai fait parce qu’on me l’a demandé. Et ça m’a fait plaisir! Quand une collaboration a du sens, pour moi il n’y a pas de problème, je suis prête à tenter de nouvelles expériences.

Et votre rôle de maman, alors! Comment est-ce que vous l’abordez?

Ça, c’est merveilleux! C’est le plus gros travail que j’aie dû accomplir jusqu’à maintenant. Enfin, pas vraiment un travail, mais ça fait partie de moi maintenant, ça a forcément beaucoup changé mon style d’écriture, comment je perçois les choses autour de moi, comment j’appréhende mon art.

Ecouter Oceans Brawl, extrait de son prochain album Roses.

C’est vrai que vos premiers albums s’inspiraient beaucoup de vos déceptions amoureuses. Maintenant que vous êtes mariée, heureuse en ménage, maman, quelles sont vos sources d’inspiration?

Il y a beaucoup de sujets que je n’ai pas abordés dans mes autres albums, parce que je concentrais toute mon énergie sur une personne qui m’avait fait du mal, ou sur mes relations, etc. Avec le nouvel album, j’ai fait tout un travail de réflexion personnelle, je suis allée chercher dans mon vécu de ces dernières années. J’ai grandi très rapidement, dans une solitude de tournée: c’est parfois difficile d’être tout le temps sur la route et je ne pouvais pas toujours en parler, je n’ai pas de groupe avec qui partager cela. Mais je n’étais ni brisée ni à terre, je faisais face à mes problèmes et c’est ça que j’essaie de transmettre dans l’album.

Vous pensez toujours que vos chansons sont une forme de thérapie?

Oui. C’est ma façon de comprendre ce qui m’arrive. D’ailleurs, c’est bien pratique!

Avez-vous l’impression d’avoir changé en prenant de l’âge, en devenant maman?

Bien sûr. C’est normal, le contraire aurait été étonnant. J’espère être devenue une meilleure personne, pour ma fille, pour ma famille.

Mais votre côté rebelle pour lequel vous êtes connue, incarné par vos chansons, vos tatouages, votre nom de scène, est-il toujours bien présent?

Je ne me suis jamais vraiment considérée comme une rebelle. J’ai juste des tatouages, et aujourd’hui ce n’est plus vraiment un acte de rébellion. Mais c’est sûr que je suis un peu atypique, j’aime les contrastes, les opposés, qui viennent d’ailleurs se ­rencontrer dans ma musique, dans ce que je projette.

Au début de votre carrière, vous disiez que votre nom était éphémère, correspondait à une période spécifique de votre vie. Envisageriez-vous de le changer ou vous colle-t-il désormais trop à la peau?

Maintenant que les gens me connaissent sous ce nom-là, ce serait un peu bizarre de le changer. Et il continue à définir qui je suis encore aujourd’hui: Cœur de pirate, c’est le côté romantique, mais vengeur à la fois. Donc je vais le garder.

Vous parliez de la solitude des tournées… Comment conciliez-vous aujourd’hui cet aspect-là à votre vie de famille?

Je me débrouille, je n’ai pas le choix. Et tout se passe très bien, ça demande juste un peu plus d’organisation. Quand je suis en tournée en Europe, la base est à Paris, les grands-parents de ma fille sont là-bas, j’y retourne souvent.

Amusante coïncidence, votre mari est tatoueur… L’avez-vous rencontré dans un salon?

Non, on s’est connus par des amis communs. Mais même si on se retrouve dans cet univers, j’apprécie qu’il évolue dans un domaine artistique qui n’est pas le mien.

Le bruit court que vous allez faire enlever vos tatouages. Info ou intox?

Non, je ne pourrais pas!

En avez-vous un préféré?

Le nom de ma fille, forcément. Mais ils sont tous très spéciaux pour moi, ils ont tous une histoire.

Pour en revenir aux débuts de votre carrière, à ce garçon qui vous avait fait souffrir et qui a inspiré la chanson «Ensemble», déclencheur de votre carrière, l’avez-vous recontacté depuis que vous avez rencontré le succès?

Non. Pas du tout. Lui non plus d’ailleurs.

Lui êtes-vous reconnaissante, d’une certaine manière?

Non… Si, peut-être, mais dans cette histoire j’ai simplement utilisé ma douleur d’adolescente pour créer quelque chose qui m’a finalement été utile et qui a réussi à réconforter beaucoup de gens, je crois. En tout cas, j’espère!

Visionner le clip de Mistral gagnant, une reprise de Renaud

Auteur: Tania Araman