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15 septembre 2014

Combat pour l’égalité

Le partenariat enregistré qui offre une reconnaissance officielle aux couples de même sexe fête ses dix ans. Retour sur une longue lutte alors que se profile un âpre débat sur le mariage pour tous et l’adoption.

Deux hommes et deux femmes, figurines sur gateau de mariage
Les Vert’libéraux réclament via deux interpellations au Conseil national l’ouverture du mariage civil pour les couples de même sexe. (photo: ddp Images)

C’était il y a dix ans. Après six ans de palabres, les Chambres adoptent le texte sur le partenariat enregistré (LPart) au printemps 2004. Enfin, deux personnes de même sexe peuvent se voir accorder une reconnaissance officielle de leur union.

Pour les gays et lesbiennes, c’est l’aboutissement d’un long combat pour l’égalité des droits. «Pas encore complète, puisque le partenariat comporte des restrictions importantes par rapport au mariage, mais tout de même une belle victoire», nuance le théologien Jean-Paul Guisan, alors au front en tant que secrétaire romand de l’association Pink Cross .

Jean-Paul Guisan. (photo: Anna Pizzolante/Rezo.ch)

Ce Genevois aujourd’hui quinquagénaire se réjouit alors de voir la Suisse rejoindre d’autres pays comme le Danemark, et la Confédération de faire comme Genève qui dès 2001 s’inspire du pacs français en permettant à tous les couples, hétéros ou homosexuels, de bénéficier d’un véritable statut d’union civile.

Une reconnaissance par le peuple des couples de même sexe

Il lui faudra pourtant attendre encore avant de sabler le champagne. Car la droite très conservatrice (UDF et PEV) lance un référendum contre la LPart, brandissant le modèle de la famille traditionnelle pourtant bien mis à mal par les statistiques du divorce.

En juin 2005, la Suisse sera donc le seul pays au monde à voter sur le sujet.»

La votation se déroule en même temps que celle des bilatérales, et les milieux arc-en-ciel craignent la mobilisation des conservateurs. L’acceptation de la LPart sera pourtant claire et nette (58%). Le oui est particulièrement massif en Suisse alémanique, ce qui surprend. «En fait, les pays du Nord et l’Allemagne ont toujours été beaucoup plus ouverts à la question homosexuelle que les Latins.»

La LPart: une étape vers plus d’égalité

La loi entre en vigueur début 2007. Jean-Paul Guisan et son compagnon Thierry signeront leur partenariat le 7 septembre 2010, à la mairie des Eaux-Vives, lors d’une cérémonie «dans l’intimité et sous la pluie», suivie d’une grande fête deux mois plus tard. D’origine protestante, neuchâteloise et plutôt bourgeoise, l’ancien secrétaire romand de Pink Cross peut alors avec bonheur constater le chemin parcouru.

Yves de Matteis (photo: Anna Pizzolante/Rezo.ch)

Pacsé au niveau genevois, député vert au Grand Conseil, Yves de Matteis ne fait pas partie de ceux qui pensent qu’il s’agissait alors d’une victoire à la Pyrrhus. «ll faut se souvenir que les premières mobilisations pour une union civile ouverte aux homosexuel(le)s, du côté du Danemark, datent de 1989 et correspondent à celles des premières grosses mobilisations contre le sida. Les gens tombaient malades et leur partenaire ne pouvait aller les voir à l’hôpital, ne faisant pas partie de la famille ni même des proches. Parfois, ils n’avaient même plus accès à leur appartement lorsque le bail était au nom d’une personne disparue.

Ce n’était pas alors une question d’égalité, mais d’urgence d’un débat.»

Un débat qui se poursuit au sein de partis politiques

Désormais, les années sida les plus dramatiques appartiennent au passé et le partenariat enregistré offre d’importantes protections administratives et juridiques. Que l’on ne trouve plus d’union sacrée autour des enjeux pourtant imminents que représente la question de l’adoption ou du mariage pour tous peut se comprendre. Et c’est donc via les partis et parfois involontairement que resurgissent ces questions, et non via les associations et mouvements de défense gays et lesbiens.

Quelques chiffres...

En 2007, l’entrée en vigueur de la LPart avait provoqué une certaine ruée avec quelque 2004 partenariats enregistrés en Suisse. Chiffre qui n’a cessé de décroître depuis, tombant à 693 en 2013 (même si cette même année a vu les couples d’hommes partenariés passer de 428 à 463).

Les couples de même sexe se séparant aussi, les dissolutions augmentent logiquement un peu chaque année. En 2013, 126 dissolutions ont été signées contre 104 l’année précédente ou 90 en 2011. Encore loin du taux de séparation de près de 50% des mariages hétéros, mais il faut dire que ces derniers durent en moyenne un peu plus de 14 ans. Il faudra donc attendre 2021 pour une réelle comparaison…

© Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey