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19 novembre 2012

Comme un poisson dans l’eau

Certains tout-petits raffolent de l’eau tandis que d’autres en ont peur. Faut-il pour autant les initier dès leur plus jeune âge aux plaisirs aquatiques?

Un enfant trempe son pied au bord d'une piscine
Lorsqu’un
enfant joue dans l’eau, 
il n’est pas question de 
le laisser sans surveillance. (Photo: Getty Images/Mieke Dalle)

On a beau passer les neuf premiers mois de sa vie dans un ventre rempli de liquide amniotique, nous ne sommes pas tous égaux face à l’eau. A la piscine certains petits plongent gaiement dans le bassin, tandis que d’autres hésitent, trempent un orteil, puis reculent, avant de dire: «J’ai peur!» Mais un enfant a-t-il réellement peur de l’eau?

Jacqueline Lambiel (Photo: LDD)
Jacqueline Lambiel (Photo: LDD)

Non! répondent en chœur les professionnels. Si une telle angoisse apparaît, c’est souvent suite à la réaction craintive d’un des parents ou d’un proche. Ainsi Jacqueline Lambiel, pionnière de la natation pour premier âge en Suisse et fondatrice de l’école Les Canetons dans le canton de Vaud, raconte-t-elle cette anecdote édifiante au sujet d’une ancienne élève: «Un jour, alors qu’elle était en vacances avec sa fille, une maman a cru que cette dernière se noyait alors qu’elle nageait entre deux eaux. La maman a paniqué: elle s’est jetée à l’eau pour la ramener en catastrophe au bord de la piscine, puis s’est effondrée en larmes. Lorsque la fillette a repris les cours de natation, elle ne voulait plus entrer dans l’eau. Elle disait qu’elle avait peur. Quand je lui ai demandé pourquoi elle avait peur de l’eau, elle m’a répondu: «Parce que ça fait pleurer maman!»

Des enfants aimantés par l’eau et ne sentant pas le danger

Bien sûr, les précautions qui s’imposent doivent être prises lorsqu’un enfant est dans l’eau et il n’est pas question de le laisser sans surveillance (lire encadré). Mais, contrairement aux idées reçues, les tout-petits adorent généralement l’eau. C’est même tout le problème, avertit Christoph Müller, responsable de la prévention aquatique au bpa, le Bureau de prévention des accidents. «Ils sont aimantés par l’eau et ne sentent pas le danger. Et quand l’enfant se noie, c’est le plus souvent sans bruit. Les choses se passent très vite, en moins de vingt secondes.» D’où la nécessité absolue de ne pas s’éloigner du point d’eau, même si le volume est très petit.

«Dès 3 mois, les bébés sont capables de nager»

Face aux dangers de la noyade, la meilleure prévention est donc d’apprendre à nager, comme le relève Nicole Pellaud, vice-présidente de la Société suisse de pédiatrie. Mais faut-il pour autant mettre les petits à l’eau avant même qu’ils ne sachent marcher? Les avis sont partagés, certains estimant que 4 ans est le meilleur âge, d’autres assurant que le plus tôt est le mieux. C’est le cas de Jacqueline Lambiel, qui accueille dès leur troisième mois de vie des bébés-nageurs: «Ils sont tout à fait capables de faire des apnées et de nager, car ils flottent naturellement, leur densité étant plus faible que celle de l’eau.»

Pas question pour autant de les jeter à l’eau comme on a pu le voir par le passé. «Cela n’apporte rien à l’enfant et ça fait peur aux parents.» Les petits entrent donc progressivement en contact avec l’élément liquide, et évoluent à leur rythme.

L’éveil aquatique doit rester un loisir

Face aux dangers de la noyade, la meilleure prévention est d’apprendre à son enfant à nager. (Photo: Ostkreuz/Anne Schoenharting)
Face aux dangers de la noyade, la meilleure prévention est d’apprendre à son enfant à nager. (Photo: Ostkreuz/Anne Schoenharting)

«A 15 mois, certains sont capables de sauter d’un côté de la piscine et de nager jusqu’à l’autre bout», raconte Jacqueline Lambiel. Selon elle, cette initiation précoce a pour effet d’apprendre aux enfants à respecter l’eau. «Ils savent qu’il ne faut pas sauter n’importe où et qu’il y a des règles de sécurité à observer.»

Le but est d’avoir du plaisir à nager avec son enfant.

L’adaptation se fait donc en douceur, avec les parents. Ceux-ci sont invités à jouer quelques instants avec leur enfant une fois la leçon terminée «mais toujours en suivant l’envie et le rythme de l’enfant».

Christophe Hegi (photo: LDD)
Christophe Hegi (photo: LDD)

C’est aussi la méthode prônée par Christophe Hegi, pédiatre à Genève et conseiller médical auprès de Swimsports, l’association faîtière des différentes fédérations suisses de natation, dans le cadre de la formation des moniteurs de natation premier âge.

Lui non plus ne voit pas de contre-indication à mettre à l’eau les tout-petits, si ce n’est qu’il préconise d’attendre leurs 6 mois, âge auquel la température de leur corps est mieux régulée. Mais attention, l’éveil aquatique doit rester un loisir, même s’il peut servir à désangoisser certains parents qui appréhendent de voir leur petit dans l’eau, estime- t-il. «Le but de ces cours ne doit pas être d’apprendre à son bébé à nager, mais d’avoir du plaisir à faire une activité avec son enfant.». Comme un poisson dans l’eau.

Auteur: Viviane Menétrey