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11 mai 2015

Comme un serpent dans l’eau

La couleuvre à collier a été désignée animal de l’année par Pro Natura. L’organisation lutte contre la disparition des zones humides en Suisse, essentielles à la survie de ce reptile semi-aquatique.

Une couleuvre à collier dans l'eau photo
La couleuvre à collier est considérée aujourd’hui comme une espèce menacée. (Photo: Pro Natura)

Le pari était osé. Choisir la couleuvre à collier – un serpent! - comme animal de l’année 2015. «Le risque a été pris consciemment, explique Nicolas Wüthrich, responsable de l’information de Pro Natura pour la Suisse romande. Les serpents ont certes tendance à attiser les phobies. Mais ils sont surtout très mal connus du grand public, qui oublie parfois qu’ils ont aussi leur place en Suisse!»

Une couleuvre à collier dans la forêt photo.
Une couleuvre à collier dans la forêt.

Contrairement aux autres espèces de reptiles indigènes, la couleuvre à collier a la particularité de vivre aux abords des plans d’eau. Elle est d’ailleurs une excellente nageuse et parvient à se maintenir jusqu’à trente minutes en apnée sous l’eau en cas de danger. De quoi donner des sueurs froides aux baigneurs? «Il n’y a rien à craindre, rassure le porte-parole de l’organisation écologique. Il s’agit d’un serpent non venimeux et donc 100% inoffensif. Seuls les amphibiens et les poissons doivent s’en méfier, puisqu’il les engloutit vivants.»

Une espèce menacée

Si la bestiole est mise sous le feu des projecteurs cette année, ce n’est pas pour vanter ses talents de chasseuse aquatique. Mais parce que l’espèce est considérée aujourd’hui comme menacée. «Nous ne bénéficions pas d’un recensement précis de ce serpent, car il vit sur une large partie du territoire helvétique jusqu’à 2000 mètres d’altitude, indique Sylvain Ursenbacher, biologiste au Centre de coordination pour la protection des amphibiens et des reptiles de Suisse. Mais nous remarquons qu’aux endroits où il était très présent il y a encore vingt ou trente ans, il est plus difficile de l’observer aujourd’hui. Un signal clair que les populations de cet animal sont en diminution!»

La raison principale de ce déclin, c’est la disparition progressive des lieux susceptibles d’accueillir la couleuvre à collier. «Dès les années 1950, le drainage des zones humides s’est intensifié pour faciliter leur exploitation agricole et de nombreux ruisseaux ont été canalisés, regrette le spécialiste des serpents. Des surfaces qui aujourd’hui ne peuvent accueillir qu’une biodiversité très limitée!»

Sylvain Ursenbacher déplore la disparition des lisières, appréciées par de nombreuses espèces photo
Sylvain Ursenbacher déplore la disparition des lisières, appréciées par de nombreuses espèces.

Des gouilles pour les grenouilles

Pour inverser la tendance, Pro Natura a donc lancé il y a deux ans la campagne «Des gouilles pour les grenouilles». L’organisation a déjà reconstruit un peu plus d’une centaine de plans d’eau et incite les communes à se lancer dans des projets similaires. «Ce ne sont pas forcément des marres spectaculaires, précise Nicolas Wüthrich. Il s’agit la plupart du temps de petits plans d’eau, asséchés une partie de l’année, mais qui profitent beaucoup aux grenouilles et crapauds. Et donc aussi à la couleuvre à collier, qui en fait son principal repas!»

L’autre problème, ce sont les lisières qui se veulent de plus en plus monotones. «Aujourd’hui les champs s’étendent jusqu’à l’entrée des forêts, constituées déjà de grands arbres, déplore Sylvain Ursenbacher. On a donc perdu les zones tampons, constituées de buissons, qui faisaient autrefois le lien entre les étendues d’herbes et les forêts.» Pourtant ces lieux sont très appréciés de nombreuses espèces, notamment des reptiles et des oiseaux. «On a oublié que ces animaux sont les amis des agriculteurs! On a tout intérêt à leur laisser des lieux de vie aux abords des champs, puisqu’ils aident à réguler les populations d’insectes et de micromammifères.» De quoi vaincre enfin les dernières réticences sur les serpents?

Animaux de l'année

Le moineau domestique

Deux moineaux domestiques photo.
Deux moineaux domestiques.

C’est un des oiseaux les plus fréquents dans nos cités. On le dit même anthropophile, lui qui aime vivre à proximité des humains. Pourtant le moineau domestique est en diminution dans une grande partie de l’Europe. En Allemagne par exemple, ses populations auraient déjà été réduites de moitié. A Londres, la baisse a atteint 68% ces trente dernières années!

«Cela doit nous interpeller: même les populations d’oiseaux les plus fréquents diminuent», affirme François Turrian, directeur romand de l’Association suisse de protection des oiseaux (ASPO). Si aucune étude globale n’a encore été menée en Suisse, des recensements ont montré que dans certaines régions les effectifs ont reculé de 20 à 40% depuis 1980.

Il y a principalement deux pistes d’explications. D’abord, les moineaux trouvent difficilement des lieux propices pour nicher. «La faute aux architectures modernes de béton et de verre et qui n’offrent que rarement de petites cavités où peuvent se réfugier les oiseaux.» Pour donner un coup de pouce à l’animal, il est ainsi possible d’installer des nichoirs sur sa propriété.

L’autre raison, c’est la diminution des populations d’insectes en milieu urbain. Une nourriture pourtant essentielle pour nourrir les oisillons. «Les restes des aliments des humains ne conviennent pas aux oiseaux, met en garde François Turrian. Si l’on désire les nourrir, il faut acheter des graines adaptées dans le commerce.» Mais le plus important reste de favoriser la biodiversité près de chez soi. En optant notamment pour des plantes indigènes, qui peuvent attirer «jusqu’à cinquante fois plus d’insectes que les espèces exotiques!»

Le saumon atlantique

Un saumon atlantique photo.
Un saumon atlantique.

L’espèce de poisson sélectionnée cette année par la Fédération suisse de pêche (FSP) n’est pas menacée dans notre pays. Elle a déjà complètement disparu! Les derniers spécimens de saumons atlantiques ont été repérés en Suisse dans le Rhin en 1950. L’espèce faisait pourtant partie jadis de la nature et de la gastronomie locale: jusqu’au XIXe siècle des dizaines de milliers de saumons se frayaient un chemin depuis le Groenland jusque dans les affluents du fleuve, loin dans les vallées alpines.

Aujourd’hui les migrations des saumons sont mises à mal en premier lieu à cause des nombreux obstacles érigés par l’homme. «Certains barrages le long du tracé du Rhin entre la France et l’Allemagne ne comportent encore aucun dispositif latéral permettant aux poissons de les franchir, indique Maxime Prevedello, chargé de la communication de la FSP. Quelques rares poissons parviennent quelquefois à les franchir en utilisant les écluses des bateaux. Mais ils restent des exceptions!» A l’image de ces trois spécimens qui sont parvenus à remonter le fleuve jusqu’à Bâle ces dernières années.

Sur la partie helvétique du fleuve, il s’agit d’abord d’améliorer les zones de reproduction en facilitant le charriage naturel dans les rivières. La FSP espère que le poisson puisse se réinstaller en Suisse dès 2020. «Un but ambitieux, reconnaît Maxime Prevedello. Mais qui serait un symbole fort de l’amélioration de la qualité de nos cours d’eau.»

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin