Archives
23 janvier 2012

Comment bien s’énerver au boulot

Mal perçue parce qu’elle est souvent associée à la violence, l’ire est pourtant légitime. Reste à la canaliser, sur son lieu de travail aussi.

La colère au bureau
La colère donne du punch. Reste à la canaliser pour en tirer profit. Photo Fotolia.

Température extérieure: -5 degrés. A l’intérieur du bureau : 10 degrés à tout casser. Et vous grelotez. En cause? Votre collègue qui ouvre tous les matins la fenêtre pour aérer. L’intention est louable, bien sûr, mais vous détestez le froid. Et ça vous énerve qu’il agisse de la sorte sans vous demander votre avis. Alors, vous faites le poing dans votre poche. Votre colère grandit. Jusqu’au jour où vous explosez. En toute bonne conscience, comme le souligne Yves-Alexandre Thalmann, psychologue, professeur et auteur de nombreux ouvrages de développement personnel: «Lorsqu’on exprime les petites colères qui se sont accumulées, cela se fait souvent de manière impulsive, voire violente, comme si on se disait qu’on avait le droit de réagir ainsi, parce que, après tout, cela fait longtemps que l’on subit cette situation.» Mais la personne en face, celle contre qui est dirigée cette colère et qui ne s’était pas rendu compte de cette frustration, tombe des nues. «Il y a des colères problématiques – lorsqu’elles sont répétitives et disproportionnées, comme le cas du collègue qui ouvre la fenêtre tous les matins même en hiver – et des colères saines lorsqu’elles visent à faire valoir ses droits», explique le psychologue. Le droit à de bonnes conditions de travail, par exemple, ou le droit à la liberté de vivre comme on l'entend pour autant que cela n'empiète pas sur la liberté d'autrui. Exemple d’actualité: les manifestations des employés de Novartis qui ont par leurs actions réussi à empêcher la fermeture du site de Prangins. «Ils ont été entendus, observe Yves-Alexandre Thalmann. Ce qui n’aurait pas été le cas si des ouvriers avaient saboté des machines ou mis le feu à l’entreprise», car le message aurait été noyé sous les actes de violence.

Contrairement à la tristesse qui dévitalise, la colère donne du punch. «Cette énergie nous aide à surmonter un obstacle», relève Yves-Alexandre Thalmann. Et d’ajouter: «Celui qui se met en colère a plus de chances de s’en tirer en cas d’agression.»

Reste à maîtriser cette émotion. Taper sur son ordinateur qui plante n’a jamais résolu un problème informatique. Il convient donc de repérer les signes de l’énervement, de les assumer, puis de les verbaliser. Le psychologue recommande de dire «je suis énervé pour telle raison» plutôt que «tu m’énerves», évitant ainsi de projeter vers l’extérieur les causes de notre bouillonnement intérieur.

La colère aurait-elle une incidence sur la concentration, nous permettrait-elle d’être plus efficace au travail? Difficile à dire. Une chose est sûre: «si les émotions positives élargissent notre attention, les négatives la focalisent au contraire sur l’objet de notre frustration ou colère», rapporte Yves-Alexandre Thalmann. Aussi, dit-il: «La colère pourrait aider à se concentrer sur l’objet de notre rage.» La colère a donc du bon.

Yves-Alexandre Thalmann, psychologue, enseignant et conférencier, a écrit de nombreux ouvrages de développement personnel, dont «Petit cahier d’exercices pour vivre sa colère au positif » (Jouvence), «Les gens heureux ne s’inquiètent pas de savoir si c’est vrai… ils se racontent de belles histoires» (Albin Michel) ou encore «La psychologie positive: pour aller bien» (Jouvence).

Yves-Alexandre Thalmann sur le net.

Auteur: Laurence Caille