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14 janvier 2013

Comment être un bon mari

A l'occasion du dimanche des Bastians, Isabelle Kottelat nous présente une confrérie particulière et sans doute très convoitée: celle des Bons Maris.

croquis de quatre hommes qui chantent
A Estavayer-
le-Lac, les bons maris 
ont même 
une place 
à leur nom.

C’est le début d’année, le fin moment pour les bons vœux et les bonnes résolutions. A ce propos, vous, Messieurs, qu’attendez-vous pour apprendre à devenir un bon mari? Vous ne savez pas où vous adresser? A Estavayer-le-Lac (FR), les Bons Maris sont en fête chaque année le dimanche des Bastians, autour du 20 janvier. Depuis quatre cent trente et un ans! Et ils ont même une place qui porte leur nom!

Pour la journée qui leur est consacrée, pas de cours de cuisine, toutefois, ni de passage d’aspirateur, de tournure de compliments ou d’abstinence de match-à-la-TV-bières-chips. Hélas! Non, ces messieurs tirent à l’arbalète et déambulent dans les rues, couronnés de hauts-de-forme, leur couvre-chef de ralliement, au son de leur chant traditionnel. Bon, dans cette noble confrérie créée en 1582, on n’y apprend pas particulièrement les bonnes manières conjugales. Le but, c’est plutôt de cultiver une solide amitié masculine et de perpétuer l’une de ces antiques traditions dont la Cité à la Rose a le secret.

Au départ, cette confrérie était une abbaye de mousquetaires, réservée aux hommes, bourgeois, majeurs et dotés d’une conduite irréprochable. Les célibataires étaient tellement mal vus qu’ils étaient sommés de prendre femme dans le délai d’un an sous peine d’une forte amende. Dieu merci, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Mais on ne sait pas vraiment pourquoi l’on parle de bons maris, puisqu’ils ne le sont pas tous. Même que des ecclésiastiques y ont participé... Et pour les femmes mariées? Rien. Seulement la ronde nocturne des Catherinettes, le 25 novembre à la Sainte-Catherine donc: des créatures encapuchonnées, non pas de chapeaux ridicules mais de longues capes noires, qui arpentent les rues sombres d’Estavayer-le-Lac à la tombée de la nuit, pour aller chanter leurs encouragements sous les balcons des jeunes femmes qui viennent d’avoir 25 ans et qui ne sont toujours pas mariées. C’est dire que ça fait du monde, dans notre société d’aujourd’hui.

Mais ça serait quand même bien dommage de perdre ces jolies traditions, non?

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck