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16 janvier 2012

Comment faire face aux hurlements de bébé?

Principal moyen d’expression et de communication du nourrisson, les cris prennent parfois des proportions difficilement supportables. Conseils.

Quand bébé pleure
Il est important d'accepter que son bébé pleure beaucoup. (Photo: Istockphoto)

Oui, un bébé, ça pleure. Parfois énormément. Normal, encore dénué de la parole, le cri reste son seul moyen d’expression. Et puis mettez-vous un peu à sa place: longtemps au chaud dans le ventre de sa maman, qu’il sentait avec tout son corps, il pouvait bouger librement dans un cocon douillet où les bruits ne lui parvenaient qu’étouffés. Et voilà qu’après la difficile épreuve de la venue au monde, où il a été brutalement séparé de sa mère, il doit réguler lui-même sa température et ne parvient que difficilement à bouger tout seul dans un environnement soudain bruyant. Sans compter que, pour la première fois, il ne se sent pas pleinement rassasié.

J’en venais à me sentir coupable.

Bébé qui pleure. Photo: Istockphoto
Bébé qui pleure. Photo: Istockphoto

Il y a de quoi hurler, non? Des pleurs de faim, ou de soif, ou de sommeil, que sa maman et son papa devront rapidement décrypter sous peine de les entendre redoubler de plus belle. Mais certains bébés aussi, sans raison apparente, lorsqu’on tente de les apaiser, se mettent à hurler de plus en plus. On les appelle les bébés crieurs, ces tout-petits qui semblent passer leurs journées à s’époumoner sans raison. Combien sont-ils? Les études se contredisent. «Selon diverses sources, entre 8 et 20% des nouveau-nés», explique Nicole Troxler, initiatrice du site www.monbebepleure.ch sur lequel elle raconte son calvaire: «J’en venais à me sentir coupable parce que je n’étais pas capable de calmer les pleurs de mon enfant. Je voyais toutes les autres mères avec leurs bébés calmes et je me disais que j’étais une mauvaise mère.»

Accepter que son bébé pleure beaucoup

Aujourd’hui la jeune femme le sait: elle ne commettait pas d’erreur, elle ne s’est montrée ni incapable ni insensible. Doublé d’une sensation bien compréhensible d’épuisement en raison du manque de sommeil et de calme, le parent confronté à un bébé qui pleure beaucoup doit d’abord l’accepter. «C’est parfois d’autant plus difficile qu’en raison de l’évolution sociale – familles monoparentales ou migrantes, individualisation – on se retrouve souvent seule à devoir affronter la situation. Et dans ce cas, il est normal d’éprouver des difficultés à la gérer», explique Laetitia Baillod.

Bébé qui pleure. Photo: Istockphoto
Bébé qui pleure. Photo: Istockphoto

Chargée d’enseignement auprès de la Haute Ecole de santé genevoise, cette infirmière spécialisée en soins pédiatriques a organisé avec sa collègue Delphine Coulon une 3e Journée francophone de la périnatalité. C’était en début d’année dernière et la rencontre a été placée sous le thème du deuil périnatal, et notamment du syndrome encore trop peu connu du bébé secoué (lire encadré). «Il est important de savoir comment faire face lorsqu’on est à bout de nerfs et éviter absolument d’attraper son nourrisson et de l’agiter pour qu’il se taise, passage à l’acte aux conséquences irréversibles et potentiellement mortelles.»

On s’attendait à un océan d’amour tranquille avec le retour à la maison, à des premières semaines de découverte joyeuse du petit être tant désiré. Patatras. Nous voilà avec l’envie que ces cris s’arrêtent, à regretter le boulot et à envier les copines célibataires qui nous racontent leurs virées shopping. «Ce bonheur obligatoire correspond à l’image que la société nous renvoie de la parentalité. Du coup, lorsque les premières semaines ne sont pas faciles, certains tombent de haut. Tout en culpabilisant d’éprouver ce type de sentiment.»

«Un crescendo durant les trois premiers mois de vie»

Bébé qui pleure. Photo: Istockphoto
Bébé qui pleure. Photo: Istockphoto

Après s’être souvenu que tous les petits pleurent, il faut aussi se dire que le plus souvent cela ne dure pas. «Des études ont montré qu’il y avait des cycles. Davantage le soir que le matin, avec un crescendo durant les trois premiers mois de vie, avant une diminution.»

Des petits trucs pour apaiser son petit

Bien sûr, cela peut paraître très long lorsque les nuits se réduisent à la portion congrue et que les soucis professionnels ou les petits pépins de santé du bébé s’ajoutent à une tension bien compréhensible. Que faire? Même si «chaque enfant est différent et qu’il n’existe pas de recette miracle», comme le rappelle Laetitia Baillod, certains se calment lorsqu’ils se sentent contenus ou alors portés contre papa ou maman. On peut aussi essayer de donner un bain, de faire un petit massage ou de mettre de la musique douce.

Bébé qui pleure. Photo: Istockphoto
Bébé qui pleure. Photo: Istockphoto

Si rien ne fonctionne, un maître mot pour éviter de «péter un plomb»: déléguer. «Suivant son entourage, confier le nourrisson à son conjoint, ou à sa maman, à un frère ou une sœur, voire à une copine en qui on a confiance.» Aller faire une petite balade, boire un café, se mettre au vert un moment, le temps de se sentir à nouveau plus serein.

Il existe également des ressources professionnelles susceptibles d’apporter du soutien. Les sages-femmes pendant la durée des visites à domicile ou si l’on décide d’aller au Centre médico-social (CMS) y peser bébé. Le pédiatre, qui pourra donner des conseils. Ou encore prescrire un «bon de respiration.» Prodiguées par la Croix-Rouge suisse, ces aides ponctuelles de trois ou quatre heures sont également remises par des services sociaux ou des services de puériculture. «A l’époque de leur création, à Genève il y a vingt-cinq ans, cela s’adressait surtout aux enfants malades. Désormais, il s’agit de plus en plus de parents fragilisés et épuisés», explique-t-on du côté du célèbre organisme. «Il existe également des consultations infirmières puéricultrices dans plusieurs cantons. Ou encore le recours aux conseils de l’Ecole des parents. L’essentiel étant que les familles puissent en parler et se sentir soutenues», explique Laetitia Baillod.

Bébé qui pleure. Photo: Istockphoto
Bébé qui pleure. Photo: Istockphoto

En dernier recours, lorsque l’on se sent prêt à craquer, lorsque les parents ressentent de l’agressivité envers leur bébé sous l’effet de l’adrénaline produite par le stress, la meilleure solution consiste à «mettre le nourrisson en sécurité dans son lit et quitter la pièce», explique Laetitia Baillod. Nicole Troxler conseille même de respirer profondément ou, à l’inverse, de se défouler en pratiquant une activité aussi basique que de l’arrachage de mauvaises herbes, du ménage ou la coupe de petit bois. Bref, n’importe comment mais pas sur l’enfant!

Auteur: Pierre Léderrey