Archives
27 avril 2015

Comment lui parler de la mort?

Difficile d’annoncer à son enfant le décès de son grand-père et de trouver les mots justes pour répondre à ses interrogations. La conteuse et thanatologue Alix Noble-Burnand livre ses conseils.

Un enfant avec un oiseau mort dans la main photo
La première confrontation avec la mort apporte chez l'enfant son lot d’interrogations souvent désarmantes. (Photo: Lee Avison/plainpicture)

Hier soir, grand-papa s’est éteint sur son lit d’hôpital. Junior, 6 ans, ne le sait pas encore. Pour sa maman, qui peine déjà à gérer son propre chagrin, il s’agit à présent de lui annoncer la nouvelle. A coup sûr, elle va devoir faire face à une avalanche de questions: sur la vie, la mort, le ciel, la vieillesse, la maladie… Comment trouver les mots justes pour aborder le sujet?

Etape obligée, cette première confrontation au décès d’un proche, d’un ami de la famille, ou même de l’oncle d’un copain, apporte son lot d’interrogations souvent désarmantes, d’explications parfois hasardeuses et s’accompagne surtout d’un certain désarroi des parents. Pour la conteuse et thanatologue vaudoise Alix Noble-Burnand, auteure du récent ouvrage Au secours! Mon enfant me pose des questions sur la mort, un mot d’ordre: être clair dans ses propos.

Préparer le terrain

«Pour commencer, il est primordial d’utiliser le terme mort, souligne-t-elle. Si vous dites, grand-papa est parti, l’enfant ne comprendra peut-être pas et se demandera pourquoi son aïeul ne lui a pas dit au revoir. Il se pourrait même qu’il se sente coupable.» Un phénomène qui s’explique par le sentiment de toute-puissance des petits, qui se perçoivent comme le centre du monde: «Tout ce qui se passe autour d’eux est, dans leur esprit, lié à quelque chose qu’ils ont fait ou n’ont pas fait. Il sera donc peut-être nécessaire de les rassurer sur ce point, de leur expliquer qu’ils n’y sont pour rien.»

Mais avant de délivrer la nouvelle à proprement parler, il s’agit de préparer le terrain, poursuit la spécialiste. «D’autant plus s’il s’agit d’un décès auquel on s’attendait, du résultat d’une longue maladie. On aura eu le temps de rendre visite à la personne en question, à l’hôpital ou à l’EMS, et de prévenir l’enfant que la situation est sérieuse.» Attention toutefois à bien distinguer les termes mort, vieillesse et maladie, met en garde Alix Noble-Burnand. Certes son autre grand-père n’est plus tout jeune et a quelques soucis de santé, mais cela ne veut pas nécessairement dire qu’il va décéder prochainement. «La crainte ultime étant, si ses parents eux-mêmes tombent malades, qu’ils meurent à leur tour et le laissent tout seul.» Autre confusion à éviter, celle entre mourir et dormir: «Sans quoi l’enfant aura peur d’aller se coucher le soir.»

Quant à l’annonce elle-même? «On peut par exemple lui expliquer qu’on a quelque chose de grave à lui dire et lui confier que l’on est nous-mêmes très triste.» En effet, la thanatologue encourage les parents à nommer leurs émotions, quelles qu’elles soient. «De toute façon, les enfants les percevront. Il faut aussi qu’il comprenne que c’est tout à fait normal et légitime d’avoir du chagrin.» Important également d’insister sur le caractère définitif, irréversible et universel de la mort, même si, avant l’âge de 8 ans, «l’enfant aura du mal à saisir ce concept. Il aura certainement besoin de beaucoup en parler. Ses émotions seront peut-être un peu chaotiques pendant quelque temps: il pleurera, rira même, et se mettra en colère plus facilement.»

Une autre question que peuvent se poser les parents: faut-il emmener le petit voir le corps du défunt? «J’y serais assez favorable, répond Alix Noble-Burnand. D’autant que ce que l’enfant ne voit pas, il se l’imagine. Mais là encore, il s’agit de le préparer, de lui expliquer à quoi il doit s’attendre. Si l’on est soi-même trop ému pour en parler, on peut faire appel à une personne neutre, qui lui décrira la scène à l’avance: son grand-père ne sera peut-être pas sur un lit d’hôpital, mais sur un chariot, il aura l’air de dormir, etc.» Et de souligner l’importance d’accomplir ensemble cette visite, «l’enfant ayant un besoin vital de faire partie d’une famille, de ne pas être mis de côté».

L’importance d’assister à l’enterrement


Voilà pourquoi il est également important qu’il assiste à l’enterrement, quel que soit son âge. «L’en éloigner pourrait aussi susciter chez lui un sentiment de culpabilité. On désignera par exemple quelqu’un pour s’en occuper durant la cérémonie. Pour se distraire, il pourra faire un dessin que l’on mettra sur le cercueil: ce sera un moyen pour lui d’apporter sa contribution.»


Et en ce qui concerne l’après-mort? Comment répondre à un enfant qui demande où se trouve maintenant l’aïeul? «Là encore, il faut faire attention aux mots que l’on emploie. Si l’on dit qu’il est au ciel, on risque de susciter d’autres interrogations: comment est-il arrivé là-bas, est-ce qu’il vole, comment les avions font-ils pour l’éviter, etc.» Tout dépend également des convictions religieuses de la famille. «Si l’on croit en Dieu, on en parlera. Sinon, on peut très bien dire au petit qu’on ne sait pas ce qui se passe après la mort, lui demander son avis, lui expliquer qu’il existe différentes croyances.» Et lui assurer que, quoi qu’il en soit, on se souviendra toujours de grand-papa…

Texte © Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman