Archives
14 mai 2012

Comment protéger son enfant des smartphones?

S’il est facile de tenir sa progéniture à distance des excès du Net ou de la télévision, canaliser l’usage de ces téléphones intelligents n’est pas encore un réflexe.

Un enfant et un adulte sont chacun plongés dans un smartphone
Les parents ne doivent pas utiliser le smartphone comme tranquillisant pour leur enfant. (Photo: Keystone /Hans-Jörg Walter)

Le téléphone portable à tout faire, ressemble de plus en plus à un ordinateur. Navigation sur internet, téléchargements de musique ou de jeux, visionnement de vidéos ou de photos: rien ne résiste aux smartphones. Du coup, ils se retrouvent dans toutes les mains. Y compris dans celles des enfants. Maintenant que le smartphone accompagne les jeunes jusque dans leur lit, comment gérer son utilisation et empêcher les dérives?

Smartphones et tablettes changent notre manière de vivre ensemble

Telle est en tout cas la thèse de Gérard Berry, l’un des meilleurs connaisseurs de la science informatique en francophonie, enseignant au Collège de France. «C’est la fracture comportementale et intellectuelle qui demeure profonde entre les générations. Pour les enfants, l’internet est aussi naturel que la mer ou la montagne. Alors qu’ils n’ont rien connu d’autre, beaucoup d’adultes doivent se battre pour rester dans le coup.» Pour l’adulte, la première difficulté face à l’usage du numérique mobile de sa progéniture sera de s’y intéresser et de ne pas se laisser distancer par la nouveauté. Un peu comme pour le jeu vidéo, à propos duquel le pédopsychiatre Serge Tisseron rappelait que la «pire attitude parentale reste le désintérêt».

Des objets d’abord pour les adultes

Encore plus que les «simples» mobiles, les smartphones sont fragiles. Et chers. Les parents qui ne supportent pas l’idée que chérubin le laisse tomber ou en raie l’écran peuvent toujours en interdire l’accès. On peut aussi expliquer, puis rappeler souvent, que les écrans tactiles doivent être traités avec grand ménagement. C’est aussi un argument pour en refuser l’achat en dessous d’un certain degré de maturité. Et que si vous acceptez que votre appareil accède au rang d’outil familial partagé, il n’est pas pour autant en libre-service.

La dangerosité du wi-fi

Comme pour la téléphonie mobile, on entend tout et son contraire à ce sujet. A priori, actuellement, les scientifiques semblent penser qu’il s’agit d’ondes de faible intensité, qui ne devraient être dangereuses que pour les personnes dites électrosensibles. Mais, en même temps, ils s’empressent de préciser que l’on manque de recul pour connaître l’impact réel sur la santé de ces ondes diffusées, le plus souvent, en continu. Prudence, donc, surtout avec les enfants dont on sait le cerveau plus fragile.

Autoriser ou non les téléchargements?

C’est naturellement la grande question. Que ce soit un Iphone ou un téléphone tournant sous Android (ces deux univers trustant désormais 90% des ventes de téléphones mobiles dits intelligents), l’utilisateur a très facilement accès à un magasin en ligne offrant quantité d’applications gratuites ou payantes.

La pire attitude parentale reste le désintérêt.

On connaît le succès auprès des têtes blondes du jeu Angry Birds (que les adultes adorent aussi) ou chez les tout-petits de la célèbre Boîte à Meuh et ses sons de vache, de canard ou de chien. En principe, le Play Store (nouveau nom de l’Android Market) comme l’Apple Store ne sont accessibles que via un compte utilisateur. Cela permet, comme pour la facture de téléphone, d’éviter toute surchauffe. Mais surtout le téléchargement de jeux trop violents (comme sur console, ça existe), voire de «contenu inapproprié» (aussi). Vérifier également que l’appli en question ne nécessite pas une connexion internet: certaines fonctionnent a priori «offline», mais proposent des modes «challenge» spécifiques encourageant à se mesurer à d’autres joueurs ou à se connecter à Facebook.

Installer un contrôle parental

On y pense pour l’ordinateur du salon ou le PC portable, moins pour un appareil servant en principe surtout à téléphoner. C’est méconnaître les générations récentes de ces smartphones, capables d’offrir une qualité de surf très correcte. Sur le téléphone à la pomme, il existe un écran dédié au contrôle parental, qui permet par exemple d’interdire Youtube, le service de localisation ou encore l’arrivée de nouvelles applications.

En revanche, pour le navigateur Safari, c’est tout ou rien. Si vous souhaitez, comme sur un ordinateur, ne bloquer que certains sites, il faut passer par des applications dédiées, comme le connu Mobicip Premium facilement paramétrable. Sur Android, pas de paramétrage par défaut, il faut passer par le Store. Vous craignez que chérubin ne télécharge à tout-va? Installez donc AppNotifier qui vous avertit par e-mail à chaque installation. Un bon moyen également d’éviter le piratage de votre compte Gmail. Très utile aussi, Kids Place vous aide à mettre en place une page d’accueil pour votre enfant avec les applications que vous souhaitez lui laisser utiliser. L’application désactive également les réseaux sans fil.

Signalons que si votre enfant possède son propre appareil, il existe de véritables petites applications espionnes (tels Phone Control ou Family Locator sur Android), qui permettent par exemple de vérifier tout le contenu reçu sur l’appareil, de le localiser en tout temps et même d’avoir accès à l’intégralité des contacts, photos et SMS. A chacun de se demander si la fin justifie ce type de moyens.

Un écran de plus

Bien avant le nombre stratosphérique des SMS ou des heures d’appels hebdomadaires typique de l’adolescence, il faut savoir que les très jeunes sont déjà susceptibles de manifester de sérieux symptômes de dépendance vis-à-vis de leur «précieux» (nom de code donné par beaucoup de possesseurs d’Iphone à leur appareil, ndlr.). Selon une étude d’un institut anglais sur les comportements de consommation, près de la moitié des bambins de moins de 12 ans interrogés ont le blues s’ils n’ont pas d’accès à internet. «Etant donné que les enfants jouent de plus en plus souvent avec des smartphones ou des tablettes et qu’un nombre croissant de parents laissent les tout-petits pianoter sur des appareils à écran tactile, les enfants sont susceptibles de créer un lien affectif avec l’objet», commente Gregor Waller, du Département de psychologie de la Haute Ecole des sciences appliquées à Zurich. «Les parents doivent donc faire attention à ne pas utiliser ce genre de gadgets comme tranquillisants», avertit l’expert.

Des parents réclament des journées sans écran.

De manière générale, l’écran du smartphone s’ajoute à celui de la télévision, de l’ordinateur familial, voire de la tablette tactile ou de la console de jeu portable. D’autant que les parents ne sont pas forcément les premiers à montrer l’exemple. Dès lors, pour éviter que l’enfant ne fasse rien d’autre, il faut absolument en limiter l’usage. A chacun sa technique: on peut opter pour des «temps d’écran», laissant à l’enfant le choix de l’appareil, mais en excluant par exemple les jours d’école ou les heures avant le coucher. D’autres réclament une journée hebdomadaire sans aucun écran, d’autres encore hiérarchisent suivant l’usage.

Dans tous les cas, il convient de rappeler qu’en dessous de 3 ans, l’écran doit rester l’apanage de moments courts et toujours partagés avec un adulte.

Auteur: Pierre Léderrey