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20 avril 2015

Congé paternité: et si c’était enfin le moment?

Pour la gauche et les syndicats, le basculement d’une partie du centre du côté du «oui», la volte-face de villes comme Neuchâtel ou Fribourg et l’exemple de plusieurs grandes entreprises comme Migros montrent que les pères peuvent enfin espérer une victoire.

Un père avec son bébé photo
Les papas vont-ils enfin obtenir leur congé paternité? (Photo: Plainpicture)

Les papas vont-ils enfin obtenir leur congé paternité? Le sujet apparaît une nouvelle fois sur la table du monde politique grâce à une initiative parlementaire du PDC grison Martin Candinas. Si le projet passe la rampe de la commission ad hoc du Conseil national, il lui faudra encore triompher devant le Conseil des Etats. Au vu des précédentes tentatives devant les Chambres – au nombre de 31 selon Isabel Valarino, qui a soutenu l’année dernière une thèse sur les congés parentaux – ce n’est évidemment pas gagné.

Mais Travail.Suisse, organisation faîtière de onze syndicats, y croit. Elle a d’ailleurs relancé l’an dernier une nouvelle campagne sur ce thème. Comme pour le congé maternité autrefois se pose rapidement la question du financement. Et la droite a donc toujours fait barrage. Il semble cependant que les mentalités évoluent au centre, et l’appartenance politique de Martin Candinas apparaît comme le symbole d’un nouvel espoir pour les défenseurs d’un vrai congé paternité inscrit dans la loi.

Actuellement, si certaines grandes entreprises comme Migros (pionnière avec trois semaines) se montrent généreuses, si beaucoup de grandes villes font de même avec leurs employés, beaucoup de pères n’ont droit qu’à un ou deux jours. Autant dire rien du tout. Et certains doivent prendre des semaines de vacances pour tenter de seconder un peu leur compagne. Ailleurs en Europe, la plupart de nos voisins se montrent généreux, souvent à travers la mise en place d’un vrai congé parental à partager entre père et mère.

«Actuellement, les hommes ont droit à la même chose que pour un déménagement»

Valérie Borioli Sandoz, responsable Politique de l’égalité chez Travail.Suisse photo.
Valérie Borioli Sandoz, responsable Politique de l’égalité chez Travail.Suisse.

Valérie Borioli Sandoz, responsable Politique de l’égalité chez Travail.Suisse.

Chez Travail.Suisse, pensez-vous que cette fois sera la bonne pour un congé paternité ?

Oui! Le dernier texte dont le Conseil national a traité n’a été rejeté en plenum que de douze voix. Le PDC, qui aime se décrire comme le parti de la famille, y était pour quelque chose puisque treize de ses élus avaient voté contre la proposition. Celle de Martin Candinas vient justement des rangs du parti qui détient les clés pour cet objet. Cette fois, il s’agit d’une initiative parlementaire, un texte qui passe d’abord l’examen d’une commission avant d’être présenté en plenum. La proposition est plus modeste, mais elle va dans la bonne direction.

Même si le texte passe la rampe de la Commission de sécurité sociale et de la santé publique du National, ne risque-t-il pas de capoter devant le Conseil des Etats, comme ce fut déjà le cas par le passé?

La même commission du Conseil des Etats vient d’accepter le 27 mars dernier le principe d’un congé payé pour les parents qui adoptent un enfant hors de la famille. C’est un signe qui indique que cette commission est ouverte à des décisions favorables à la famille et à l’égalité de traitement entre parents.

Travail.Suisse préconise plutôt vingt jours de congé, quinze jours vous paraissent-ils suffisants? Ne serait-ce pas beaucoup de bruit pour pas grand-chose?

C’est comme de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide! Pour tisser les liens avec son propre enfant, le temps est un facteur très important. Même si l’initiative parlementaire ne propose que la moitié de ce que nous revendiquons, dix jours valent mieux que rien du tout, comme c’est le cas aujourd’hui. Et l’avancée sera grande, car c’est le principe même que les pères ont un rôle à jouer au sein de la famille dès la naissance qui sera enfin reconnu.

Un financement par les APG (allocations pertes de gain) vous paraît-il réaliste et la meilleure solution?

Oui, ce système de financement a fait ses preuves, il fonctionne très bien. Il n’est pas besoin de mettre sur pied de nouveaux services administratifs, ni besoin d’augmenter les cotisations. Cette assurance a été créée pour compenser la perte de revenu des personnes engagées dans une «cause» d’intérêt public supérieure, comme le service militaire, le service civil ou, depuis 2005, la maternité. C’est le cadre idéal pour instaurer le congé paternité.

Selon l’Union patronale suisse, les caisses sont déjà vides et l’économie suisse n’a pas les moyens de cette mise en œuvre. Cet argument vous paraît-il recevable?

Non, cette position relève du dogmatisme pur et simple. Si on analyse les derniers chiffres des APG, on constate qu’en 2013, elles ont enregistré un excédent de recettes de 170 millions de francs et qu’elles ont pu constituer des réserves représentant la moitié de leurs dépenses annuelles. La fortune atteint déjà le milliard de francs. L’argent est là, les perspectives sont excellentes en raison de la diminution de la durée du service militaire.

Un nombre grandissant de pères prennent des jours de vacances. Cela vous paraît-il normal?

La notion même de «congé paternité» n’existe pas actuellement, puisque le droit suisse l’ignore complètement. Pour pouvoir assister à cet événement rare, les hommes de ce pays ont droit à prendre ce qu’on appelle un «jour de congé usuel», comme pour un déménagement! Rien n’est prévu pour leur permettre de devenir père réellement. Les nouveaux parents dorment peu, vivent un grand stress, sont émotionnellement très remués, doivent gérer le ménage et la famille, etc. Ces «vacances» ne sont pas synonymes de repos tel que la loi le prévoit. Les hommes partent en congé fatigués et retournent au travail encore plus fatigués. L’Etat a le devoir d’intervenir et de proposer une solution.

Auteur: Pierre Léderrey