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8 septembre 2016

Congéphobiques

Chez vous en Suisse, les cartables sentent déjà la vieille chaussette. Ici, la rentrée c'était hier. Ivresse et délivrance. J'aime mes enfants «to the moon and back» mais dix semaines de cohabitation, dont une majorité dans la moiteur et la promiscuité de l'été new-yorkais, redéfinissent sensiblement les limites de la tendresse paternelle.

Xavier Filliez
Xavier Filliez

Pourquoi une rentrée scolaire un jeudi? Sans doute parce que ce lundi, c'était Labor Day et que, par tradition, les Américains profitent de ce jour férié pour organiser un getaway, soit un week-end prolongé avant la reprise. Au vert dans le Vermont. A la mer ou dans le parc voisin. Dans les Hamptons, selon les envies et le budget. Le graal dans cette société de workaholics.

Quel contraste entre le calendrier d'un écolier américain et celui de ses parents! Une semaine à Noël, une autre en février. Une dizaine de jours en avril. Plus un gros wagon de congés fédéraux, pas loin de quinze jours.

Le 12 septembre, ce sera Eid al-Adha, fête islamique. Puis, les 3 et 4 octobre, Roch Hachana, le nouvel-an juif. Yom Kippur, quelques jours plus tard - éloge de la multiculturalité. Une couche de patriotisme avec Columbus Day, Veterans Day, Martin Luther King Day et President's Day.

Mais avoir congé aux Etats-Unis, c'est un privilège d'enfants. L'Américain adulte, lui, craint les vacances. Mes amis ici sont formels. L'immense majorité d'entre eux ose à peine poser une semaine consécutive. Selon diverses études, 14% des salariés seulement daigneraient cumuler deux semaines. Et quatre salariés sur dix laisseraient périmer des jours de congé, ce qui représenterait un total de 429 millions (!) de jours par an, selon un constat de l'Université d'Oxford (lien en anglais).

Rien, dans la loi, n'oblige les entreprises américaines à offrir des congés payés. C'est une absolue exception dans les économies développées.

Je ne vous dis pas le choc pour l'Européen moyen – y compris le Suisse que je suis – étant si familier de l'implacable lenteur s'emparant des mois d’été chez nous, le creux d'août dans les administrations publiques, où le pays semble s'être arrêté de tourner.

Pourtant, dans un récent classement de compétitivité réalisé par le World Economic Forum (lien en anglais, espagnol ou chinois), les Etats-Unis arrivent à la quatrième place... derrière la Suède (deuxième) où la loi garantit cinq semaines payées à tous les salariés.

Moralité: les adultes Américains devraient travailler un peu moins mais un peu mieux. Comme ça, ils pourraient s'occuper de mes gosses l'été.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez