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11 août 2014

Constantin ou la nature à portée de main

Une balade avec le président du FC Sion, c’est l’aventure. Mais pas comme on l’imagine. Rendez-vous au col du Lein, au-dessus de Martigny, pour une virée contemplative et gustative.

«Padam», une vache d’Hérens de 900 kilos,a été offerte il y a deux ans à Christian Constantin.
«Padam», une vache d’Hérens de 900 kilos, a été offerte il y a deux ans à Christian Constantin.

Pourquoi j’ai choisi le col du Lein? Parce que t’es arrivée en retard. Sinon, on serait allés à la Jungfrau.» La boutade est de bonne guerre. C’est vrai, on avait un peu de retard ce jour-là, la faute à une confusion dans les horaires de train et à une météo incertaine. Mais soyons francs: prévoir une balade avec Christian Constantin et croire qu’on ira marcher tient de la naïveté d’un nouveau-né.

Lors de notre première prise de contact, ce dernier avait proposé de nous emmener à Venise en jet ou de tourner en hélico autour du Cervin. Offres que nous avions finalement déclinées, préférant rester les pieds sur terre pour cette série dédiée à la randonnée. On n’en voudra donc pas au président du FC Sion de nous avoir fait poireauter après l’avoir fait attendre, encore moins de ne pas avoir sorti les chaussures de montagne pour cette virée sur les hauteurs de Martigny où il nous a finalement rejoints en Audi blanche.

Au col des Planches, Constantin caresse un projet d’écotourisme.
Au col des Planches, Constantin caresse un projet d’écotourisme.

Nous voici donc attablés sur la terrasse de la buvette d’alpage du col du Lein, après avoir franchi ceux des Planches et du Tronc, en train de déguster une tranche de fromage et une assiette valaisanne en compagnie de son directeur administratif et d’un fidèle sponsor venu de Sion. Il faut dire que la nuit à été courte et porteuse de mauvaises nouvelles: la veille, son équipe s’est inclinée 1 à 0 à Aarau malgré un match honorable. Le championnat n’en est certes qu’à ses débuts, mais le président est clair:

On joue pour gagner pas pour faire un bon match.

Parole de Constantin. Quelques SMS échangés avec l’entraîneur du moment sur le nombre d’actions durant la partie et le chapitre FC Sion se clôt. Après tout, on n’est pas là pour parler ballon mais balade. Et à ce jeu-là, l’«omni-président» en connaît un rayon sur ce coin qui fleure bon la madeleine de Proust.

Constantin s’offre son premier chalet dans le coin

«Gamins, on venait camper au col des Planches au printemps et en hiver, on profitait d’une petite installation de ski qu’avait alors montée Rodolphe Tissières, le fondateur de Téléverbier. C’est un endroit où on faisait facilement du ski de fond ou de la peau de phoque.» C’est aussi là, quelques lacets plus bas, à Chemin-Dessus, que l’entrepreneur à succès s’est offert son premier chalet. L’ancien propriétaire n’était autre que le patron de Gucci. «Il arrivait le jeudi de Milan et repartait le lundi. Il ne supportait plus la vie trépidante milanaise. Moi j’en avais marre du camping, de dormir sur le sol humide et d’avoir mal au dos.» C’est encore là, au col des Planches, que le promoteur immobilier caresse un projet «d’écotourisme avec hôtel-résidence d’hébergement» – «un truc nature avec ferme» –, pour l’heure en stand-by.

Troupeau de vaches d'Hérens.

Mais revenons à la nature, justement. Devant nous, les pâturages plantés de mélèzes s’étirent sous un ciel bleu-gris parsemé d’éclaircies, offrant un spectacle paisible et enchanteur. Nous sommes à 1656 mètres d’altitude, non loin de Verbier, sur cet alpage du Mont-Chemin, dominé à l’est par la Pierre-Avoi et au sud par le Catogne, dont on dit qu’il compte parmi les plus belles prairies boisées d’Europe. «Là-bas, il y a la Crevasse, lance notre vis-à-vis en pointant du doigt un sommet. Depuis le haut, tu as une vue formidable sur le val de Bagnes et l’Entremont. Et si tu veux, après le col du Lein, tu peux pousser jusqu’à la Pierre-Avoi, mais par jour de pluie, c’est casse-gueule; c’est nettement plus facile depuis Verbier en passant par Savoleyres.»

On croit sans peine celui qui compte tout de même à son actif trois «petites» Patrouilles des glaciers. Et les nuages qui s’amoncellent additionnés au copieux casse-croûte nous dissuadent rapidement de tenter l’aventure. Le café avalé, on prend tout de même la route en direction du réservoir d’eau sis au-dessus qui offre une vue plongeante sur la vallée du Rhône. Là, un gros caillou coiffé d’une croix en pierre a tôt fait d’accueillir la silhouette conquérante de notre guide pour un premier portrait. Mais déjà le bruit des sonnailles retentit en contrebas. On laisse le replat pour s’enfoncer dans l’herbe grasse et humide, contournant les mélèzes sur un sentier boueux. Sur le relief vallonné, des bancs de brume s’accrochent et donnent aux lieux des airs de forêt enchantée.

A quelques mètres, deux vaches d’Hérens s’encornent au milieu de leurs semblables. Au centre du troupeau, Padam, 900 kilos de muscles et cinquième au classement des reines de l’alpage, broute paisiblement. La belle a été offerte au président du FC Sion voici deux ans par son directeur administratif venu nous accompagner en éclaireur et également propriétaire du troupeau.

Peut-être qu’un jour elle combattra en plaine.

Pour l’heure, c’est aux côtés de son célèbre propriétaire que l’autre star du jour prend la pose. L’heure tourne et dans cette après-midi déjà bien entamée, les sonneries de téléphone se font plus insistantes. Encore quelques pas entre les herbes hautes qui attendent la visite des vaches, le temps de cueillir une marguerite et de la porter à la bouche pour une ultime séance photo, et nous voici sur le parking pour une bise d’adieu. Une pluie fine se met à tomber. «C’est bon, tout va bien? On a de quoi faire pour notre article?» – «Oui, oui, merci, on a tout.»

Le moteur s’allume, Christian Constantin est loin. En regardant la voiture dévaler la pente, on repense à cette phrase d’Audiard dont il a fait sa devise et qu’il a fait mentir ce jour-là:

Un con qui marche ira toujours plus loin qu’un intellectuel assis.

© Migros Magazine - Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Corina Vögele (illustration), Isabelle Favre