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24 décembre 2012

Les mésanges de Noël

Dans l'imaginaire de Véronique Föllmi Amoudruz, d'Auressio au Tessin, deux mésanges observent un va-et vient inattendu dans le silence d'une vallé engourdie par le froid et finiront par se lier d'amitié avec une petite fille extraordinaire.

Deux mésanges perchées sur un sapin enneigé
Deux mésanges passent.. (Photo: IStock)

A mes 4 petits-enfants adorés, « mes Anges ».

Les deux mésanges passent en rasant la cime des mélèzes aux aiguilles dorées, virent sur l’aile en approchant du village, survolent les toits de pierre et viennent s’accrocher à la boule de mélange de graines, suspendue à un balcon. Tout en restant attentives aux bruits éventuels, elles picorent rapidement les graines de tournesol qui les revigorent.

C’est que le froid devient plus vif en cette mi-décembre, même sous le ciel bleu profond des vallées du Tessin. Et les mésanges ont besoin d’un abri sûr pour les mois à venir. Ce balcon est toujours garni de boules de nourriture; pourquoi ne pas chercher un logis dans les alentours ? Séraphin lâche la boule pour un vol de reconnaissance plus détaillé, pendant que sa compagne surveille un chat, blotti contre une fenêtre. Heureux, Séraphin revient la chercher quelques instants plus tard et la guide en rase-motte dans les ruelles en pente vers un joli bâtiment tout blanc, un peu défraîchi. Ils se glissent ensemble à l’intérieur par une vitre cassée et se posent sur le haut d’un tableau. L’immense pièce est vide d’êtres humains et un peu de poussière voile les meubles. Séraphine, après une inspection générale des lieux de ses yeux noirs et ronds comme des perles, file se poser au creux d’un grand plat, empli de brins d’herbe séchée. Quelle aubaine ! A croire qu’il a été mis là pour eux.

Bien à l’abri de la pluie, du froid et du vent, blotti dans leur nid d’herbe, le petit couple de mésanges attend le printemps au calme. Même le son tout proche des cloches d’une église ne les dérangent pas. Pourtant, un matin, la porte d’entrée en bois s’ouvre en grinçant et une vieille, toute vieille dame, entre à petits pas, appuyée sur une branche de châtaigner. Elle allume toutes les lumières, qui éclairent son visage. Les mésanges s’envolent discrètement et vont se réfugier sur une poutre pour observer.
Toute la journée, la vieille, toute vieille dame, va s’activer : dépoussiérer les meubles, redresser les tableaux, recouvrir la table d’une nappe de dentelle précieuse et même dresser un petit sapin. Des boules rouges, des nœuds scintillants et une guirlande lumineuse vont bientôt le décorer. Puis, la vieille, toute vieille dame, satisfaite de son travail, s’en va comme elle est venue, à tout petits pas.

Les mésanges, interloquées, viennent se poser sur le sapin, se voir dans le reflet des boules, comme elles se mirent l’été dans le reflet des ruisseaux. Rassurées, elles retournent au creux de l’herbe… mais pour peu de temps ! Car soudain, les cloches de l’église se mettent à carillonner à toute volée. De voix se font entendre à l’extérieur et la porte s’ouvre à double battant, laissant entrer un grand nombre de gens, grands et petits, chaudement habillés. De la musique se déverse à flot du haut d’une galerie et affole définitivement les mésanges, qui s’enfuient à nouveau en direction de leur poutre salvatrice. Séraphine passe à ras de l’oreille d’une petite fille ; le souffle de son vol soulève la frange brune de Luisa, qui, surprise, se retourne vivement. Elle a le temps de voir la mésange se poser sur la poutre auprès de son compagnon. Un sourire illumine alors le visage de la fillette :
- Des mésanges ! souffle-t-elle.

« Mes Anges », pourrait lui souffler son coeur. Elle reprend sa marche, entraînant son petit frère. Celui-ci retient un petit agneau, tout blanc, tout laineux, qui voudrait aller plus vite. Luisa, elle, porte sa poupée endormie. Ils avancent lentement et Luisa vient déposer délicatement sa poupée dans le grand plat d’herbe sèche, sous le regard attendri de leur mère.
Dans l’église parée pour cette belle fête, la crèche est maintenant au complet. La messe de Noël peut commencer !

Connais-tu la fin de l’histoire ? Je vais te la raconter.

Seule Luisa avait aperçu les mésanges ce soir de Noël et elle est revenue ensuite chaque jour leur rendre visite dans la petite église. Et lorsque la crèche fut rangée, elle leur a apporté un joli panier rempli de paille.
Le temps passa. Après Noël et la neige de janvier, vient toujours le printemps, à tout petit pas. Et un soir, par un temps lumineux, alors que Luisa descendait du bus scolaire, les deux mésanges vinrent voleter autour d’elle. Puis Séraphine se posa sur son épaule et frotta un instant sa tête contre la joue, si douce, de l’enfant.
- Merci, au revoir, disait sa caresse.
Le chauffeur du petit bus n’en croyait pas ses yeux. Et les mésanges s’envolèrent, haut, vers le futur ciel d’été, sous le regard à la fois triste et heureux de Luisa. Peut-être reviendront-ils à Noël prochain ?... Luisa n’en doutait pas. « Mes Anges ? »