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24 décembre 2012

Naissance au cœur de l'hiver

Samantha Formaz (16 ans), de Moléson, a littéralement fait fondre la rédaction avec son conte sur le temps qui fait et défait dans sa logique de sempiternel recommencement.

Un enfant en train de rouler une grosse boule pour faire un bonhomme de neige
Allez, encore une couche... (Photo: IStock)

« …Allez, pousse, pousse ma chérie…Courage… Tu y es presque. Je commence à l’apercevoir, ne te décourage pas ! »

Je me sentais irrémédiablement attiré par la blancheur et la froideur qui m’entourait. J’étais plongé en elle, je roulais, tournais, essayais de hurler, mais aucun son ne sortait de ma bouche. Ma mère poussait de toutes ses forces pour me faire naître par ce froid hivernal, sous les encouragements de ma grand-mère. Quand je naquis, ma maman couverte de sueur et frigorifiée se laissa tomber dans le drap blanc le plus pur au monde. Elle me regardait les yeux grands ouverts, émerveillée, mais que dis-je, subjuguée par ma beauté et par les merveilles de la nature. J’étais grand. J’étais fort. J’étais presque un Homme. Neuf longs mois passés à attendre ce cadeau du ciel, elle était bien heureuse du résultat. Quelle nouvelle mère ne serait pas heureuse de sa progéniture ?

Les journées, les nuits, les semaines, les mois passèrent. Ma mère attentionnée, me mettait toujours des gants et un bonnet pour que j’évite d’attraper froid. Il faut dire que l’hiver était très rigoureux cette année-là. Tous les enfants du quartier, les petits comme les grands, apprenant l’heureuse naissance, s’étaient précipités pour m’admirer. Hélas, il arrivait parfois, qu’un gamin farceur m’envoyât une boule de neige, mais ma mère était toujours là à veiller. Elle intervenait toujours à temps. Mon si beau sourire ne fût jamais altéré et mes yeux ne s’embuèrent jamais de larmes de tristesse, de larmes de bonheur à la rigueur. Il faut dire que ma mère m’avait bien pourvu. J’étais solide et je résistais à tous les malheurs de la vie quotidienne que ce soit les boules de neige ou le froid contre lequel j’étais bien équipé.

Mais si tôt la chaleur revenue, je tombais aussitôt malade. Je maigrissais, je commençais à perdre des dents et je passais mon temps à pleurer. Ma mère me regardait impuissante, elle regardait ce que le destin avait choisi de faire de moi. Chaque matin, elle craignait de me voir encore plus affaibli que la veille. Elle ne comprenait pas pourquoi tout cela m’arrivait, ma grand-mère avait beau lui expliquer. En faite, je pense qu’elle ne voulait pas comprendre que je mourrai à petit feu. J’avais terriblement mal. Je crois même que je finis par perdre la tête, je souffrais tellement. Il faisait une telle chaleur. La sueur coulait de mon front dans mes yeux déjà irrités par les larmes.

Un matin de février en se levant ma mère ne me retrouva pas, à ma place il ne restait plus qu’une immense flaque avec une carotte à moitié mangée et quelques cailloux. Le temps avait laissé sa trace. La petite fille, qui avait été ma génitrice pleura beaucoup et longuement, sur cette pauvre flaque que j’étais devenu. Sa mère l’a pris dans ses bras et lui dit : « Tu sais ma chérie, ton Bonhomme de neige est retourné au ciel, car tu vois les nuages pleuraient parce que c’était l’hiver et qu’ils avaient froid. Chaque larme était un flocon de neige. Cette nuit, ils ont arrêté de pleurer, parce qu’ils n’avaient plus une seule larme dans leur corps et comme ils avaient très soif. Ils sont descendus sur la terre pour venir récupérer leurs flocons et ils ont emporté ton Bonhomme de neige avec eux. Ne t’inquiète pas dans neuf mois, quand ils seront de nouveau tristes, tu reverras ton Bonhomme de neige. Maintenant dis-lui au revoir. »

La petite fille leva les yeux au ciel et m’apercevant entre deux nuages me fit un petit signe de la main en chuchotant : « A dans neuf mois. » Puis, elle partit vivre la naissance du printemps.