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3 décembre 2012

Contrôler ses rêves: mythe ou réalité?

Si nous ne sommes pas encore en mesure aujourd’hui de décider du contenu de nos songes, il existe quelques méthodes pour exercer sur eux une certaine influence.

rêve
Lorsqu'on rêve, on se repose. (Ilustration: Eva Rust)

Ce soir, je rêverais bien d’une plage de sable fin et de cocotiers... Quant à ce cauchemar récurrent de raz-de-marée balayant le littoral vaudois, je m’en passerais volontiers.

Malheureusement, n’en déplaise à la littérature et au cinéma de science-fiction, les songes à la carte, ce n’est pas encore pour demain! Quoique... L’onirologie ne cesse de se développer et même si nous sommes encore bien loin de rivaliser avec un Leonardo DiCaprio qui contrôle à l’envi les rêves d’autrui dans le film Inception, de plus en plus de spécialistes – qu’ils soient neurologues, psychologues ou experts en développement personnel – s’accordent à penser que nous pouvons exercer, d’une manière ou d’une autre, une certaine influence sur nos nuits. Tour d’horizon.

1. Prendre le contrôle de ses rêves

N’avez-vous jamais réalisé, au cours d’un cauchemar particulièrement éprouvant, que vous étiez au pays des songes? Qu’il vous suffisait d’ouvrir les yeux pour vous retrouver dans la chaleur réconfortante de votre lit?

Il existe des techniques pour s'extraire de ses mauvais rêves. (Illustration: Eva Rust)
Il existe des techniques pour s'extraire de ses mauvais rêves. (Illustration: Eva Rust)

Eh bien, sans le savoir, vous avez expérimenté ce que l’on appelle un rêve lucide. «Du moins brièvement, précise Sophie Schwarz, professeur de neurosciences à la Faculté de médecine de l’Université de Genève. La notion de rêve lucide fait référence à un état mental et cérébral très particulier dans le sommeil. La personne a conscience qu’elle est en train de rêver et peut exercer un certain contrôle sur ce qui lui arrive.» Un phénomène totalement inhabituel, «qui s’explique par le fait que le cortex frontal, la zone du cerveau qui nous permet notamment de distinguer le réel de l’imaginaire, est plus activé durant les rêves lucides que durant les rêves non lucides».

Le domaine n’est donc pas réservé à la littérature fantastique puisque de nombreuses expériences scientifiques ont été menées à ce sujet. «Une étude récente a notamment montré que le phénomène est très fréquent chez les enfants et qu’il diminue dès l’âge de 16 ans.»

Toutefois, poursuit Sophie Schwartz, un certain entraînement pourrait permettre à tout un chacun de faire des rêves lucides. «Une méthode consiste à se poser la question, à plusieurs reprises durant la journée: suis-je endormi ou éveillé? On adoptera peut-être ensuite le même réflexe durant la nuit. Dès lors, si l’on prend conscience que l’on rêve, on pourra expérimenter certains comportements comme sauter et se maintenir en l’air.

Ou, à l’instar de l’académicien français Léon d’Hervey de Saint-Denys, modifier une scène simplement en passant sa main devant ses yeux.» A noter que ce grand spécialiste des rêves lucides avait déjà publié en 1867 un ouvrage intitulé Les rêves et les moyens de les diriger...

2. Se débarrasser des cauchemars récurrents

Se perdre dans des corridors sans fin, être poursuivi par d’inquiétants individus, se retrouver aux commandes d’une voiture dont le volant ne fonctionne plus: peuplées de cauchemars, les nuits peuvent rapidement se transformer en expériences terrifiantes! Pour lutter contre les mauvais rêves récurrents, le médecin Barry Krakow, spécialiste des troubles du sommeil, a mis sur pied une méthode basée sur l’imagerie mentale. «Il s’agit de raconter le cauchemar en question, en imaginant une issue positive et en la décrivant avec de nombreux détails, explique Sophie Schwartz. En se répétant ce nouveau scénario à l’éveil, le songe s’en trouvera modifié. Cette méthode simple s’avère étonnamment efficace, notamment chez les enfants.»

Attention toutefois, met en garde la spécialiste, ce processus ne fonctionne pas toujours avec les cauchemars déclenchés par des traumatismes importants.

3. Chercher une solution à ses problèmes

C’est bien connu, la nuit porte conseil. Une sagesse proverbiale désormais validée par la recherche scientifique: «Nous savons que l’information emmagasinée par notre cerveau pendant la journée est rejouée, réorganisée durant notre sommeil, relève Sophie Schwartz. Celui-ci favorise notamment des tâches de mémorisation, de même que l’inventivité artistique et scientifique. Des solutions nouvelles peuvent apparaître. La question de savoir si les rêves, en tant qu’expériences subjectives, contribuent à ces processus de mémoire et de créativité reste ouverte... et fascinante!»

Pour l’Association for the Study of Dreams (ASD), basée aux Etats-Unis, il existe bel et bien une méthode pour résoudre en rêve les problèmes que l’on pourrait rencontrer durant la journée. «On parle d’incubation du rêve», souligne Anne-Marie Gabella.

Membre de l’ASD, cette analyste jungienne tient à Lausanne un cabinet pour aider les gens à interpréter leurs songes. «On présente à son inconscient un conflit ou une difficulté, dans l’espoir d’entrevoir une solution dans nos rêves.» Le procédé? «Il s’agit en premier lieu de choisir une nuit adéquate: il ne faut pas être sous l’emprise de médicament par exemple. Ensuite, on doit mettre par écrit ce qui nous préoccupe, en n’omettant aucun aspect. Enfin, le point crucial consiste à résumer le problème en une seule phrase, la plus courte possible, et à se la répéter en boucle avant de s’endormir. La réponse apparaîtra alors peut-être en songe.»

Encore faut-il être capable ensuite de comprendre son rêve, «de savoir l’interpréter sans a priori. La technique, qui nécessite un certain entraînement, est plutôt utilisée pour résoudre les problèmes qui nous préoccupent le plus, pas les petits tracas du quotidien.» Reste que, comme le relève le psychologue genevois Jacques Montangero, auteur d’un ouvrage sur la compréhension des songes, «rêver est reposant précisément parce que les fonctions de contrôle sont relâchées. Pourquoi vouloir à tout prix les contrôler? Pourquoi ne pas laisser notre imagination vagabonder librement durant la nuit?» A méditer...

Auteur: Tania Araman