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18 avril 2015

Couchsurfing: Voyager «de l’intérieur»

Le couchsurfing permet d’être gracieusement accueillis chez des habitants partout dans le monde. Bon marché, la formule a surtout le mérite de favoriser les échanges interculturels.

Laure Brégéon photo
Laure Brégéon.

Découvrir une ville ou un pays en surfant de canapé en canapé, chez des particuliers qui nous reçoivent comme si nous étions des amis de longue date: tel est le principe du couchsurfing. Lancée il y a onze ans, cette façon de voyager a rapidement fait des émules. Aujourd’hui, le site éponyme compte dix millions d’adhérents dans le monde. Il est vrai que le couchsurfing offre un mode de découverte totalement inaccessible à qui loge à l’hôtel ou à l’auberge de jeunesse. «Pendant deux ou trois jours, on entre dans la vie des gens qui nous accueillent. Ce sont des personnes que l’on n’aurait jamais rencontrées sans cela», explique Octavie, Suissesse qui étudie le développement international à Lyon.

Entre un semestre Erasmus à Düsseldorf, en Allemagne, et la reprise de ses cours en France, cette étudiante de 23 ans a traversé l’Europe de l’Est en trois semaines grâce au couchsurfing. Et l’expérience l’a convaincue, tout comme Mariette (lire les témoignages). Cette Bernoise de Tramelan qui étudie le droit à l’Université de Fribourg a réalisé un vieux rêve et passé un mois au Québec. «J’ai dormi chez des hôtes rencontrés par le couchsurfing, à l’auberge de jeunesse et aussi chez des gens que je connaissais.»

Un échange d’abord culturel

Les deux jeunes femmes sont unanimes: la formule permet de découvrir une ville, un pays, une culture «de l’intérieur», en profitant des multiples expériences que les hôtes partagent. «On découvre des endroits qui ne sont pas dans les guides touristiques. On goûte la cuisine et on écoute la musique du coin, on participe à des événements locaux. Et, surtout, on rencontre des gens qui ont un autre point de vue sur le monde et sur nous. Cela donne un excellent aperçu de la façon dont ils vivent et pensent», témoignent-elles.

Cet échange culturel, cette rencontre entre personnes d’horizons très divers est d’ailleurs la base même du couchsurfing. C’est en voulant découvrir l’Islande avec des Islandais que Casey Fenton, un jeune Américain, a inventé la formule. Il a utilisé internet et le mail pour demander à des étudiants de Reykjavik de l’accueillir. Le nombre d’invitations reçues a largement dépassé ses attentes. Est alors née l’idée de créer un site internet qui mette en relation des intéressés du monde entier.

Pour les jeunes, qui constituent les principaux adeptes, la formule a le mérite de favoriser les voyages à petit budget. Car, généralement, l’hôte ne se contente pas d’offrir la couche. Il met à disposition son garde-manger et son temps. Mais ce mode de voyage n’est pas réservé uniquement aux jeunes adultes. Des familles et des seniors – il existe d’ailleurs un groupe pour les 50 ans et plus – profitent également de cette façon particulière de découvrir le monde, que ce soit dans le rôle d’hôte ou de voyageur.

Car la formule est enrichissante pour chacun. Accueillir, «ce n’est pas totalement désintéressé», confie Jaroslav, étudiant tchèque de 23 ans qui reçoit des visiteurs depuis deux ans. «On ne touche pas d’argent, mais on reçoit quelque chose de bien plus précieux: la chaleur du cœur. On entend des histoires passionnantes, on découvre différentes opinions et attitudes envers la vie. Cela m’a bien plus enrichi que si j’étais parti voir la Porte de Brandebourg ou le Grand Canyon!»

Ouvrir sa porte et son intimité à de parfaits étrangers n’est pas une démarche anodine. Elle requiert une bonne dose de confiance et la capacité d’exprimer clairement ses attentes. Il en va de même pour le touriste, qui doit savoir faire preuve de respect et d’ouverture, notamment dans des pays dont il connaît mal la culture et les codes sociaux. Il est donc important de prendre le temps de dialoguer avec son futur hôte avant de débarquer chez lui. Cela permet aussi d’établir un lien de confiance – et, pour celles qui voyagent en solitaire, de vérifier autant que possible que leur séjour ne présentera pas de danger.

Elles racontent leurs expériences

Laure Brégeon, voyageuse, Lyon (France), a voyagé en République tchèque, en Allemagne, en Irlande et en Pologne grâce au couchsurfing.
Laure Brégeon, voyageuse, Lyon (France), a voyagé en République tchèque, en Allemagne, en Irlande et en Pologne grâce au couchsurfing.

Laure Brégeon, voyageuse, Lyon (France)

Camarade de cours d’Octavie avec qui elle a fait du couchsurfing à Hambourg lorsqu’elles passaient toutes deux un semestre Erasmus en Allemagne, Laure, Française de 22 ans qui a grandi dans la campagne d’Anjou, a déjà une belle expérience de ce type de voyages. «J’avais découvert le couchsurfing en participant à un événement organisé par un membre du site – il s’en organise partout dans le monde. J’ai trouvé cette communauté super!» Et elle y a vu une occasion idéale de rencontrer de nouvelles personnes, de et à l’étranger.

«Ensuite, je me suis lancée dans l’aventure avec une amie.» Pour son premier couchsurfing, Laure est partie à Prague. «Cette expérience a été positive, alors j’ai continué.» Outre Hambourg, elle a visité Wroclaw, en Pologne, ainsi que plusieurs villes d’Irlande: Cork, Waterford, Wexford, Galway.

«Pour moi, le couchsurfing permet de voyager en ayant un contact très enrichissant avec la population locale. Les visites de la ville et les discussions autour d’un verre permettent d’apprendre beaucoup sur leurs traditions et leur histoire. Il n’y a rien de mieux pour se plonger dans la découverte d’un nouvel endroit. Et lorsqu’on est étudiant, c’est un excellent moyen de voyager avec un petit budget.»

Octavie Aebli, voyageuse, Ecublens (FR), a bourlingué en Allemagne, en République Tchèque, en Serbie, en Hongrie, en Bulgarie et en Turquie grâce au couchsurfing.
Octavie Aebli, voyageuse, Ecublens (FR), a bourlingué en Allemagne, en République Tchèque, en Serbie, en Hongrie, en Bulgarie et en Turquie grâce au couchsurfing.

Octavie Aebli, voyageuse, Ecublens (FR)

Etudiante en développement international à Lyon (France), Octavie, 23 ans, a fait son premier voyage en couchsurfing l’hiver dernier en Allemagne, où elle passait un semestre d’échange Erasmus à Düsseldorf. Avec Laure, camarade de cours, elle a passé un week-end à Hambourg.

L’expérience l’a incitée à profiter de ses trois semaines de pause hivernale pour visiter l’Europe de l’Est: Prague, Budapest, Belgrade, Sofia, Plovdiv – «la ville bulgare qui sera capitale européenne de la culture en 2019» – pour finir par Istanbul.

«J’ai trouvé génial de pouvoir entrer ainsi dans la vie des gens – je suis toujours restée chez eux deux ou trois jours. Ils connaissent tout, te montrent, t’expliquent tout. On apprend beaucoup sur leur culture, leur pays. Et aussi sur leur point de vue, très différent du nôtre. J’ai appris des choses que je n’aurais jamais apprises autrement.» La formule lui a aussi permis de faire beaucoup avec un tout petit budget: environ 350 euros. «J’aurais pu faire avec moins, mais à Sofia, j’ai retrouvé des amies bulgares à qui j’ai apporté des cadeaux et j’ai toujours invité tous mes hôtes à manger!»

Des points négatifs? «Si on est une fille seule, il faut bien regarder les références des gens prêts à nous accueillir et choisir ceux qui en ont beaucoup de positives. En fait, on ne dort pas beaucoup, car chaque hôte est très enthousiaste et a envie de tout nous montrer.»

Eva Morger, hôte, Sachseln (OW), a ouvert sa maison aux couchsurfeurs durant trois ans.
Eva Morger, hôte, Sachseln (OW), a ouvert sa maison aux couchsurfeurs durant trois ans.

Eva Morger, hôte, Sachseln (OW)

Pendant trois ans, Eva Morger, 65 ans, a ouvert sa maison aux couchsurfeurs. «Ma fille en a fait lorsqu’elle avait 19 ans et n’a vécu que de bonnes expériences.» Du coup, l’idée de rendre la pareille s’est imposée.
«Nous n’avons pas reçu beaucoup d’hôtes, car l’endroit où nous vivons n’est pas très attractif pour les jeunes. Ils préfèrent les grandes villes. Nous avons aussi reçu des pèlerins qui faisaient le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et des cyclistes.»

Et derrière la personne, il y a toujours une histoire!

Des souvenirs mémorables, Eva en a, comme les échanges passionnants autour de la table avec ses visiteurs, sa fille et ses amies. «On a passé des soirées merveilleuses!» Des problèmes? «Une seule fois. Un jeune qui n’avait pas la notion des
limites et se comportait comme s’il était chez lui.»

Il y a deux ans, lorsque sa fille est partie poursuivre ses études à l’étranger, Eva a troqué le couchsurfing contre Airbnb. «Cette forme de voyage attire surtout les jeunes», explique-t-elle. Elle continue à en accueillir, «mais maintenant, ils savent qu’ils arrivent chez une vieille dame», dit-elle en riant.

Mariette Geiser, voyageuse, Tramelan (BE) a passé un moins au Québec (CA) en couchsurfing.
Mariette Geiser, voyageuse, Tramelan (BE) a passé un moins au Québec (CA) en couchsurfing.

Mariette Geiser, voyageuse, Tramelan (BE)

«J’avais entendu parler du couchsurfing, mais avant cet hiver, je ne l’avais jamais testé», raconte Mariette, étudiante de 22 ans qui se forme au droit à Fribourg. Cet hiver, elle a passé un mois au Québec. «J’ai dormi chez des gens que je connaissais et en couchsurfing lorsque je trouvais des personnes prêtes à m’accueillir. Sinon, en auberge de jeunesse.» Si cette dernière facilite les rencontres, c’est surtout avec d’autres étrangers. «Dormir chez l’habitant permet de mieux découvrir le pays et les gens qui y vivent. On goûte une autre cuisine, on comprend les différences de fonctionnement du pays et comment les gens pensent. Cela permet également de visiter des endroits moins touristiques. L’aspect budget fait aussi une différence: c’est bien meilleur marché!»

Des problèmes, Mariette n’en a pas rencontré. «Comme je voyageais seule, j’avais choisi de ne contacter que des jeunes de mon âge.» Le hasard a voulu qu’elle ne soit accueillie que par des jeunes femmes. L’idée de dormir sur le canapé d’un garçon ne la retiendra pas. Car après ce voyage, Mariette est prête à repartir. «Cela m’a aussi donné envie d’accueillir, mais en ce moment, c’est difficile, car je bouge beaucoup entre Fribourg et Tramelan.»

Texte © Migros Magazine – Anne-Isabelle Aebli

Photographe: Guillaume Mégevand