Archives
23 janvier 2017

Coup de pouce pour la Namibie

Depuis cinq ans, de jeunes Namibiens effectuent des stages à Swiss Quality Testing Services, dans le domaine de la sécurité alimentaire. Forts de leurs expériences dans ce laboratoire Migros, ils regagnent ensuite leur pays avec de meilleures chances de décrocher un emploi.

University of Science and Technology
Retrouvailles à la University of Science and Technology: de. g. à dr., Saara, Nicco, Liopa et Daniella (photos: DR).

C’est incroyable comme un stage en Suisse peut influer sur le comportement: lors de la réunion à la Namibia University of Science and Technology, située à l’ouest de la capitale Windhoek, Saara Shatumbu, 25 ans, Daniella Mouton, 22 ans, Liopa Haidula, 21 ans, et Nicco Matengu, 27 ans, quatre anciens étudiants, arrivent vingt minutes à l’avance. Il se sont endimanchés pour l’occasion. Les conversations se font en anglais, car chaque intervenant parle une langue maternelle différente. Liopa confie au journaliste venu de Suisse: «Chez vous, j’ai appris la ponctualité.» Après ses études à la haute école technologique de Windhoek, la jeune femme, qui n’avait auparavant jamais pris l’avion, a passé trois mois en Suisse romande d’août à octobre 2016 pour un stage à Swiss Quality Testing Services (SQTS) à Courtepin. Le laboratoire sis à Dietikon (ZH) et Courtepin (FR), appartenant à la Fédération des coopératives Migros, analyse des denrées alimentaires, des vêtements, des outils de jardinage ou encore des jouets.

Pour Liopa, les débuts n’ont pas été faciles, loin de là: il lui a fallu assimiler les différences culturelles entre son pays désertique et la verdoyante Suisse. «Les premiers temps, je saluais les personnes que je croisais, comme on le fait en Namibie, mais les gens m’ignoraient.» Mais aujourd’hui, elle préfère le souvenir agréable d’une séance d’escalade en Valais.

Un choc culturel

Saara, qui est employée depuis le 1er décembre 2016 au sein du Namibia Institute of Pathology, qualifie de choc culturel son arrivée en Suisse, qui était également sa toute première expérience à l’étranger. Comme pour Liopa, le stage à Courtepin constituait une première, la jeune diplômée n’ayant jamais travaillé auparavant. «J’ai appris à m’intégrer dans un contexte professionnel. De plus, j’ai beaucoup apprécié tout l’aspect pratique. A l’université, nous n’avions guère l’occasion de nous y frotter, par manque de matériel.» Liopa explique que son aventure helvétique a agi comme un révélateur professionnel: cette année, après une formation complémentaire dans un laboratoire, elle cherchera un emploi à Windhoek.

Daniella Mouton, qui a fait ses classes à SQTS en 2015, raconte: «Ce séjour a été une expérience inestimable qui m’a donné confiance en moi.» La jeune femme termine cette année un master en recherche et souhaiterait se spécialiser en chimie.

Les étudiants namibiens motivés viennent à la SQTS par l’intermédiaire de l’organisation helvétique B360 Education Partnerships qui, depuis plus de cinq ans, met en relation des jeunes gens talentueux d’Afrique australe et des entreprises suisses. Et la directrice Sabina Ann Balmer d’indiquer: «Après le stage, les trente-cinq participants ont tous trouvé un poste dans leur pays d’origine ou poursuivent leurs études.» La Suisse leur aura permis d’élargir leurs compétences techniques et de passer de la théorie à la pratique.

Le précurseur

Nicco est le premier à avoir testé le dispositif lorsque ce dernier était encore un projet pilote. Alors étudiant en sciences de l’environnement et de la santé, il s’est imposé en entretien et est arrivé en Suisse à l’automne 2011. Depuis 2016, il travaille au ministère namibien de la santé. Il est chargé de la sécurité alimentaire, une mission taillée sur mesure pour le jeune homme, mais aussi inédite en Afrique australe. «Dans ce domaine, les possibilités d’acquérir des expériences pratiques sont rares. C’est grâce à mon passage à SQTS que j’ai pu obtenir ce poste.» Il se souvient notamment avoir analysé la composition carnée d’une saucisse et vérifié si ses résultats étaient conformes aux indications de l’étiquette.

La Namibie devrait développer le secteur de la sécurité alimentaire en augmentant les capacités des laboratoires et en contrôlant davantage l’hygiène dans les restaurants. Néanmoins, dans ce pays vingt fois plus grand que la Suisse pour une population de 2,3 millions d’habitants seulement, ce n’est pas si simple. Le taux de chômage y est de plus très élevé, un actif sur deux étant sans emploi. Nicco déclare: «Nous avons besoin de main-d’œuvre qualifiée. Se former à SQTS en Suisse permet d’acquérir l’expérience nécessaire.» Et Saara d’ajouter fièrement: «Notre génération est l’avenir de la Namibie.»

Auteur: Reto E. Wild