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28 septembre 2015

Covatannaz: des gorges riches en eau et en énergie

Entre Sainte-Croix et Vuitebœuf (VD), les gorges de Covatannaz offrent aux familles une balade vivifiante entre forêt touffue, cascades jaillissantes et vestiges gallo-romains. Bien connu dans la région, l’itinéraire semble conserver sa part de mystères que nous fait découvrir notre guide Thaïs Cornaz.

Les gorges de 
Covatannaz ont une déclivité de près de 450 mètres jusqu’à Vuitebœuf.
Les gorges de Covatannaz ont une déclivité de près de 450 mètres jusqu’à Vuitebœuf.

L’eau comme fil rouge de cette balade et comme source de vie. Celle de la rivière Arnon, bien-sûr, qui au fil du temps façonna les falaises parfois impressionnantes des gorges de Covatannaz. Entre Sainte-Croix et Vuitebœuf, lorsque le temps se fait pluvieux comme aujourd’hui – ou au moment de la fonte des neiges – rapides et chutes se succèdent dans un joyeux tumulte.

Thaïs Cornaz, guide de la balade.
Thaïs Cornaz, guide de la balade.

«Et puis il y a les eaux de résurgence du Chasseron (1607 m.) qui jaillissent sur la rive gauche où les archéologues ont découvert de nombreux lieux de culte», explique Thaïs Cornaz notre guide. On songe aux restes d’un temple gallo-romain bien connu au sommet de Chasseron. On se remémore aussi que plus tard dans l’histoire de l’humanité, les églises se bâtiront souvent sur ces mêmes lieux de culte païens.

Mais pour l’heure, en ce petit matin frisquet, c’est surtout l’eau qui tombe du ciel que l’on ne peut s’empêcher de regretter. Nous avons privilégié une descente des gorges de Covatannaz (qui peuvent donc également être remontées) dans leur version courte la plus familiale, soit jusqu’à Vuitebœuf. La gare de Sainte-Croix a pris des allures bien automnales. Nous ne sommes pourtant qu’à mi-septembre mais la l’ancienne capitale horlogère, aujourd’hui bien connue notamment pour ses boîtes à musique, se situe tout de même à 1100 mètres d’altitude. «C’est un peu la montagne et le bon air, sourit notre accompagnatrice. Mais dès que nous serons dans les gorges il fera plus doux.»

Notamment parce que l’une des particularités des gorges de Covatannaz est leur forte déclivité : près de 450 mètres (100 de plus jusqu’à Baulmes).

A la découverte de plantes et de traces d’un autre temps.
A la découverte de plantes et de traces d’un autre temps.

Nous voici donc en chemin descendant en direction de La Sagne. D’abord sur une petite portion de bitume qui cède rapidement sa place à un chemin caillouteux au milieu de l’herbe grasse des champs. «Au fond, à droite, c’est la réserve de La Mouille, ce qui signifie la tourbe», précise Thaïs Cornaz, qui est venue s’installer dans ce coin de Jura vaudois il y a six ans avec compagnon et enfants. Elle termine une première année de collaboration avec l’Office du tourisme local, débordant d’idées pour faire découvrir une région qu’elle connaît par cœur.

«J’aime bien proposer des thèmes, et les randos cuisine avec des plantes sauvages que l’on trouve justement en quantité dans cette forêt en font partie.» Grande admiratrice de François Couplan et de son travail sur les plantes, elle n’est pas peu fière de lui avoir appris à faire du feu avec du silex.

Une excursion idéale pour les petits et les grands.
Une excursion idéale pour les petits et les grands.

Arrivés en bordure de forêt, nous avons déjà grâce à elle repérer la berce au goût de fenouil, la reine des prés et son odeur de Fortalis ou la renouée paraît-il parfaite en soupe et dont les feuilles donnent de délicieux gratins. A peine arrivés entre les arbres dont la haute futaie nous abrite du crachin et voilà que le murmure de l’Ardon se transforme en grondement majestueux. Le voilà en contrebas sur notre droite et nous ne le quitterons guère des yeux de la balade. Passant par le lieu-dit les Villettes, Thaïs Cornaz précise qu’il y fut autrefois érigé une chapelle pour les enfants morts nés.

Vestiges de l’Age du bronze

Cette première partie du parcours forme l’une des deux portions du sentier des énergies, ainsi nommé parce que les énergies telluriques et autres ondes biogéologiques y seraient particulièrement fortes. On ne manquera par exemple pas le gros bloc erratique amené pas les glaciers. «Les archéologues ont retrouvé ici des milliers d’objets datant parfois de l’Age de bronze. Le sentier des gorges passe sous la voie romaine qui descend depuis Sainte-Croix, et les jeter depuis là était certainement une habitude.» Parmi les trouvailles, des statuettes servant au culte gallo-romain mais aussi des clous forgés de charpentier pour les sandales en cuir.

Une inscription sur le bloc erratique.
Une inscription sur le bloc erratique.

Alors que la pente devient abrupte, le paysage s’ouvre soudain, permettant d’apercevoir Yverdon-les-Bains. A gauche, des pitons courant sur les imposantes falaises laissent deviner des voies de grimpe. «Le calcaire se dissout à l’eau, rendant la roche lisse. Mais créant aussi de nombreuses grottes dont, un peu loin, la majestueuse grotte de la Grande Poule.» Il faut avoir l’œil pour apercevoir les restes du visage sculpté du dieu Mercure. «Les chercheurs ont découvert plusieurs lieux de culte près des infractuosités d’où s’échappent les eaux infiltrées du Chasseron», note la guide en nous faisant goûter l’oxalis, sorte de trèfle à trois feuilles plates que l’on nomme aussi pain de coucou. Sans crainte de la maladie transmise par l’urine des renards? «Lorsque le sol est plat, au pied d’un arbre où le renard marque son territoire, il vaut mieux éviter de le mettre en bouche sans le laver. Mais ici, il y a une petite pente et il vient de pleuvoir. Aucun risque.»

Encore un petit effort et nous atteignons le site du Fontanet et sa vaste clairière qui constitue une place de pique-nique appréciée. Tout autour se dressent de drôles de monticules rocheux, les restes d’une carrière de tuf. Avec sa structure poreuse et légère, cette roche était employée pour les étages supérieurs des bâtis. Désormais, ce sont les plus jeunes qui profitent de s’y amuser.

Nous sommes alors juste en dessous de la réserve naturelle des Rapilles, où l’on aperçoit parfois chats sauvages, faucons pèlerin et grands murins. Il ne nous reste plus qu’à nous laisser descendre jusqu’à Vuitebœuf à travers un chemin devenu quasiment carrossable.

Texte © Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Jeremy Bierer