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2 février 2015

Crise du franc fort: salaires en danger?

La proposition du ministre de l'Economie Johann Schneider-Ammann de réduire les salaires pour préserver les emplois a suscité l'ire des syndicats. Le débat est loin d'être terminé.

Des billets de banques et un drapeau suisse
Le franc fort a des conséquences sur l'économie de notre pays.

Décidément, la décision de la Banque nationale suisse (BNS) d’abolir le taux plancher de l’euro n’a pas fini de faire couler de l’encre! Après les professionnels du tourisme, c’est au tour des syndicats de monter au créneau, réagissant notamment à la proposition de Johann Schneider-Ammann de réduire les salaires pour préserver l’emploi face à la crise du franc fort.

Premier épisode, vendredi 23 janvier: dans une interview accordée au Tages-Anzeiger, le ministre de l’Economie lance sa bombe. Immédiate levée de boucliers. Même s’il annonce dans la foulée que la mesure, si elle est adoptée, sera accompagnée d’une baisse des prix dans notre pays, préservant ainsi notre pouvoir d’achat, le mal est fait. Le conseiller fédéral s’attire entre autres les foudres d’Unia ainsi que de Christian Levrat, président du Parti socialiste suisse.

Deuxième épisode, même jour, au Forum économique mondial de Davos: Johann Schneider-Ammann, conscient de la tempête qu’il a déclenchée, tente de modérer sa déclaration, sans toutefois se rétracter complètement. Il ne souhaite pas voir les salaires diminuer, certes, mais n’exclut pas l’éventualité d’une telle mesure. Nouvelles inquiétudes sur la planète politique, tous bords confondus.

Troisième (et dernier?) épisode, mardi 27 janvier: dans un tweet, le ministre de l’Economie déclare que les entreprises souffrant des fluctuations des taux de change peuvent avoir recours au chômage partiel. C’est-à-dire qu’en cas de réduction de l’horaire de travail adoptée pour des raisons économiques, une indemnité sera versée au salarié par l’assurance chômage. Une mesure déjà introduite avec succès en 2011, lors de la précédente crise du franc fort.

Cette fois, Johann Schneider-Ammann semble avoir visé juste: son annonce est applaudie de tous côtés. Même si Daniel Lampart (lire ci-dessous), premier secrétaire de l’Union syndicale suisse, n’y voit là qu’une solution provisoire…

«LE RECOURS AU CHÔMAGE PARTIEL PERMET AUX ENTREPRISES DE RESPIRER UN PEU»

Daniel Lampart, premier secrétaire de l'Union syndicale suisse (USS).
Daniel Lampart, premier secrétaire de l'Union syndicale suisse (USS).

Travailler davantage pour garantir l’emploi dans les secteurs touchés par l’abandon du cours plancher de l’euro: est-ce une bonne idée selon vous?

Des augmentations du temps de travail ne changeront rien à la donne. La seule institution qui puisse faire quelque chose d’efficace face à la problématique du franc surévalué est la Banque nationale suisse (BNS). Il est de son devoir de garantir la stabilité des prix en tenant compte de la situation sur le marché de l’emploi. Actuellement, avec un taux de change autour de la parité, cette stabilité n’est plus assurée.

Que pensez-vous de la solution du recours au chômage partiel?

Cela ne résout pas le problème posé par le taux de change actuel. Il est néanmoins important que les entreprises aient la possibilité de recourir à cet instrument. Cela leur permet de respirer un peu pour faire face au franc fort.

Vous avez déclaré qu’il y avait un vrai danger de licenciements dans certains secteurs. Mais ceux-ci n’ont-ils pas eu le temps de se préparer à cette mesure prévisible de la BNS?

Dire que les entreprises avaient le temps de se préparer à cette appréciation brutale du franc est cynique. Depuis 2011, elles ont dû digérer la hausse rapide du taux de change de Fr. 1.60 à 1.20/euro. Même avec ce dernier taux, le franc était encore surévalué. Cela a déjà été un grand défi pour ces entreprises de s’adapter à cette situation. En outre, les responsables de la BNS ont toujours souligné l’importance du taux de change plancher durant les trois dernières années. Ils l’ont encore répété une semaine avant d’abolir cette protection. Dès lors, ils sont responsables du fait que les entreprises se soient senties, à tort, en sécurité.

A votre sens, quelle est l’importance du choc pour le tourisme ou l’exportation?

Il est brutal. D’autant plus que le taux de change devrait en réalité se situer à environ Fr. 1.30/euro. Si le taux reste autour de la parité, les secteurs d’exportation et de l’hôtellerie souffriront énormément. Baisser les salaires, comme le revendique le ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann, est une médication en fait nocive, qui entraînerait le renforcement des tendances déflationnistes et mettrait sérieusement en danger la santé de l’ensemble de l’économie suisse.

Auteur: Tania Araman