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19 décembre 2011

Croire au Père Noël, ça fait réfléchir!

Votre enfant pense toujours que l’homme à la houppelande écarlate existe. Et vous, vous vous demandez si ce n’est pas le moment de lui dire la vérité, toute la vérité sur ce mythe… Avis et conseils éclairés de la célèbre pédiatre française Edwige Antier.

Père noël
Père noël (Photo: Getty Images)

En cette fin d’année, l’ombre du Père Noël plane au-dessus de nos têtes et de nos foyers. Avec cette sempiternelle question à la clé: doit-on laisser nos enfants croire à cet acrobate rondouillard capable de se glisser dans d’étroites cheminées pour livrer en un temps record des cadeaux par milliers? Deux possibilités s’offrent aux parents: entretenir le mythe quitte à travestir la réalité ou carrément le descendre en flammes par souci d’honnêteté…

L’espoir et l’optimisme sont indispensables.

Sans hésitation, Edwige Antier choisit la première option: «L’être humain a besoin de croire que dans la vie une bonne surprise est toujours possible. Or, quand on est un enfant de moins de 6-7 ans, il faut symboliser ce concept, c’est le rôle du Père Noël.» Cette croyance participerait donc au bon développement des filles et des garçons? «Oui, parce que l’espoir et l’optimisme sont indispensables pour avoir le courage d’affronter les épreuves inhérentes à la vie qui les attend.»

Autre raison de ne pas tirer sur ce superhéros à la barbe fleurie et au ventre rebondi: sa capacité à nourrir l’imaginaire des tout-petits, cet imaginaire qui nous aide à nous construire, qui nous permet de trouver des solutions à nos problèmes et de faire face aux aléas de l’existence. Et puis, par le biais de cette tradition certes un brin kitsch et mercantile, on a la possibilité – ce n’est pas rien! – de transmettre des valeurs aussi essentielles que la générosité et le partage.

«Le Père Noël n’est pas un mensonge, c’est un mythe!»

La faculté recommanderait aux parents de mentir à leurs rejetons, alors qu’on exhorte ces derniers à toujours être francs du bonnet? «Le Père Noël n’est pas un mensonge, c’est un mythe! Il existe, c’est un concept que l’on concrétise par le bonhomme rouge», relève la pédiatre française, auteure notamment de l’ouvrage Elever votre enfant aujourd’hui (Robert Laffont). Voilà qui devrait rasséréner les adultes hésitants et éventuellement convaincre ceux qui seraient réticents.

Laissez venir les questions de votre enfant.

Evidemment, mener en bateau son marmot ne s’apparente pas forcément à une traversée de La croisière s’amuse. Il va très probablement falloir essuyer des tempêtes d’interrogations. Par exemple, quand vous croiserez quelques spécimens de Pères Noël de supermarché. Dites-lui alors que ce sont des gens déguisés et que le vrai, lui, on ne le voit jamais parce qu’il ne vient que lorsque l’on est couché et profondément endormi.

Si votre môme gobe tout cru vos explications, c’est qu’il croit mordicus à l’homme à la hotte ou qu’il souhaite encore être bercé de cette douce illusion. En revanche, s’il émet quelques doutes, c’est peut-être qu’il est prêt à entendre la vérité. «Laissez venir ses questions, vous sentirez quand il a envie d’en savoir plus», préconise Edwige Antier. Cette étape délicate, les gosses l’abordent en général vers 6-7 ans, au moment où ils basculent dans l’âge de «raison».

Evoquez vos propres souvenirs d’enfance

L’heure est venue de briser le rêve? Usez de tact, rassurez votre enfant au sujet des cadeaux qu’il continuera de recevoir, précisez-lui les raisons pour lesquelles vous avez entretenu le mythe, évoquez vos propres souvenirs d’enfance et incitez-le à ne rien révéler aux plus petits. En lui proposant ainsi de jouer le jeu, comme vous l’avez fait, et comme il le fera plus tard avec ses enfants à lui, vous l’intronisez gardien du secret, vous le valorisez...

Certains minots auront quand même de la peine à avaler la pilule. Car découvrir le pot aux roses signifie perdre une illusion. Une partie d’entre eux s’y accrochera d’ailleurs contre vents et marées. Quant aux autres, ils risquent d’être déçus, voire un peu tristes. C’est le prix à payer lorsque l’on fait le nécessaire apprentissage de la distinction entre le réel et l’imaginaire, lorsque l’on grandit!