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10 décembre 2012

Dame Porchet, l'indétrônable

Marie-Thérèse Porchet, née Gorgoni-Naftule, s’apprête à fêter ses vingt ans de carrière. Une bonne occasion pour offrir à ses fans un nouveau spectacle qui sera adapté à chaque ville de la tournée.

Marie-Thérèse Porchet lors d’une séance photo destinée à illustrer l’affiche de son spectacle «20 ans et toutes ses dents».
Marie-Thérèse Porchet lors d’une séance photo destinée à illustrer l’affiche de son spectacle «20 ans et toutes ses dents».

Dans le quartier des Pâquis, à Genève, l’arrière-boutique d’un laboratoire photo connaît une grande effervescence en ce vendredi après-midi. A l’abri des regards, une star se laisse immortaliser sous un ciel de projecteurs. Premier photographe, second photographe, assistant, accessoiriste, producteur: tout un petit monde tourne autour de la plus grande diva romande, Marie-Thérèse Porchet.

Pour cette séance photo destinée à illustrer l’affiche du spectacle qui marque ses vingt ans de carrière, la plus célèbre des Glandoises porte une robe vichy rose vif et une perruque nattée qui évoquent sa jeunesse.

Toute une palette d’émotions pour un cliché

«Regarde l’objectif», «prends l’air dégoûté», «sois surpris»: Joseph Gorgoni qui incarne ce personnage haut en couleur répond aux injonctions de son équipe sans sourciller et décline à l’envi toute une palette d’expressions afin de trouver le cliché qui fera mouche.

Entre deux réglages de lumières et un changement de costume, le Genevois se confie:

Bien sûr que j’ai le trac. Je dirais même qu’il augmente avec les années. J’ai tellement peur de décevoir le public ou de ne plus être drôle. A quelques jours du début de cette nouvelle tournée, je commence même à mal dormir.

L’originalité – et la difficulté – du nouveau spectacle réside dans le fait que celui-ci sera, en partie, différent dans chaque ville. «L’idée de départ est simple: partout où elle passe, Marie-Thérèse est reçue avec les honneurs et en profite pour évoquer le lieu ou la région où elle se trouve. Pour cela, nous adaptons le texte en fonction de l’actualité et évoquons par exemple les politiques dépensières ou les verrues architecturales, explique Pierre Naftule, le scénariste de Marie-Thérèse Porchet. A cette fin, nous allons glaner les infos sur le terrain et rencontrons des personnes au courant des dossiers intéressants.»

La plus célèbre habitante de Gland sera sur scène à Morges les 12, 13 et 14 décembre.
La plus célèbre habitante de Gland sera sur scène à Morges les 12, 13 et 14 décembre.

Un agenda quasi plein en 2013

Un surcroît de travail indéniable qui ne fait pas peur aux deux auteurs, déjà fort occupés avec le tournage de la revue du 31 décembre sur RTS1, la préparation de la croisière humoristique en mai 2013, une seconde tournée intitulée Ces Suisses qui font rire en compagnie des meilleurs comiques romands ou encore des dizaines de soirées privées pour des entreprises ou des associations. «Là aussi, nous nous adaptons au public en parlant par exemple de leur société ou en prétendant que Marie-Thérèse sera leur future secrétaire. Les gens adorent; c’est ce qui marche le mieux», sait Pierre Naftule, avant de tirer un premier bilan de cette carrière exceptionnelle:

On aime ou on n’aime pas Marie-Thérèse, mais personne ne peut prétendre que nous ne sommes pas des bosseurs.

Né en 1993 pour un sketch de deux minutes dans laRevue genevoise, le personnage de Marie-Thérèse aura donc vécu au moins vingt ans. «La première fois que j’ai endossé son tailleur, je ne pouvais pas m’imaginer que cela allait durer si longtemps», se souvient Joseph Gorgoni. Pourtant, la salle adopte aussitôt le personnage. Puis, Marie-Thérèse est l’invitée de plusieurs émissions de Maïtena Biraben, Ça colle et c’est piquant, et toute la Suisse romande succombe alors à l’humour culotté de cette dame bien sous tous rapports, mais qui fait fi du politiquement correct. «C’est vrai, le succès a été immédiat», confirme Joseph Gorgoni qui avoue s’être inspiré de sa grand-mère et de sa cheffe lorsqu’il était vendeur en papeterie pour façonner le personnage.

«Nous nous censurons beaucoup»

A l’inverse de ces deux muses, Marie-Thérèse est toutefois capable, sans gêne aucune, de lâcher les pires horreurs. «Je peux pourtant vous assurer que nous nous censurons beaucoup et refusons la provocation gratuite», promet Joseph Gorgoni.

A Gland, une place a été renommée en 2009 au nom de l’humoriste vaudoise.
A Gland, une place a été renommée en 2009 au nom de l’humoriste vaudoise.

Avec Marie-Thérèse, Joseph Gorgoni a aussi découvert qu’il était capable de faire rire des salles entières. «Etre humoriste n’a pourtant jamais été mon rêve. Je voulais davantage être chanteur ou danseur.» C’est ainsi que Joseph Gorgoni, qui a fait ses premières armes dans des clubs présentant des spectacles de travestis, a pris des cours de danse dans plusieurs écoles genevoises avant de monter à Paris où il a décroché des rôles dans Cats et The Rocky Horror Show. C’est aussi en tant que danseur qu’il débute à la Revue genevoise en 1991, avant que Pierre Naftule ne l’invite à exploiter son potentiel comique. Là, il interprétera des figures aussi éloignées que le pape ou Sheila...

Marie-Thérèse Porchet brûlera-t-elle toujours les planches dans vingt ans? Difficile de le savoir. «Nous continuerons à la faire évoluer pour autant que nous prenions autant de plaisir qu’aujourd’hui», assurent en chœur Pierre Naftule et Joseph Gorgoni. Cela semble bien parti, car les deux compères imaginent déjà un futur spectacle pour 2014. «En fait, j’aimerais monter sur scène pour parler de Marie-Thérèse, mais sans porter son costume. Ce serait l’occasion de raconter tout ce que ce personnage m’a fait vivre depuis vingt ans: l’Olympia à Paris, une tournée nationale avec le cirque Knie, c’est extraordinaire», rêve Joseph Gorgoni très sérieusement.

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Mathieu Rod