Archives
14 juillet 2014

Daniel Dunkel, pierre par pierre

Le Lausannois Daniel Dunkel a fait de la construction de cairns sa passion. Il opère principalement sur les plages du Léman.

Daniel Dunkel et l'une de ses constructions de cairns, au bord du Léman.
Si la météo est bonne, les constructions de Daniel Dunkel restent debout deux ou trois jours.

C’était en 2002, il se promenait au bord du lac de Joux. Bientôt il remarque des «petits amoncellements de pierres». Aussitôt, c’est le flash: «J’ai trouvé ça génial, je me suis dit, il faut que j’essaie.»

Ainsi est née la passion du Lausannois Daniel Dunkel, électronicien de formation, pour les cairns. D’entrée, il se rend compte qu’il est doué d’une certaine facilité «à en construire d’assez hauts». Il persévère donc, évolue dans la technique, se lance dans la photo de ses propres créations. Sans qu’ils se soient vraiment consultés, son frère jumeau, Bernard, même allure, même voix, même visage – hormis le bouc – attrape aussi le virus. Et se met à entasser les cailloux.

Comme terrain de jeu où exercer ses talents de bâtisseur, Daniel Dunkel a une prédilection pour les plages du Léman. «Mais si je tombe ailleurs sur de beaux cailloux, par exemple en montagne, je ne vais pas me priver de monter un cairn.» Il avoue que «chercher des cailloux, les porter, les assembler», il ne s’en lasse toujours pas. «Contrairement à d’autres activités que j’ai abandonnées, comme le modélisme.»

A propos des inconnus qui souvent détruisent ces constructions de toute façon éphémères, il aura ce commentaire: «Moi, si je démolissais tout ce qui ne me plaît pas en ville, il ne resterait pas grand-chose debout.»

Une journée dans la vie de Daniel Dunkel

9h La tour prend garde
Pour mes 50 ans, je me suis offert ce scooter d’occasion. Je suis ainsi plus autonome. La Tour Haldimand? Bof, pas spécialement transcendante. Surtout depuis que j’ai appris qu’elle était le résultat d’un concours d’architectes. Mais j’aime beaucoup le lac à cet endroit.

11h Travailler avec le chapeau
Beaucoup de gens me disent, ah c’est vous l’artiste, on vous a reconnu au chapeau. Cela me prend entre 5 minutes et un quart d’heure pour monter un cairn. Un peu plus s’il faut aller chercher les cailloux dans l’eau. Si je fais surtout ça en été, c’est qu’en dessous de 12 degrés, moi je ne rentre pas dans l’eau.

12 h La choucroute, c'est non
Normalement si je suis seul, je pique-nique. Mais une salade d’artichauts et de saumon fumé, c’est meilleur en tout cas pour la santé qu’une choucroute garnie. J’aime l’équilibre en tout, y compris dans l’alimentation.

14 h A mains nues
Des fois, dans l’eau, il y a des petits coquillages, ça coupe. Il faut de la patience, de la persévérance, mais surtout du toucher, de la sensibilité.

Comme un puzzle
Le choix des cailloux est d’abord visuel, c’est un peu comme un puzzle: celui-là irait bien pour s’emboîter dans celui-ci. C’est comme un tabouret, il faut toujours trois points de contact pour que cela tienne en équilibre. Si la météo est bonne, s’il n’y a personne qui les démolit, si les oiseaux et les vagues se tiennent tranquilles, les cairns peuvent rester debout deux ou trois jours.

15 h Si ce n'est lui…
Avec mon frère on ne travaille pas forcément ensemble, sauf parfois au bord du lac. En revanche, nous nous retrouvons pour les expos photos ou les animations-démonstrations ou encore les cours d’initiation que nous organisons autour des cairns.

16 h Cairn un jour, cairn toujours
Mon frère est allé au glacier d’Aletsch l’automne passé. Il en a ramené la photo du cairn réalisé à cette occasion. Les cairns n’ont pas vraiment d’origine précise. Toutes les civilisations ont empilé des pierres pour marquer les chemins, signaler des dangers ou avec une signification religieuse.

18 h Wushu
Les arts martiaux chinois sont très variés, avec des formes et des enchaînements de mouvements qui peuvent se faire à mains nues ou avec des armes – bâton, sabre, épée, lance. Je pratique ça deux fois par semaine depuis six ans. Un exercice physique intense, bon pour la souplesse, la coordination, la vitesse et la précision.

© Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Loan Nguyen