Archives
6 octobre 2014

Dans la peau d’un touriste 2.0

La Haute Ecole de gestion Arc a mis au point une application mobile décoiffante: des balades scénarisées interactives exploitant les technologies de pointe pour donner une nouvelle dimension aux visites touristiques. Test grandeur nature à La Chaux-de-Fonds.

Francesco Termine, professeur en informatique à la haute école de gestion arc
La tablette repère notre position par GPS et affiche des informations sur les lieux visités.

Francesco Termine nous a donné rendez-vous dans un bistrot chaux-de-fonnier pour nous parler, devant deux cafés bien serrés, d’un projet de la Haute Ecole de gestion Arc à l’appellation un brin obscure: MTIS pour Mobile Tourist Information System. Pour faire simple, il s’agit d’une application qui utilise les technologies de pointe – réalité augmentée et immersion 3D notamment – dans le but d’offrir aux touristes des visites d’un nouveau type, à la fois ludiques et didactiques.

Toujours dans le bleu? Nous aussi! Après avoir séché son expresso, le professeur en informatique de gestion sort une tablette tactile de sa serviette pour nous faire une démo. «L’idée, c’est de proposer des balades scénarisées inter­actives adaptées aux plateformes mobiles, de raconter des histoires aux visiteurs afin qu’ils puissent découvrir un site, une région autrement», explique-t-il avant d’appuyer sur le bouton «on».

Sur l’écran surgit un personnage en toge devant une maison romaine. «C’est maître Lucius (ndlr: un acteur professionnel incarne ce personnage fictif) qui nous invite à entrer dans une reconstitution en 3D de la villa d’Orbe-Boscéaz.» En quelques coups d’index, on a donc fait un saut virtuel de plusieurs siècles en arrière pour voir à quoi ressemblait cette fastueuse demeure dont il ne subsiste aujourd’hui que d’admirables mosaïques. Amusant et bluffant!

Et sur le terrain, ça donne quoi?

A nous de jouer maintenant! Cap sur l’Espace de l’urbanisme horloger, là où nous louons pour la modique somme de 10 francs le matériel nécessaire à notre exploration: une tablette tactile et des écouteurs. Après quelques explications basiques (nous ne sommes pas tous des geeks!), nous voilà enfin prêts à nous glisser dans la peau de vrais touristes 2.0!

Plusieurs parcours figurent au menu. Nous sélectionnons «Urbanisme horloger», puis appuyons sur la flèche orange pour démarrer notre voyage dans le passé. La tablette se met à vibrer. L’écran affiche «La Chaux-de-Fonds, le 26 mai 1913». Apparaissent alors Jean-Louis Doscillant et Gérard Calibro, respectivement le patron et l’un des employés de la manufacture «La Marque». Campés tous deux par le comédien Lionel Frésard, ce clown blanc et cet auguste nous serviront de guides durant cette aventure.

Une voix off prend la relais pour nous conter, en bref et en images, l’histoire de la mesure du temps et le fonctionnement d’une montre. Dans l’intervalle, le GPS intégré nous a repérés. Sur la carte de La Chaux-de-Fonds, nous figurons sous la forme d’un piéton. Plus qu’à suivre l’itinéraire qui se dessine à l’écran jusqu’aux points suivants (ce circuit-ci en compte dix-huit). Sans oublier de lever le nez de la tablette lorsque l’on descend d’un trottoir pour s’engager sur la chaussée!

Un essai concluant

Le principe est limpide: à chaque étape, un nouveau chapitre du passé industriel de cette ville est dévoilé via les dialogues vulgarisateurs de Doscillant et Calibro, de courtes explications savantes, ainsi que des photos et films d’archives. «On incite aussi l’utilisateur à observer ce qui l’entoure. L’expérience prend d’ailleurs tout son sens quand on est sur place», insiste le professeur Termine. Comme ici où l’on doit pointer la tablette sur la façade d’un ancien atelier d’horlogerie pour faire démarrer un extrait de documentaire d’époque montrant les ouvriers butinant à l’intérieur de la bâtisse.

L’application sert aussi à se repérer dans la ville.
L’application sert aussi à se repérer dans la ville.

Tout au long de ce trajet qui dure une bonne heure, nous en apprenons davantage sur cette localité et ses habitants, sur cette ruche que Karl Marx considérait alors comme une seule manufacture. Et cela sans crampes ni bâillements! La démonstration s’avère convaincante. Seul bémol: le bruit du trafic qui empêche parfois de bien entendre les commentaires. «On y travaille», assure notre interlocuteur. La boucle étant bouclée, ne reste plus qu’à rendre notre panoplie…

Perspectives d’avenir

Des itinéraires bilingues (français-allemand) et thématiques de ce genre, il en existe déjà une demi-douzaine répartis dans tout l’Arc jurassien. Ils ont été mis sur pied en un temps record – une petite année! – par une équipe composée d’assistants et d’étudiants de la HEG Arc, renforcée par des intervenants extérieurs (spécialistes du tourisme, historiens, scientifiques…) et dirigée par Francesco Termine.

«Comme les premiers retours du public sont extrêmement positifs, nous allons proposer notre application à d’autres partenaires, notamment à des institutions culturelles», précise ce dernier. Et de conclure optimiste: «Si tous les éléments sont réunis, la Haute Ecole de gestion Arc devrait créer à terme une spin off pour pérenniser et faire évoluer notre solution.»

© Migros Magazine - Alain Portner
Photos: Prune Simon-Vermot, Glow Images, Bildagentur Huber, Keystone, Laif

Auteur: Alain Portner

Photographe: Prune Simon-Vermot, Vermot, Prune