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7 novembre 2016

Dans la peau de Puccini

Pour son premier roman, brillant et sans fausse note, Brigitte Hool s’est attaquée à un monument: le compositeur de «La Bohème», de «Madame Butterfly» et de «Turandot». Rien de plus naturel pour cette cantatrice qui connaît intimement le maestro via ses opéras.

Brigitte Hool pose en montant sur une échelle posée à côté d'une table.
Brigitte Hool décrit toute la gamme des émotions de Puccini avec une main de maître.

Une maison sur les hauts de Montreux avec vue plongeante sur le Léman. C’est là que la soprano neuchâteloise Brigitte Hool pose ses valises entre deux concerts. C’est là aussi qu’elle a «mis au monde» son premier roman, Puccini l’aimait, publié aux Editions L’Age d’Homme.

De doux effluves chatouillent nos narines. «Je fais des biscuits d’après une recette que j’ai inventée.» C’est vrai qu’en plus d’être cantatrice, écrivaine, prof de yoga et mère, notre hôte cuisine divinement.

«Je n’avais pas prémédité Puccini, je n’avais pas prémédité que sa vie était aussi romanesque.

Je voulais simplement parler d’inspiration, de composition, de musique, d’art sans snobisme, en écrivant un livre à la portée de tous,

parce que l’opéra n’est pas réservé à une élite. Mais au final, c’est devenu presque un polar musical.» Elle ne s’en plaint pas, d’autant que son bouquin cartonne (il a déjà été réédité) et qu’il vient de sortir en France et en Belgique.

Inspirée par la réalité des faits

L’intrigue de ce roman historique («Tout est vrai sauf les dialogues et les pensées des protagonistes») se déroule entre 1903 et 1909, durant les années sombres de l’existence du compositeur italien, ainsi qu’en témoigne cet extrait éclairant: «Il se disait désemparé, englouti dans cette vie quotidienne si loin de ses aspirations artistiques.

Comment parler de l’amour, comment chantonner et écrire de la musique quand l’esprit se disperse en mille obsessions calamiteuses et autant de chagrins lugubres?»

Choisie à dessein, cette période douloureuse recèle tous les ingrédients d’une bonne tragédie: passions clandestines, jalousie maladive d’une épouse délaissée, un accident de voiture qui laissera Puccini boiteux, trahisons, suicide par empoisonnement, procès, secrets inavouables et inavoués…

En remuant cette histoire tellement dramatique, je me suis demandé si j’avais le droit de mettre ainsi en scène des gens qui avaient réellement vécu.»

La réponse viendra du maestro lui-même qui, dans une lettre à son amie Sybil (Sybil Seligman, une soprano anglaise, ndlr.), exprimait le souhait que toute la lumière soit faite un jour sur l’affaire qui le tourmentait. «Le temps saura dévoiler ce mystère», écrivait-il.

Une prédiction qui se réalisera en 2012 à l’ouverture d’une malle contenant une part cachée de la correspondance du génial compositeur, laquelle livrera l’identité du scélérat responsable du trépas de Doria, femme de chambre des Puccini.

Noé, le petit garçon de Brigitte Hool, déboule dans la cuisine en pyjama, le visage encore tout chiffonné de sa sieste. «Mhmm, ça sent les biscuits!» Sa maman les sort précipitamment du four. «Mince, je les ai laissés deux minutes de trop!» Cette fine cuisinière est méticuleuse, perfectionniste, des qualités qui lui ont permis de gagner à quatre reprises le Défi Carlo Crisci Hirslanden. Le chef étoilé disait d’ailleurs d’elle au Matin Dimanche: «Soprano talentueuse, elle a ce besoin de performance.»

L’homme révélé par son œuvre

Idem dans l’art lyrique et l’écriture: «Je vivais Puccini! Je suis entrée dans sa tête par la musique.

A force de travailler ses œuvres, j’ai fini par avoir une intimité, une connivence, une complicité avec lui.

Je connais ses héroïnes par la voix, je sais distinguer Butterfly de Liu, Liu de Tosca, Tosca de Mimi. Quand vous les chantez, c’est évident que ce sont quatre facettes de la féminité sans doute représentées par quatre personnalités différentes dans sa vraie vie.

Visiblement, Puccini s’inspirait des femmes qui l’entouraient quand il composait.»

L’intensité de son regard couleur châtaigne exprime toute la passion qui l’habite, elle qui a eu la révélation de sa destinée de cantatrice à l’adolescence, lorsqu’elle a entendu pour la première fois La Bohème de Puccini. Mais c’est de Turandot qu’elle a envie de parler, l’œuvre inachevé du maître italien avec laquelle elle clôt son roman. «Sur son lit d’hôpital, ce drame le taraude, alors que l’on est en 1924, quinze ans après les faits.

La dernière page qu’il offre au monde, son testament ultime, est d’une intensité bouleversante, c’est sa vie qui s’en va…»

Texte: © Migros Magazine | Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Matthieu Spohn