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3 mars 2014

Dans les Grisons vit un hobbit

Nul besoin de se rendre jusqu’en Nouvelle-Zélande pour s’aventurer en Terre du Milieu. A Jenins (GR), le Greisinger Museum, du nom de son fondateur, renferme la plus grande collection au monde consacrée à l’univers de Tolkien.

Bernd Greisinger, fondateur du musée consacré à l'univers de Tolkien à Jenins dans les Grisons
Après avoir fait fortune dans le monde de la finance, Bernd Greisinger a décidé de se consacrer à sa passion.

Dans le petit village grison de Jenins, une maison contraste par son style avec ses voisines. A l’inverse des autres bâtiments, ses murs ne sont pas érigés vers le ciel mais s’enfoncent sous terre, ne laissant dépasser au grand jour que l’une de ses façades. Ses fenêtres ne sont pas rectangulaires mais forment des cercles parfaits. A l’image de sa porte, tout en rondeur, verte, et avec une petite poignée en métal fixée en son centre.

La porte ronde et verte marque l’entrée de la maison de hobbit, à Jenins dans les Grisons.
La porte ronde et verte marque l’entrée de la maison de hobbit.
Le rez-de-chaussée ressemble à l’intérieur de la demeure de Bilbo Baggins.
Le rez-de-chaussée ressemble à l’intérieur de la demeure de Bilbo Baggins.
Une gigantesque et terrifiante sculpture de Balrog.
Une gigantesque et terrifiante sculpture de Balrog.
Une salle est consacrée exclusivement aux méchants de la saga.
Une salle est consacrée exclusivement aux méchants de la saga.

Les fans de Tolkien auront vite résolu ce mystère. Ce trou est une maison de hobbit! D’où un certain confort… Une fois franchi le seuil de la maison, on découvre un ancien mobilier, tout de bois et finement décoré. Toutes les salles qui composent cet appartement sont reliées les unes aux autres par de petites ouvertures rondes. Les habitants des lieux ne doivent pas dépasser les 1,5 mètre! Et sur les murs, de magnifiques peintures nous plongent au plus profond de la Terre du Milieu.

Tout y est, même la douche et les toilettes. On pourrait y vivre. Mais la petite maison n’est pas à louer. Elle cache en fait l’entrée d’ un immense musée entièrement consacré à la Terre du Milieu, l’univers fantastique imaginé par l’auteur et professeur anglais J. R. R. Tolkien. Son fondateur, Bernd Greisinger, un Allemand qui a fait fortune en tant que gestionnaire de fonds, est déjà là pour nous accueillir.

Et pas dans n’importe quelle tenue! Pour l’occasion, et comme il aime à le faire parfois lorsqu’il reçoit des visiteurs, notre hôte a revêtu l’un de ses plus beaux costumes. Au bout de son bras, c’est avec grande fierté qu’il arbore une longue et lourde épée d’acier, réplique authentique de l’arme de Thorin dans la trilogie signée Peter Jackson.

C’est peu de le dire, Bernd Greisinger est un passionné. Pourtant, son béguin pour l’œuvre de Tolkien ne remonte pas à si loin. Malgré son intérêt depuis l’enfance pour le fantastique, ce n’est qu’en 2001, lorsque paraît le premier film de la trilogie Le Seigneur des Anneaux, réalisé par Peter Jackson, qu’il s’intéresse aux romans de Tolkien. Le coup de foudre est immédiat. Le businessman commence alors à accumuler livres, œuvres d’art et autres objets en lien avec cet univers. Une collection qui prend une si grande ampleur qu’il décide de quitter ses activités financières pour se consacrer entièrement à la construction d’un musée.

Depuis son inauguration en octobre, nous avons déjà enregistré un millier de visiteurs provenant du monde entier, annonce fièrement le propriétaire. Le sourire sur chacun de leurs visages est pour moi la plus belle des récompenses!

Car en plus des précieux objets, chacune de ses salles a été soigneusement pensée et décorée pour que le visiteur s’imagine, tel Bilbo Baggins, au cœur d’une grande aventure. A l’image de cet escalier sombre et peu rassurant, qui amène jusqu’au sous-sol du bâtiment. Voilà déjà qu’une terrifiante et gigantesque sculpture de Balrog croise notre chemin. Vous savez… la créature démoniaque qui donne du fil à retordre à Gandalf dans le premier épisode la trilogie du Seigneur des Anneaux.

Des œuvres créées spécialement pour le musée

En face de l’œuvre, créée par l’artiste italien Ivan Cavini spécialement pour le musée, sont exposées des maquettes de personnages de la Terre du Milieu. Un peu plus loin, on découvre les bobines utilisées lors du tournage de la première adaptation cinématographique en 1977 du Hobbit. Chaque pièce exposée ici détient sa propre histoire. Et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que Bernd Greisinger prend soin de présenter ses plus belles trouvailles.

Dans la prochaine pièce, voici les scénarios originaux des films de Peter Jackson, comportant encore les notes rédigées à la main par le réalisateur et dont la couverture a été signée par ses principaux acteurs. La chambre suivante est consacrée exclusivement aux méchants de la saga. On y trouve par exemple cette superbe tête de Gollum, l’une des plus célèbres créatures imaginées par Tolkien. «Il s’agit d’un prototype unique, à partir duquel d’autres répliques ont été créées», raconte notre guide.

Dans le musée, tous les tableaux exposés sont des œuvres originales.
Dans le musée, tous les tableaux exposés sont des œuvres originales.

Sans oublier les murs de toutes les salles qui sont couverts de tableaux signés par une centaine d’artistes différents. «Chaque pays possède ses artistes spécialistes de la Terre du Milieu, explique le fondateur du musée. Et dont les œuvres ont été utilisées pour illustrer les livres de Tolkien, comme les célèbres Alan Lee, Ted Nasmith, Tim Kirk, Chris Achilleos ou les frères Hildebrandt.»

«Montrer à quel point ces créations sont riches»

Logiquement, Bernd Greisinger a donc eu l’idée d’exposer côte à côte les peintures originales et un exemplaire des livres qui en ont copié leurs traits en couverture. «C’est l’effet «Aha»! Celui que j’essaie de créer chez les visiteurs, lorsqu’ils font le lien dans leur tête entre les différentes pièces exposées. Une manière aussi de leur démontrer à quel point ces créations sont d’une grande richesse.»

De la richesse, en effet, il y en a. Même si le propriétaire ne s’amuse pas à calculer la valeur totale de sa collection. Mais les pièces les plus chères ne sont pas forcément celles que l’on pense. En plus des nombreuses œuvres d’art, le musée renferme environ 3500 livres, dont quel­ques-uns seulement ont trouvé place dans l’exposition.

C’est le cas de cet ouvrage, endossant une couverture intacte, qui n’est autre que la toute première édition du Hobbit en 1937.

Ce roman est l’un des plus lus au monde! Son prix est estimé à 40 000 francs.

Mais il ne s’agit pas du livre le plus précieux de la collection… «Ce sont les œuvres autographiées par Tolkien qui atteignent des sommets puisqu’il ne se soumettait que rarement à ce genre d’exercice, renseigne notre guide.

Par exemple cet exemplaire du Seigneur des Anneaux, adressé à son amie de longue date Elaine Griffiths et dont le coût est estimé à plusieurs centaines de milliers de francs.»

Difficile pour Bernd Greisinger de dénicher une pièce plus «précieuse»... A part peut-être, s’il existait, le véritable anneau unique. Ce n’est pas Gollum qui nous contredira!

© Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Samuel Trümpy