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3 décembre 2012

«Dans un trou vivait un Hobbit»

Après la trilogie du «Seigneur des Anneaux», Peter Jackson en entame une autre, basée sur le premier livre de Tolkien. Mise en bouche avant le sacre de Bilbo à l’écran, le 12 décembre prochain.

Gandalf
Gandalf le gris, un personnage incontournable de l'œuvre de Tolkien. (Photo: KEYSTONE/Allpix Press/ Cineliz)
Bilbo le Hobbit ne pouvait s'attendre à vivre une tele aventure (Photo: Warner Bros. Entertainment Inc.)
Bilbo le Hobbit ne pouvait s'attendre à vivre une tele aventure (Photo: Warner Bros. Entertainment Inc.)

«Un voyage inattendu.» Ça, c’est le sous-titre. Rien pourtant n’aura été plus attendu que ce film-là, ce Hobbit déboulant au cinéma dès le 12 décembre, pour le début d’une nouvelle trilogie, après celle du Seigneur des Anneaux. Avec aux manettes toujours le même réalisateur: Peter Jackson.

Publié en 1937, The Hobbit a été écrit par J.R.R. Tolkien avant la fameuse saga des anneaux. Un livre qui débute par une phrase devenue mythique: «Dans un trou vivait un hobbit.» A savoir Bilbo – Bilbon en version doublée – que treize nains emmèneront malgré lui et grâce à une ruse du magicien Gandalf à la recherche d’un trésor, à récupérer des griffes du dragon Smaug. Mais pour les humains, c’est plutôt aux griffes du Hobbit, cette fin d’automne, qu’il sera difficile d’échapper. Le débat est ouvert et le compte à rebours déjà bien entamé.

Victoria Baumgartner et Amret Singh se sont penchés sur les livres de Tolkien pendant leurs études. (Photo: François Wavre)
Victoria Baumgartner et Amret Singh se sont penchés sur les livres de Tolkien pendant leurs études. (Photo: François Wavre)

Bilbo et les autres sur les bancs de l’UNIL

Ils le disent eux-mêmes: ils ont eu de la chance. Passionnés du Seigneur des Anneaux dès l’adolescence, Victoria Baumgartner et Amret Singh ont pu s’immerger dans Tolkien durant leur cursus universitaire au département d’anglais de l’UNIL, où un cours lui était consacré. Amret en a même fait son sujet de mémoire.

Quant à l’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux, Victoria l’a trouvée excellente: «Peter Jackson évidemment ne pouvait pas tout mettre, il a dû tenir compte des exigences du cinéma. Les combats certes prennent plus de place que dans le livre. Mais on sent une équipe de passionnés qui respectent l’esprit de Tolkien.»

De nouveaux personnages sortis tout droit de l’imagination de Tolkien entreront en scène dans «Bilbo le Hobbit», premier film d’une nouvelle trilogie. (Photo : Warner Bros. Entertainment Inc.)
De nouveaux personnages sortis tout droit de l’imagination de Tolkien entreront en scène dans «Bilbo le Hobbit», premier film d’une nouvelle trilogie. (Photo : Warner Bros. Entertainment Inc.)

Amret se montre plus nuancé: «Sabrer des passages, c’est une chose. En rajouter, c’en est une autre.» Par exemple dans le deuxième film où Jackson invente une attaque de loups. «Pas une mauvaise scène, mais je me suis tout de suite dit, ça c’est fait pour vendre des produits dérivés.»

Amret entrevoit un risque inhérent au Hobbit à venir: «En général dans une série, plus on avance, plus on tombe dans la surenchère, on veut faire toujours plus grand, plus fort, alors que The Hobbit, le livre, se situe à plus humble échelle que le Seigneur des Anneaux.»

Gandalf le Gris, le célèbre mage de l’œuvre de Tolkien, est de retour dans le nouvel opus. (Photo : Warner Bros. Entertainment Inc.)
Gandalf le Gris, le célèbre mage de l’œuvre de Tolkien, est de retour dans le nouvel opus. (Photo : Warner Bros. Entertainment Inc.)

Heureusement, les personnages des treize nains, qu’on ne trouvait pas dans la première trilogie du Seigneur des Anneaux, donnent de grands espoirs aux fans: «Dans le livre, explique Victoria, avec les nains, on ne sait bientôt plus qui est qui. Tandis que Peter Jackson les a dotés, semble-t-il, d’une vraie identité et ça devrait beaucoup contribuer à la force du film.»

Un point toutefois fait déjà furieusement débat: le réalisateur a rajouté au moins un personnage, une elfe des Bois. Pas vraiment étonnant si l’on sait que dans Le Hobbit, le nombre de personnages féminins approche du zéro absolu – dans la trilogie des Anneaux, le chiffre grimpait à 19%, ce qui ne fait pas non plus bien lourd.

Des libertés qui ne plaisent pas à tout le monde

«Personnellement, ça ne m’a jamais choquée», esquive Victoria, qui dédouane Tolkien de tout soupçon de misogynie: «Il s’inspire d’histoires médiévales et dans un tel univers, les femmes ne servent pas à grand-chose. Elles sont sorcières, pas beaucoup plus.»

Pour autant, Amret conteste ce rajout d’un «personnage féminin qui n’aura d’autres caractéristiques que d’être une femme, parce qu’il fallait en rajouter une. C’est comme si on mettait un Noir, juste pour qu’il soit là. Pour que chacun puisse s’identifier à un personnage.»

Eowyn la guerrière est le personnage préféré de la traductrice. (Photo: Bulls Press)
Eowyn la guerrière est le personnage préféré de la traductrice. (Photo: Bulls Press)
Monique Golay, traductrice (Photo: LDD)
Monique Golay, traductrice (Photo: LDD)
Valentina Ponzetto, chercheuse au FNRS, enseignante en dramaturgie à l’Université de Genève.
Valentina Ponzetto, chercheuse au FNRS, enseignante en dramaturgie à l’Université de Genève.
Jennifer Tornay, étudiante.
Jennifer Tornay, étudiante.

Paroles de fan

Monique Golay: traductrice
J’avais invité un ami à manger et il m’a offert The Hobbit en anglais. J’ai été si impressionnée que j’ai voulu devenir écrivain. J’en suis à mon 3e livre. Le premier, L’incroyable Mr Lynx, racontait l’histoire d’une amitié entre un lynx et un chat domestique Ce que j’aime bien chez Tolkien, c’est l’imaginaire que je préfère à celui d’Harry Potter. Je trouve aussi qu’il y a plus de philosophie. J’aime aussi le sens de l’humour très fin de Tolkien. Mon personnage préféré est Eowyn, qu’on voit dans le livre prier Aragorn à genoux d’accepter qu’elle se batte au côté des hommes, ce qu’Aragorn refuse. Enfin, Tolkien s’est inspiré des Alpes valaisannes pour écrire son Hobbit. Sa visite du Valais en 1911 lui avait donné la base du voyage de Bilbo, de Rivendell à l’autre versant des Monts Brumeux.

Valentina Ponzetto, chercheuse au FNRS, enseignante en dramaturgie à l’Université de Genève
Le Seigneur des Anneaux, j’ai dû le découvrir vers 13 ou 14 ans. Ce qui m’a plu tout de suite, c’est la grande aventure, et puis c’est un roman bien écrit, très prenant avec des personnages riches et profonds. Si avec le temps je reviens souvent à Tolkien, en lisant des bouts par-ci par-là, ou en regardant les DVD de Peter Jackson, c’est parce que l’univers qu’il a créé est quelque chose d’extrêmement réel. Pour moi, la Terre du Milieu c’est même plus réel que certains pays où je ne suis jamais allée. La Terre du Milieu? j’ai l’impression d’ y avoir vécu. A une époque j’ai même commencé à étudier l’elfique, mais c’est compliqué.

Jennifer Tornay, étudiante
J’ai découvert Tolkien par mon cousin, grand fan, à l’époque de la sortie des films. Il avait tout plein de figurines, de jeux, et j’ai fini par devenir fan moi aussi. L’univers du Seigneur des Anneaux est fascinant, on peut s’y immerger totalement. Il nous transporte vraiment ailleurs et nous fait rêver, nous émerveille.
La complexité de ce que Tolkien a réussi à créer dans ses œuvres est incroyable. La qualité de son écriture est indéniable. C’était un génie. J’ai bien entendu préféré les livres, mais les films ne sont pas sans mérites. C’est toujours un plaisir à les regarder – même si Viggo Mortensen y est pour beaucoup, je l’avoue. J’attends avec impatience la sortie du Hobbit. D’après les extraits que j’ai pu voir, je ne risque pas d’être déçue.