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11 février 2013

De bonnes bases pour le basmati

Riseria Taverne SA, qui fait partie du groupe M-Industrie, privilégie désormais un riz indien issu d’une agriculture biologique.

Des paysans en train de battre les plants de riz sur une table pour en retirer les grains.
Le riz est cultivé dans le respect de l’environnement et récolté en grande partie 
à la main. (Photo: LDD)

Rien ne ressemble moins à un grain de riz qu’un autre grain de riz. Et de toutes les variétés, l’une des plus nobles est le basmati, avec ses grains longs, légers et parfumés. Aujourd’hui encore, il est cultivé pour l’essentiel par de petits paysans indiens et destiné avant tout à l’exportation.

Pour atteindre de hauts rendements, les producteurs du sud et du centre de l’Inde utilisent toutefois des produits phytosanitaires pour lutter contre les nuisibles.

«Il était nécessaire d’agir», estime Gert Silber, directeur de Riseria Taverne SA, une entreprise du groupe M-Industrie qui n’est autre que la plus grande rizerie de Suisse (lire entretien). Daniel Feldmann, chef de projet à la Riseria, poursuit: «En 2010, une décision de principe s’imposait. Pour pouvoir continuer à proposer un riz basmati de grande qualité, nous devions nous tourner vers de nouvelles régions rizicoles non touchées par l’utilisation de produits phytosanitaires. Pour autant, nous n’avions aucune certitude quant aux chances de succès.»

Les terres du nord de l’Inde sont vierges d’OGM. (Photo: LDD)
Les terres du nord de l’Inde sont vierges d’OGM. (Photo: LDD)

C’est sur l’Etat du Jammu-et-Cachemire, au nord de l’Inde, que les experts ont porté leur choix. Et la décision s’est avérée payante. Dès la première récolte, en 2011, le résultat était là: un basmati de haute qualité, sans trace de chimie.

A la mi-mai de l’année dernière, le nouveau riz faisait son apparition sur les rayons Migros sous la marque Mister Rice. La deuxième récolte, qui a eu lieu en novembre 2012, fait actuellement route vers la Suisse par voie maritime.

Les petits cultivateurs sont mieux rémunérés

«Au Jammu-et-Cachemire, la culture du riz se pratique depuis toujours, mais pas celle du basmati, indique Daniel Feldmann. Le riz local traditionnel n’étant pas destiné à l’exportation, notre nouvelle zone de production a été épargnée par la course au rendement et l’exploitation à outrance des rizières. Les sols sont restés de qualité et vierges de semis génétiquement modifiés.»

L’eau de l’Himalaya remplit les nappes phréatiques

Autre bon point sur le plan écologique: la proximité de l’Himalaya, dont l’eau d’écoulement assure un bon remplissage des nappes phréatiques. A cela s’ajoutent l’inondation naturelle des rizières durant la mousson et des sols aux propriétés idéales qui limitent les pertes d’eau par infiltration, rendant superflue toute irrigation artificielle. Le riz basmati est ainsi cultivé selon des principes biologiques, sans recours aux produits chimiques.

«En ménageant ces précieuses ressources que sont l’eau et les sols, nous préservons durablement les moyens d’existence des cultivateurs», se félicite Daniel Feldmann.

En tout, sept cent cinquante paysans ont pu être associés au projet suisse, pour une surface totale de près de 1200 hectares.

Riseria Taverne SA s’est engagée à acheter un nombre déterminé de récoltes et à essuyer les éventuelles pertes. Les riziculteurs bénéficient par ailleurs d’un prix de vente supérieur.

Cela réjouit Christian Schader, directeur de la section Analyse de durabilité à l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL): «La garantie d’achat et la majoration des prix permettent aux petits paysans du Jammu-et-Cachemire d’améliorer leurs conditions économiques».

«Nous avons dû faire œuvre de pionniers»

Gert Silber, directeur de la Riseria.(Photo: LDD)
Gert Silber, directeur de la Riseria. (Photo: LDD)

Gert Silber, directeur de la Riseria, répond aux questions de Migros Magazine.

Depuis 2012, Riseria Taverne SA se procure son riz basmati dans une nouvelle zone de production. Pourquoi cela?

Les régions rizicoles classiques font un usage excessif des engrais et des pesticides, dont la présence peut d’ailleurs être décelée dans le riz. Actuellement, l’Inde fait pression pour que l’Union européenne assouplisse ses directives en la matière. Pour nous, cela a toujours été hors de question. Nous devions donc prendre les devants.

Quels défis majeurs avez-vous dû relever?

Il s’agissait de trouver de nouvelles zones rizicoles non contaminées. Par ailleurs, les paysans locaux cultivaient ce riz basmati pour la première fois. Quels allaient être les rendements? La production allait-elle répondre à nos critères de qualité? Nous avons dû faire œuvre de pionniers, sans aucune certitude quant au succès de la récolte.

Le jeu en a-t-il valu la chandelle?

Absolument, et nous sommes fiers du résultat. Ce riz basmati est exempt de pesticides et d’OGM. Il est récolté en grande partie à la main, et notre partenaire local passe récupérer la production chez chaque cultivateur. C’est une différence essentielle par rapport au riz basmati habituel qui est normalement livré à de grands marchés locaux, où il risque d’être mélangé à d’autres variétés de moindre qualité.

Comment garantissez-vous, depuis le Tessin, que le riz basmati indien réponde à vos critères de qualité?

Semis, culture, récolte, tout est surveillé. Pour cela, notre partenaire local gère un bureau et des équipes sur place. En parallèle, nos propres spécialistes visitent régulièrement la zone de culture. Ils prélèvent des échantillons de sols qui sont ensuite analysés en Suisse.

Auteur: Christoph Petermann