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2 décembre 2013

De cendres et de suif

Alors que les alchimistes se sont essayés sans succès à transformer le plomb en or durant des siècles, une tentative plus prosaïque à base d'oxyde de plomb a conduit à un savant procédé de saponification. A défaut de pierre philosophale liquéfiée, on a ainsi au moins pu mettre la main sur savons et bougies en masse...

Dessin d'un savon et d'une bougie côte-à-côte, se regardant en se souriant
Saviez-vous que savon et bougie sont "parents"?

Quel point commun entre le savon et la bougie? Mouillés, ils glissent. Mais encore? Carl Scheele! Travaillant sur le savon, ce chimiste suédois du XVIIIe siècle fait bouillir de l’huile d’olive avec de l’oxyde de plomb et découvre la glycérine. Elle permettra au Français Michel-Eugène Chevreul de sortir sa théorie de la saponification et sa bougie stéarique, notre bougie actuelle. Grâce à eux, bougie et savon connaissent une industrialisation massive. Savonniers et ciriers s’unissent en une même corporation.

Mais reprenons depuis le début. Toujours un mélange de graisse (végétale ou animale) et de cendres – de plantes, notamment la soude, bien qu’on ait parlé d’expériences à base de cendres humaines durant la Deuxième Guerre mondiale… – le savon est le plus vieux. Les Sumériens en sortaient une version molle il y a 4500 ans. Il sera utilisé pour soigner les maladies de la peau, laver le linge, la laine ou décolorer les cheveux chez les Gaulois et les Germains. Mais pour se laver avec, il faut attendre les Romains du IIe siècle.

De leur côté, les Syriens inventent le fameux savon d’Alep, à base d’huile d’olive et de cendres de laurier. Le savon de Marseille émerge, lui, dans l’antique ville phénicienne de Phocée et connaîtra le développement que l’on sait depuis le XVe siècle. Mais question hygiène, rien n’est gagné avant le XXe siècle: poudres et parfums font longtemps concurrence.

Quant à la bougie, elle passe par la trois fois millénaire chandelle: d’abord du jonc fendu trempé dans de la graisse, puis une mèche enrobée de suif de bœuf ou de mouton au Moyen Age. C’est jaune, ça fume, ça pue et on s’en met plein les doigts. Seuls les nobles ont droit à des chandelles de cire d’abeille. Et si on a fini par les appeler bougies, c’est que la cire provenait en grande partie de la ville algérienne de Bugaya. Jusqu’à la fameuse bougie stéarique de Scheele et Chevreul faite de paraffine et d’extrait de graisse.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck