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4 août 2014

De designer à cheffe d’entreprise

Afin de pouvoir commercialiser sa production, Bertille Laguet, une jeune diplômée de l’ECAL, a été conseillée par les spécialistes de Creative Hub, un réseau d’experts soutenu par Engagement Migros.

Bertille Laguet
Dans son atelier lausannois, Bertille Laguet cherche à faire perdurer et développer le savoir-faire des artisans.

Pas facile, en 2014, de vendre des radiateurs en fonte pesant 150 kilos pièce. C’est pourtant le défi un peu fou que s’est lancé Bertille Laguet, une jeune designer française fraîchement diplômée de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL).

«Le radiateur Ventru constituait mon projet de fin d’études, explique la créatrice. Aujourd’hui, avec le chauffage au sol, les sources de chaleur sont devenues invisibles dans une maison. Avec ce modèle, j’ai voulu repenser cet objet et en faire une pièce à part entière du mobilier, auprès de laquelle on aime se réunir.» Il est ainsi possible de s’asseoir sur son dos plat ou de déposer un plaid dans son ventre, histoire de le chauffer à une température agréable. «Et les chats l’adorent», complète Bertille Laguet.

radiateur Ventru
Le radiateur Ventru ne se cache pas. Il est pensé pour faire partie du mobilier à part entière.

Lauréat d’un prix et présenté dans les foires de design Blickfang (site en anglais) de Bâle et Copenhague, Ventru a vite gagné en visibilité. Et Bertille Laguet de devoir faire face aux premières commandes. «A l’ECAL, nous bénéficions certes d’une formation en design industriel centrée sur la production d’objets. Toutefois, nous n’apprenons pas à concevoir un business plan et n’abordons pas les aspects liés au marketing, aux droits d’auteur ou encore à l’import-export.»

Afin de maîtriser tous ces points, Bertille Laguet a fait appel à Creative Hub, un réseau de spécialistes qui encadrent les jeunes designers. «Mon but était de pouvoir créer une entreprise et une marque, Grisfonte, pour commercialiser Ventru», explique celle qui a alors dû troquer les habits de designer contre ceux de femme d’affaires.

Cette mue n’était pas pour déplaire à Bertille Laguet. «Même si cela n’a rien de créatif, l’administration et la logistique m’intéressent aussi. Car au final, il s’agit de vendre mes produits.»

Un programme sur mesure pour atteindre au mieux ses objectifs

Durant son coaching, la designer a pu bénéficier des conseils de cinq experts. Les consultations, durant entre soixante et nonante minutes, étaient gratuites et se sont déroulées par Skype vu que les professionnels étaient surtout domiciliés en Suisse alémanique. Toutes sauf une ont eu lieu en anglais. «J’ai beaucoup apprécié de pouvoir élaborer un programme de coaching à la carte, en fonction de mes besoins spécifiques. Tous les intervenants m’ont donné de précieux conseils et se sont montrés intéressés par mon projet», se souvient Bertille Laguet qui a aussi pu, à cette occasion, ajouter de précieux contacts à son carnet d’adresses.

En étoffant ainsi son réseau professionnel, la designer s’est dotée d’atouts de taille pour la suite de sa carrière, une carrière qui s’annonce déjà par ailleurs prometteuse.
«Je suis en contact avec la célèbre cristallerie viennoise Lobmeyr (site en allemand) pour revisiter un sucrier et éventuellement un service à whisky. Et pour la foire Designblok de Prague, je travaille sur des toupies en bois.»

Dans ces deux projets, tout comme dans celui de Ventru, Bertille Laguet a à cœur de pouvoir conserver un savoir-faire, que ce soit celui des cristalliers autrichiens, celui des producteurs de bois ou encore celui des fondeurs français. Tout comme il lui est primordial de pouvoir rencontrer directement les artisans afin de revaloriser une méthode de production spécifique. Du coup, faire produire ses œuvres en Chine via une maison d’édition danoise ne l’intéressera pas, faute de contacts humains.

«J’attache aussi une grande importance au toucher, et le patrimoine gestuel est quelque chose qui dicte mon travail.» Autant dire que les télécommandes qui mettent en fonction un objet sont à l’opposé de sa démarche. «Mais attention, je ne suis pas non plus dans une vision passéiste. Ce qui m’intéresse, c’est de faire perdurer et évoluer les gestes.» Voire d’en créer de nouveaux. Ainsi, le visiteur de son atelier lausannois pourra, peut-être, se surprendre à caresser un radiateur en fonte où les légères imperfections (voulues) de la matière révèlent le savoir-faire de l’artisan.

© Migros Magazine – Pierre Wuthrich

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Jeremy Bierer