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18 février 2013

De Dresde à Tombouctou en passant par le Rhône

Professeur de français au Togo, en Tunisie, en Allemagne, puis figure du collège de Saint-Maurice, Bernard Athanasiadès publie un recueil de souvenirs, déclinés sous forme d’abécédaire.

Bernard Athanasiadès
Le professeur Bernard Athanasiadès vient de publier un recueil de souvenirs de A, comme Antigone, jusqu’au Z de l’île de Zakynthos.

De lui le philosophe Jean Romain, qui fut son élève, a pu dire: «Le seul maître était Bernard Athanasiadès. Il revenait d’Afrique. Une sorte d’aura le précédait. Son cours était le cours dont tout le monde parlait.

Goûtant aujourd’hui à Villeneuve une paisible retraite avec vue sur le lac, le professeur publie un recueil de souvenirs. Ou plutôt une évocation de lieux et de personnages vénérés. De A, comme Antigone, jusqu’au Z de l’île de Zakynthos, en passant par Elseneur, Jeanne d’Arc, Quasimodo, la Norvège, Würzburg et des meilleurs. Arpentés, rêvés ou découverts au long d’une trajectoire qui fut tout sauf rectiligne.

Juste après leur mariage, Bernard et son épouse la romancière Martine Magnaridès filent en effet à Lomé, au Togo, où ils enseignent pendant cinq ans. Retour en Suisse. «Mais ça ne nous suffisait pas.» Le couple se retrouve dans un lycée du sud tunisien à Gabès. En profite pour visiter l’Algérie, le Maroc, la Libye.

Nouveau retour en Suisse et premier passage au collège de Saint-Maurice. Martine et Bernard ne tiennent toujours pas en place. Démission et cap sur cette Allemagne où ils resteront six ans, dans la région de Hanovre. A la lettre B, consacrée à Bach, Bernard n’hésite pas à convoquer les fantômes d’Anne Frank et des déportés de Bergen-Belsen.

La lettre T, quant à elle, se mue en clin d’œil involontaire à l’actualité: Tombouctou. «Cinquante ans exactement que nous y fûmes», soupire le professeur. «Nous étions partis de Lomé en voiture jusqu’à Bamako, puis avions remonté le fleuve Niger sur un rafiot.»

Son Alphabet, le professeur l’ouvre logiquement par un hommage à ces «signes anonymes»: «Trois lettres crient au secours: SOS, et trois autres aussi s’inscrivent finalement sur le granit: RIP.»


Des livres accumulés durant toute une vie.
Des livres accumulés durant toute une vie.

Une pièce

Sa bibliothèque. «Ce sont notamment les livres accumulés durant toute une vie qui nous ont poussés à quitter notre ancien logement, un chalet trop exigu à Chesières. Il y en avait partout.»


Retraite active: Bernard Athanasiadès a publié deux ouvrages.
Retraite active: Bernard Athanasiadès a publié deux ouvrages.

Deux livres

Ses deux publications. «Il est un peu tard évidemment pour entamer une carrière d’écrivain… Simplement, à ma retraite, j’ai trié quelques papiers et cela a donné «J’entends encore la voix». Ensuite après un concert d’orgue à Dresde, j’ai écrit un texte sur cette ville et l’idée d’un alphabet de souvenirs m’est venue.»


Niels» le chien.
Niels» le chien.

Une heureuse compagnie

«Niels» le chien. «Lorsque nous étions toujours en voyage, ça n’allait pas, mais quand on s’est vraiment installés ici, à Villeneuve, avec ce grand jardin, on s’est dit qu’un chien serait une heureuse compagnie. Il y a d’abord eu «Laïka», si intuitive et si proche, décédée le jour de mon anniversaire en 2011. «Niels» nous l’avons adopté deux mois après.»


«Die Windsbraut» (La fiancée du vent) d’Oskar Kokoschka.
«Die Windsbraut» (La fiancée du vent) d’Oskar Kokoschka.

Un chef-d’œuvre

«Die Windsbraut» (La fiancée du vent) d’Oskar Kokoschka. «Mon éternel coup de cœur et l’un des plus beaux tableaux du monde. Je l’ai découvert au Kunstmuseum de Bâle, lorsque je faisais mon école de recrues. Je sortais de la caserne, je suis resté en admiration devant cette peinture.»


Le Léman, «c’est un peu d’évasion et une belle ouverture.»
Le Léman, «c’est un peu d’évasion et une belle ouverture.»

Un point de vue

Le Léman de la fenêtre de son bureau. Nous aimons beaucoup l’eau, la mer, au bord de laquelle nous avons longtemps habité.»

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Mathieu Rod