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7 décembre 2015

De feu et de glace

Jurassienne au caractère en acier trempé, Sarah Forster n’en est pas moins femme jusqu’au bout de sa crosse de hockey. D’ailleurs, sous l’impressionnante cuirasse de la seule et unique médaillée romande des JO de Sotchi, se cache un cœur tendre…

Sarah Forster photo
Même si elle pratique un sport viril, Sarah Forster a su garder sa féminité.

«J’ai un agenda de ministre!» Entre son travail à 80% dans les bureaux d’un garage proche de Delémont, ses quatre séances d’entraînement hebdomadaires à Porrentruy et Neuchâtel et ses matches du week-end, Sarah Forster n’a guère de temps pour les rendez-vous impromptus. Finalement, elle dégote une case libre la semaine précédant un camp de l’équipe nationale féminine de hockey sur glace qui se déroule en Tchéquie.

Le jour J, cette défenseuse de choc (169 cm pour 66 kg) arrive au studio du photographe toute pimpante et guillerette. Visiblement, elle est ravie de se trouver au centre de l’attention et contente de se faire coiffer et maquiller comme une vraie star avant le shooting. A cet instant, elle a ce regard émerveillé des petites filles qui se déguisent en princesses pour être les plus belles au bal costumé de l’école.

Cette attitude balaie d’un coup et d’un seul tous nos préjugés. Nous nous attendions à rencontrer quelqu’un d’un peu bourru, d’un peu brut de décoffrage, et nous voilà face à une sportive de haut niveau qui est femme jusqu’au bout des ongles.

Ce n’est pas parce que je pratique un sport comme le hockey que je suis un garçon manqué»,

nous balance-t-elle entre deux flashes.

Une affaire de famille

Bon, cette Jurassienne de 22 ans possède tout de même un caractère plutôt affirmé. On n’a du reste pas trop envie de lui chercher des crosses! Mais sans ce tempérament de feu, il est clair qu’elle n’aurait jamais pu s’imposer dans cette discipline plutôt virile qu’est le hockey. «En junior, j’étais la seule fille de l’équipe et cela ne m’a jamais dérangée.»

Sa carrière, Sarah l’a commencée à l’âge de 5 ans au HC Delémont-Vallée. Puis elle a rejoint le HC Ajoie, le club de sa région et de Marcel, son papa. «Il y a joué avant de devenir entraîneur-assistant, un poste qu’il vient d’abandonner pour se consacrer davantage à son travail (il est indépendant) et à ses enfants.» Chez les Forster, le hockey est une véritable histoire de famille, ce n’est pas Justine (14 ans) et Gaetan Orlando (18 ans) qui diront le contraire…

«Mon frère fait du hockey avec les juniors élite, donc on s’entraîne ensemble. Quant à ma petite sœur, elle suit mes traces et est déjà plus talentueuse que moi à son âge, ça promet pour la suite.» Les deux frangines espèrent d’ailleurs pouvoir un jour défendre de concert les couleurs helvétiques. «Vivre des Jeux olympiques avec elle, ce serait le rêve!»

Rêves nordiques

Les JO justement, parlons-en!

Sotchi, c’est toujours émouvant d’y penser. Je me suis entraînée dur, peut-être encore plus dur que les autres, pour arriver là, c’était une consécration…»

Les mots se coincent soudain dans sa gorge, ses yeux bruns se voilent, une larme roule le long de sa joue qu’elle sèche pudiquement d’un revers de la main. Elle est à fleur de peau.

Un puck passe. La citoyenne de Vicques se reprend et retrouve très vite son franc-parler. «En plus, cerise sur le gâteau, on a décroché le bronze! Cette médaille, elle est le fruit d’un travail intensif, on la méritait vraiment», s’exclame celle qui était alors la seule Romande à faire partie du cadre national.

Dans l’euphorie qui a suivi, Sarah a quitté le Ladies Team Lugano pour lequel elle avait patiné trois années d’affilée pour intégrer trois mois durant et sans solde le HC Linköping. «Même si j’aurais souhaité avoir davantage de temps de glace, cette expérience au sein de la meilleure équipe d’Europe a été très enrichissante et m’a fait grandir.» Elle lui a aussi permis, en passant, de fêter le titre de champion de Suède avec ses coéquipières.

Recrutée cette saison par le HC Université Neuchâtel, club ambitieux qui milite en ligue nationale A et vise une place de finaliste (il occupe actuellement la 3e place du classement), cette battante ne cache pas qu’elle songe repartir bientôt, direction la Scandinavie. «J’ai envie de tenter l’aventure à fond, de manière à ne rien regretter plus tard.»

En attendant, cette fille nature et spontanée s’engage corps et âme – elle ne sait pas faire autrement de toute façon – pour son nouveau club et également pour l’équipe nationale qui disputera le printemps prochain les Mondiaux à Kamloops, au Canada. Tiens, la nuit est tombée, Sarah se lève et s’en va, l’entraînement n’attend pas…

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Matthieu Spohn