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15 décembre 2014

De l’air pur et du repos

Via sa campagne de dons, Migros soutient un hôtel de Pro Juventute en Engadine. Celui-ci héberge des familles modestes qui, le temps de leur séjour, oublient les difficultés du quotidien.

Famille Ratnagar au bord du lac de St-Moritz
Au bord du lac de St-Moritz, Sudhir et Esther Ratnagar, avec leurs enfants Yash, Laven et Tarek se ressourcent.

Début de saison à Saint-Moritz: le village de montagne grison est en pleine effervescence, et les voitures de luxe s’arrêtent les unes après les autres devant les palaces.

Un peu à l’écart, sur le versant de la Suvretta, la famille Ratnagar, originaire de Dietlikon (ZH), passe le week-end à l’hôtel Chesa Spuondas . Sur l’aire de jeux, l’ambiance est à la fête: Esther Ratnagar, la maman, hisse Laven sur le siège de la mini-tyrolienne pour enfants, sous le regard enthousiaste des deux frères, Tarek et Yash. Pendant ce temps, Sudhir, époux d’Esther et père des deux cadets, prend la petite troupe en photo. «Ici, nous pouvons nous ressourcer», confie-t-il.

Un destin brisé par le décès d’un enfant

Avec d’autres organisations, Pro Juventute gère un fonds qui permet aux personnes aux revenus modestes de bénéficier d’un séjour gratuit à l’hôtel. La maison qui abrite les Ratnagar – dépendants de l’aide sociale – appartient à la fondation: elle lui a été léguée il y a cinquante ans, dans le but d’accueillir les familles qui ne peuvent s’offrir des vacances.

Devant l’entrée, Anita Gschwind accroche de jolies boules rouges sur le sapin, apportant ainsi la touche finale à la décoration. La co-directrice de l’établissement attend l’arrivée d’un grand nombre d’hôtes l’après-midi même – le coup d’envoi de la saison est donné. «Tout ce petit monde, avec ses nouvelles histoires, va enfin redonner vie à l’hôtel après la période creuse», se réjouit-elle.

L’hôtel Chesa Spuondas peut
accueillir chaque année 1600 hôtes.
L’hôtel Chesa Spuondas peut accueillir chaque année 1600 hôtes.

L’une de ces histoires est celle de la famille Ratnagar, qui a déjà été hébergée plusieurs fois dans le beau chalet grâce au soutien de Pro Juventute. Son séjour en demi-pension est financé par le Fonds de vacances, mais c’est elle qui assume le coût du voyage et des autres repas. «A Saint-Moritz, il y a même Denner», s’exclame Tarek.

Au programme sont prévues de nombreuses promenades. Tout excité, le petit Laven raconte que la veille, il a donné à manger aux canards du lac de Saint-Moritz. «Nous profitons au maximum de chaque journée, explique la maman. C’est formidable de pouvoir offrir ces moments de bonheur aux enfants.»

Les Ratnagar ont un lourd passé. Esther a dû surmonter un divorce et la perte d’un enfant. Son deuxième fils, Malik, a développé très tôt une leucémie. Du coup, sa maman a quitté son poste dans un centre d’appels pour s’occuper de lui, jusqu’à ce que le petit garçon soit emporté par la maladie en 2012, à l’âge de 5 ans. «Après cette épreuve, je n’ai pas eu la force de reprendre le travail», avoue Esther.

C’est Sudhir qui lui a apporté le soutien dont elle avait besoin. Son second époux est un amour de jeunesse rencontré lors d’un voyage en Inde. Cet expert en marketing a longtemps exercé sa profession à Dubaï. Mais lorsque l’ancienne idylle a connu une nouvelle étincelle après de nombreuses années, il s’est installé en Suisse. Malheureusement, il n’a pas encore réussi à trouver un emploi, en dépit de ses qualifications et d’un perfectionnement suivi ici.

A l’hôtel, des familles de différents milieux se rencontrent

«Le Chesa Spuondas peut accueillir chaque année 1600 enfants et adultes», indique Anita Gschwind en nous faisant visiter les lieux. Dix-sept chambres sont prêtes à recevoir leurs hôtes. Les pièces ont fière allure, de même que la salle commune avec son piano à queue ou la bibliothèque avec sa cheminée. Et la vue imprenable sur le lac de Champfèr ne fait qu’ajouter à la majesté du cadre.

Le nombre de bénéficiaires dépend des disponibilités de l’hôtel et du montant des dons perçus par Pro Juventute. Il arrive ainsi que la maison soit occupée par un tiers de familles aidées. «La mixité permise par la présence de personnes plus aisées crée une atmosphère exceptionnelle», souligne la co-directrice.

Pour les Ratnagar, l’hôtel est aussi un lieu de mémoire. «Lors de notre premier séjour, Malik était encore parmi nous, se rappelle Esther. Quand je suis ici, je me sens plus proche de lui.»

Aujourd’hui, de grands changements s’annoncent. Au printemps, trois ans après cette douloureuse perte, Esther commencera un nouveau travail. Un pas en avant dont elle se réjouit: «Nous pouvons enfin espérer reprendre une vie normale.»