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22 décembre 2014

De l’art subtil d’offrir un cadeau

L’échange de présents à Noël peut rapidement devenir une corvée. D’autant que nos choix en disent parfois long sur notre personnalité.

offrir un cadeau plutôt que de l'argent
Il peut valoir la peine de choisir avec soin ses présents...

Le décompte est lancé: plus que trois jours pour acheter vos cadeaux de Noël! «Attention, met en garde la psychothérapeute française Sylvie Tenenbaum, auteur de l’ouvrage Ce que disent nos cadeaux (Ed. Leduc.s), en s’y prenant à la dernière minute, on risque fort de se retrouver devant un choix restreint – dans des magasins bondés qui plus est – et de bâcler ainsi l’affaire. Ce qui serait dommage, vu l’importance que revêt la tradition.»

Car il serait inutile de le nier: qu’il s’agisse d’un anniversaire ou des fêtes de fin d’année, offrir un cadeau est rarement anodin. «C’est une vieille histoire, confirme la spécialiste. Les présents ont toujours existé, dans toutes les cultures et dans toutes les civilisations. Ils nourrissent les liens affectifs et sont dès lors dotés d’un puissant pouvoir symbolique.» Voilà qui explique selon elle le tourment et l’angoisse qui peuvent nous gagner lorsque nous devons choisir ce que nous allons acheter à notre cher et tendre ou à notre maman.

Dès le mois d’octobre, je reçois des patientes qui en sont malades d’avance. C’est d’ailleurs ce qui m’a donné l’idée d’écrire ce livre.»

Choisir un cadeau: bonheur ou corvée

Manque de temps ou moyens, peur de se tromper, absence d’imagination: nombreux sont donc ceux qui considèrent la chasse aux étrennes comme une corvée. «Et pourtant, trouver le cadeau idéal, voir le visage réjoui de celui à qui on l’a offert, c’est aussi se faire plaisir à soi-même et cela peut devenir un vrai moment de bonheur.»

Avant d’en arriver là, encore faut-il le trouver, ce cadeau parfait! Et prendre garde à ce que notre choix pourrait révéler de notre personnalité... Si nous optons pour de l’argent, cela pourrait passer pour un manque de réflexion, une envie de se débarrasser trop rapidement du pensum. «Quoique beaucoup de jeunes comptent sur une enveloppe à Noël, nuance Sylvie Tenenbaum. Mais dans ce cas, je recommanderais de l’accompagner d’une petite attention supplémentaire.»

Evitons également les présents trop «m’as-tu-vu» ou au prix exorbitant, afin de ne pas mettre mal à l’aise le destinataire au cas où il ne pourrait rendre la pareille. Quant à ceux qui offrent systématiquement, à un grand amoureux des chats par exemple, papier à lettres, poster ou babiole à effigie de félin, «sans être méchants, ils manquent singulièrement d’imagination».

La psychothérapeute pointe aussi du doigt «les cadeaux-messages, qui peuvent faire énormément de mal, surtout s’ils s’apparentent à une critique à peine déguisée qu’on n’ose pas émettre en temps normal. Ce n’est pas très courageux.» Et de citer l’exemple d’un livre sur les régimes que l’on donnerait à une personne un peu forte.

Dans la liste des présents à proscrire, Sylvie Tenenbaum place également les cadeaux utiles, comme les appareils ménagers ou les boîtes à outils («A moins qu’il n’y ait une demande»), de même que ceux de mauvais goût:

Il ne serait pas très judicieux pour une belle-mère d’offrir de la lingerie sexy à sa belle-fille...»

Laisser ses propres goûts de côté...

Mais alors, quel serait le présent parfait? «Celui qu’on a choisi en pensant vraiment à l’autre, en se basant sur ses goûts à lui et non sur les nôtres, quitte à noter quelques idées tout au long de l’année. Et si l’on sèche vraiment, il n’y a aucun mal à lui demander ce qui lui ferait plaisir.» Opter pour du fait maison, est-ce une bonne idée? «Oui, parce que le lien avec le destinataire est encore plus fort: on a pensé à lui pendant toute la durée de fabrication.»

A ne pas négliger non plus: l’emballage. «Si on jette ça à la va-vite dans un vieux papier journal, cela dénote un manque d’attention. Un beau paquet, réalisé soi-même ou en magasin donnera encore plus de valeur au cadeau.»

Soit. En 2015, on commencera nos emplettes à l’avance en prenant soin de réfléchir en amont. Pour cette année, ne nous reste plus qu’à nous ruer dans les magasins. Ou à commander nos cadeaux sur internet: certes, ils ne seront pas sous le sapin le jour J, mais on pourra toujours offrir un bon en attendant qu’ils arrivent. L’avis de la spécialiste? «Au moins, ça montrera que vous y avez pensé!»

© Migros Magazine – Tania Araman

Auteur: Tania Araman

Photographe: François Maret (illustration)