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15 décembre 2014

De l'informatique à l'école?

Si la discipline se voit renforcée dans plusieurs pays européens, aucune initiative similaire n’est prévue dans les cantons romands. Vaud l’a même supprimée des horaires à la rentrée dernière.

Selon une récente étude, filles et garçons manient aussi bien la souris, le clavier et la tablette.
Selon une récente étude, filles et garçons manient aussi bien la souris, le clavier et la tablette. (photo: Plainpicture)

Des cours de codage informatique proposés en primaire. Même s’ils ne sont dispensés que sur le temps périscolaire et de manière optionnelle, la nouveauté dans les écoles françaises a fait grand bruit. D’autres pays européens ont décidé eux aussi de renforcer la discipline. A l’exemple de l’Angleterre, où l’informatique est d’ores et déjà enseignée tout au long du cursus obligatoire, et cela dès la maternelle!

Aucune initiative similaire n’est en discussion en Suisse. «Le plan d’études romand (PER) laisse les cantons libres sur ce point», explique Olivier Maradan, secrétaire général de la CIIP. En Valais par exemple, on se contente d’une période par semaine en 9e année. Alors qu’à Neuchâtel, une heure hebdomadaire est réservée pour une «formation générale» de la 1re à la 11e année et dont l’un des cinq volets porte sur les médias, images et technologies de l’information et de la communication (MITIC), plus encore un cours en 7e et 8e années spécifiquement dédié à l’informatique.

Une branche à part entière ou transversale

Un seul canton romand a décidé de se passer complètement de la discipline: depuis la rentrée dernière, Vaud a supprimé l’informatique en tant que branche à part entière au cours de la totalité du cursus obligatoire. Il incombera désormais aux professeurs de mathématiques, de lettres, d’art ou encore de sciences humaines et sociales d’intégrer l’outil informatique à leur cours, lorsque cela se révèle pertinent. Les MITIC, ainsi que le stipule le PER, y sont donc considérés comme «des éléments transversaux».

Une décision que regrette Gabriel Parriaux, professeur formateur à la Haute Ecole pédagogique vaudoise, responsable de la didactique de l’informatique-bureautique. Même si le pédagogue est un défenseur de l’intégration de cet outil dans les différentes disciplines scolaires, il juge tout aussi indispensable de l’enseigner également en tant que branche à part entière. «Une fausse croyance en vigueur chez nous stipule que les nouveaux supports numériques sont si simples d’utilisation qu’ils ne nécessitent plus aucun apprentissage, indique-t-il. On en oublie que l’informatique est également une science! La science du XXIe siècle, comme la physique l’a été pour le siècle passé.»

ne étude internationale, rendue publique la semaine dernière par la HEP BEJUNE, a testé les compétences informatiques et médiatiques des élèves. Il en ressort que les jeunes Helvètes de 2e année de secondaire I sont dans la moyenne pour ce qui est de l’utilisation de l’ordinateur et d’internet: ils se classent 9e sur les vingt pays testés. Et le genre n’a aucune influence sur les résultats: les 3000 filles et garçons qui ont participé à ce sondage manient aussi bien la souris, le clavier tactile ou la tablette.

Des compétences qui suffiront à convaincre ces jeunes d’envisager une carrière dans l’informatique? «Les cours dispensés en secondaire I et II peuvent aider à susciter des vocations, estime Gabriel Parriaux. Et permettre ainsi de mieux s’accorder avec le marché du travail.» La Suisse embauche environ 10 000 nouveaux informaticiens chaque année. Alors que ses écoles n’en forment qu’un peu plus de 3000.

«Ne confondons pas savoir-faire et savoir-être!»

Tiziana Bellucci, directrice de l’ONG Action Innocence
Tiziana Bellucci, directrice de l’ONG Action Innocence

Tiziana Bellucci, directrice de l’ONG Action Innocence.

Un des arguments des défenseurs des cours d’informatique à l’école obligatoire est celui de la sécurité. Un jeune qui maîtrise mieux la machinerie numérique sera-t-il mieux armé face aux dangers du web?

L’initiative est louable. Il est extrêmement intéressant de renforcer les compétences techniques des jeunes dans le monde numérique. Mais j’espère que ces enseignements seront aussi prétexte à un message de prévention: il ne suffit pas d’inculquer un savoir-faire… il faut également leur apprendre un certain savoir-être! C’est-à-dire leur rappeler certaines valeurs et les aider à déterminer où se situent les limites à ne pas franchir.

Peut-on faire mieux en Suisse en matière de prévention?

Les disparités sont grandes entre les cantons mais je remarque depuis deux ans une véritable amélioration. Si Action Innocence était précurseur il y a dix ans en sensibilisant déjà les jeunes aux dangers du web, d’autres acteurs nous ont rejoints depuis. Beaucoup d’initiatives ont été mises sur pied, à l’image de la campagne «Jeunes et médias» de la Confédération. Mais d’une manière générale, on considère encore trop souvent les compétences médias sous un angle technique oubliant la prévention qui doit obligatoirement les accompagner.

Les parents ont-ils aussi un rôle à jouer?

Un rôle primordial! Lorsque nous intervenons dans un établissement scolaire, nous organisons des séances d’information destinées aux parents. Même s’il n’est pas toujours facile de compter sur la présence de tous, nous essayons de leur faire passer le message que même s’ils n’ont pas de compétences techniques, ils peuvent s’y intéresser et leurs enfants se feront un plaisir de leur montrer, voire de leur apprendre. Ce qui permettra de mieux réguler leur comportement.

© Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin