Archives
19 janvier 2017

Debout là-dedans!

Bon, on est bien d’accord, toutes vos bonnes résolutions du 1er janvier, genre moins de fumée, moins d’alcool, moins de dépenses, plus de sport, plus de légumes, plus de temps, plus de cul, tout ça c’est déjà plié.

Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Les décisions du début de l’année, c’est comme les promesses de campagne des politiciens, c’est fait pour être annoncé et pas tenu. Mais il y a quand même un petit effort que nous pourrions faire. De politesse et de savoir-vivre. Soyons clairs, je ne suis pas nostalgique de la galanterie masculine à l’ancienne, quand on tient les portes, qu’on se lève quand une dame arrive, qu’on se jette sur un mouchoir tombé, qu’on entre en premier au restaurant ou qu’on paie forcément l’addition.

Je suis assez grande pour ouvrir une porte ou payer un repas, et s’il y a quelqu’un de dangereux dans le restaurant, j’appliquerai les consignes de self-défense: les doigts dans les yeux et le genou où je pense. Vous aimeriez bien voir ça? Euh… moi aussi j’avoue... mais bref, on se comprend.

Non je pense là aux endroits où il y a des gens assis et des gens debout, tous sexes confondus. Les transports publics par exemple, ou la Poste quand vous avez le numéro 456 et qu’on en est au 12. Eh bien, plus personne ne se lève. Jamais. Cette pratique a disparu avec le XXe siècle.

Je pense que les enfants nés depuis 2000 n’ont même jamais su que l’on pouvait céder sa place.

Et les gens nés avant l’ont oublié. Même une femme enceinte de triplés et pleine de contractions doit se cramponner à la barre et à son ventre dans le bus, pendant que tout le monde regarde son portable. Y en a pas un qui bouge. Pour le petit vieux qui a un million d’années et autant de varices, mais à qui il reste seulement un demi-col du fémur, non plus. Il n’a qu’à s’accrocher à sa canne.

J’ai vécu le pompon au sud de l’Italie cet automne. Dans un train bondé comme en Inde dont il a fallu fermer les portes en appuyant avec le pied. A l’intérieur, les places assises étaient essentiellement occupées par des enfants. Pas des grands hein, des petits de 80 cm. Donc un compartiment, c’était un siège pour papa, un siège pour maman, un siège pour junior et un siège pour… la poussette. Authentique!

Bon, il faut dire que l’enfant est tellement roi là-bas que l’éducation de Barron Trump à côté c’est un pensionnat anglais de la fin du XIXe.

Pendant ce temps, les vieillards et les malades cherchaient de l’air comme dans un wagon à bestiaux. Les femmes enceintes, elles, avaient accouché.

Je plaisante, mais franchement. Moi je ne serai plus enceinte, ça c’est sûr (encore que… Janet Jackson tout ça…), mais j’arrive à l’âge où on ne peut plus se pencher sur un problème sans avoir mal aux articulations, ça c’est certain. Et je ne me réjouis pas de la suite.

Alors cette année, les amis, on se lève tous, non pas pour Danette, non pas pour les autres, mais pour notre estime personnelle parce que nous sommes des gens bien.

Texte: © Migros Magazine - Martina Chyba

Auteur: Martina Chyba