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28 octobre 2013

Découvrir Lausanne à petits pas

Parcourir la capitale vaudoise grâce à ses «créatures de rêves et de cauchemars»: c’est l’une des balades originales que propose la guide Floriane Nikles, destinée aux enfants de 3 à 7 ans… et à tous ceux qui aiment les surprises.

Floriane Nikles entourée d'enfants à qui elle montre les trésors cachés de Lausanne
Grâce à la magie des promenades de Floriane Nikles, chaque parcours à travers la ville se transforme en chasse aux trésors.

Lausanne est le royaume d’une foule de créatures mystérieuses. Du haut de leur perchoir, elles guettent les passants de leurs yeux peints ou sculptés, grimaçantes, renfrognées, ou alors souriantes et sereines.

Floriane Nikles
Floriane Nikles.

C’est la guide Floriane Nikles qui, d’un geste ou d’un mot, les fait soudain apparaître sur un mur, une porte, au coin d’une ruelle qu’on croyait pourtant bien connaître. Car c’est elle la magicienne des lieux, qu’elle connaît comme sa poche et ne se lasse pas d’arpenter et de faire découvrir. «Tout est parti d’une balade familiale, effectuée avec Pierre Corajoud à Lausanne en 2003 et qui a été un vrai éblouissement, nous raconte-t-elle sur les marches de l’église Saint-François, point de départ de sa promenade «Des créatures de rêves et de cauchemars».

J’ai été émerveillée du concept, fascinée par cette impression de ne plus être dans ma propre ville et de pouvoir m’y perdre.

De cette première rencontre naît une collaboration avec lui, qui dure près de trois ans: «Il y a des cadeaux qui nous tombent dessus comme ça, on ne sait pas pourquoi.»

Des balades ludiques et enrichissantes

Puis, en 2008, elle se lance en solo avec «Je trottine dans ma ville», un programme de balades pour les enfants de 3 à 7 ans dans lesquelles elle «met tout ce qu’elle aime»: son histoire de maman (elle a quatre enfants), son travail d’enseignante et son amour de la nature et des balades». Chaque promenade possède un titre et une thématique propre, dure environ deux heures dont quarante-quarante-cinq minutes de marche effective, et représente une petite aventure en soi. Mais surtout, chacune se termine sur une place de jeux. Certaines ont même leurs fans, qui reviennent régulièrement pour partager un moment magique en famille. «Je ne propose pourtant rien d’extraordinaire, s’étonne Floriane Nikles. Mais notre rythme de vie est tellement effréné qu’on ne se permet pas de flâner. Et puis, on vient en ville pour faire les courses, travailler, faire une activité, mais pas pour regarder les maisons.»

Un groupe d'enfants accompagne Floriane Nikles à travers Lausanne. Ici, devant une sculpture.

Au fil de la conversation, nous avons quitté le parvis de l’église pour lever les yeux sur les lions de pierre et les anges sculptés de la Poste. Un hermès au casque ailé nous toise, «les enfants l’appellent Astérix». Puis on descend la rue du Petit-Chêne, découvrant trois fenêtres «impossibles à casser»: des trompe-l’œil en noir-blanc. En tournant sur la rue Edward-Gibbon, on arrive près d’une jolie fontaine: «Ici, j’explique aux enfants qu’à l’époque les gens n’avaient pas de voitures, mais des chevaux. C’est là qu’on venait les faire boire.» Les murs de Lausanne arborent aussi quantité d’anneaux rouillés, auxquels les habitants d’autrefois attachaient leur monture. En sus de ces traces, Floriane Nikles fait revivre le passé en sortant des photos d’archives, en racontant une anecdote, un conte. «Les enfants qui viennent ne comprennent pas forcément tout, mais ils saisissent la durée de la vie, la continuité. Et ça, c’est très important.»

Partout, on aperçoit des traces du passé…

On descend ensuite à la gare, découvrir une autre fontaine qui possède une fonction différente: éclairer le passage souterrain grâce à un puits de lumière, éclaboussé de gouttelettes irisées. On retourne dans le hall central pour admirer le lustre majestueux et les splendides bas-reliefs, avant de descendre sous-voie observer des hangars un peu sinistres, qui deviennent nettement plus attrayants lorsqu’on apprend que ce sont d’anciens boxes à chevaux.

Au fil de la balade, le promeneur découvre une frise Art déco et d’étonnants toits de lucarnes en forme de casques de chevalier sur une maison de la rue du Simplon, des anges et dragons entrelacés sur les murs de la banque KBL, et juste après, derrière l’église anglaise, une jolie jeune femme de pierre qui brandit fièrement un filet de pêche et un poisson. Au Grammont 1, une mystérieuse villa «à la toscane» présente à la fois des fioritures, des gravures et des trompe-l’œil. A chacun d’affûter son regard pour déterminer ce qui est sculpté et ce qui ne l’est pas…

Lion sculpté dans la façade d'un bâtiment à Lausanne.

«Mes collègues me demandent parfois si je ne me lasse pas de ces balades. Mais elles ne sont jamais semblables! Ce ne sont pas les mêmes gens qui viennent, et jamais la même lumière ni la même saison. Pour se sentir bien, il n’est pas nécessaire que tout change tout le temps. C’est tout aussi riche d’avoir le même objet, le même paysage, et de le regarder sous des angles différents.»

C’est cette curiosité et cet enthousiasme qui font toute la magie des promenades de Floriane Nikles: grâce à elle, chacune se transforme en chasse au trésor. Du coup, la ville lui a déjà demandé plusieurs promenades dans le cadre de son «Lausanne Estivale».

A chacun sa promenade et ses découvertes

Et l’a chargée d’animer des sorties de classes en collaboration avec un jardinier du Service des parcs et domaines. «C’est un projet qui se nourrit par lui-même et n’arrête pas de grandir. Mais je n’ai pas de contrat à durée indéterminée, donc tout peut aussi s’arrêter d’un seul coup.»

Floriane Nikles (au centre, en rose) fait découvrir les facettes cachées de Lausanne  aux enfants.
Floriane Nikles (au centre, en rose) fait découvrir les facettes cachées de Lausanne aux enfants.

Sa passion la pousse également à proposer bénévolement un samedi de promenade par mois, durant toute l’année, aux familles intéressées. Parfois, c’est destiné aux 3-7 ans, pour lesquels elle a publié un guide, Je trottine dans ma ville, proposant cinq balades à Lausanne et alentour. Ou alors c’est avec les 6- 10 ans, dans le cadre de son tout nouveau programme «J’explore ma ville». «Ce dont je rêve maintenant, c’est que d’autres personnes se lancent aussi. Je suis sûre que chacune le ferait à sa manière, et cela permettrait aux enfants de découvrir différents points de vue, avec toute la richesse que cela représente. J’espère aussi que les gens qui viennent à mes balades y retournent ensuite, seuls, et les enjolivent de leurs propres découvertes.»

Le secret, c’est de prendre le temps. De marcher, marcher, marcher, l’œil aux aguets et le nez au vent. De ne pas craindre de se tromper ou de ne rien trouver. Quitte à retourner sur les lieux par un autre chemin, une autre fois. Car, soudain, un détail imprévu se dévoile et nous fait reconsidérer notre itinéraire. Tout comme celle des «Créatures de rêves et de cauchemars» qui pourrait aussi s’appeler, finalement, «La balade des figuiers»…

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Laurent de Senarclens