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26 mars 2012

Dernière Minute Papillon

Tout a une fin, et un dernier papillon s'envole...

Jean-François Duval avec un papillon sur la main
Jean-François Duval,
 journaliste, nous dit au revoir.

Ce matin, mon ami Max m’a trouvé pianotant sur mon ordi, et m’a dit:

– Alors, ça y est, tu écris ta dernière chronique, c’est vraiment l’ultime Minute Papillon?

– Eh oui, ai-je platement fait.

– Mais où pourra-t-on continuer à te lire?

– Je ne sais pas… Peut-être devrais-je créer un blog?...

– Un blog? Ce serait folie! Un blog doit être arrosé comme une plante! Tu te vois, chaque jour, chaque semaine, alimenter un blog?!

– Bah, mon cher Max, nous verrons bien. A quoi cela m’engage-t-il? A rien. De plus, rien n’est plus facile que de créer un blog. Regarde plutôt: un clic par ici! un clic par là! Identifiant, mot de passe, hop! voilà mon blog est créé.

– Quoi, déjà?! a dit Max, en faisant jaillir entre ses doigts un stylo et un calepin. Dès cette seconde, ton adresse, c’est donc…

http://www.jfduvalblog.blogspot.com

– Ok, a repris Max. Mais te rends-tu compte que tu joues à l’apprenti sorcier? Tu vas mettre quoi sur ton blog?

– Oh, je me fierai à l’inspiration du moment…

– Seuls tes lecteurs internautes pourront t’y suivre…

– C’est vrai. Je le regrette. Je saisis donc l’ultime occasion qui m’est donnée ici de dire un grand merci à tous ceux qui ont pris la peine de me lire jusqu’à aujourd’hui. Pouvoir m’adresser à eux par le canal de ce journal aura été un vrai bonheur.

– Je croyais que tu ne croyais pas au bonheur.

– Oh, le bonheur – le mot le dit lui-même – ne peut être que très momentané. Par définition, il ne survient que dans les «bonnes heures» de la vie.

– Tut tut tut! chacun sait que nos vies sont fatalement quête du bonheur. Un élan irrésistible nous y pousse. Nous ne pouvons vivre sans espoir, et nous plaçons toujours nos espoirs dans quelque bonheur.

– J’en conviens… Et pourtant: ne serait-il pas dommage de ramener toute sa vie à une «quête du bonheur»?

– Que veux-tu dire?

– Je me demande si l’intérêt de la vie ne tient pas plutôt, et essentiellement, dans l’expérience qu’on en fait. Car finalement, qu’est-ce qu’une vie réussie, accomplie? Une vie «heureuse» n’est-elle pas condamnée à être incomplète? Elle suppose qu’on passe à côté d’une multitude de choses peu agréables, voire franchement désagréables, et qu’on ignore à jamais tout des épreuves qui nous apprennent combien la vie peut être tragique. La vie dite «heureuse» n’est au fond qu’une facette de la vie – une facette parmi une infinité d’autres! Or, ne faut-il pas connaître la vie dans toutes ses dimensions? Une vie pleinement vécue n’est-elle pas celle dans le cours de laquelle on a expérimenté, éprouvé sinon l’entier, du moins la plus grande partie de ce qui fait la condition humaine?

– Plutôt que rechercher le bonheur, connaître la vie?

– En sachant que «connaître» relève toujours de la tentative, du mouvement, que c’est une entreprise sans fin, inépuisable…

– Ah, je retrouve bien là l’un de tes leitmotivs… Que savons-nous? Rien ou presque rien. A quoi s’ajoute que, selon toi, nous ne sommes que des êtres de croyances, et que les croyances sont par définition incertaines. Au fond, tu n’as aucune certitude?...

– Si, j’en ai une: ma seule certitude est celle du mystère. Je crois au mystère. Comment croire en autre chose?

– Ah, tu me la bailles belle, avec ton mystère!… Croire au mystère! Tu ne prends pas le risque de te tromper… J’espère que sur ton blog, tu ne vas pas barber les gens avec pareille philosophie de pacotille. Continue plutôt à parler de moi. Conserve un esprit de fantaisie. Raconte-nous des péripéties concrètes. Je veux bien être le premier de tes lecteurs mais attention, si ton blog m’ennuie, je m’enfuirai aussitôt. Sur ce, je te laisse.

M’abandonnant à ma chronique,Max s’est éloigné sur la pointe des pieds, avec tant de légèreté que des ailes lui ont aussitôt poussé, et même qu’elles se sont mises à battre. Quand il s’est envolé à travers la porte, il n’était déjà plus qu’un papillon.

Auteur: Jean-François Duval

Photographe: Daniel Rihs