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19 décembre 2011

Des chiffres et des idées

Stéphane Garelli
Stéphane Garelli (photo: LDD)

Il y a les économistes qui savent compter et ceux qui comptent…» Au siècle dernier, John Maynard Keynes se méfiait déjà de la tendance de l’économie à vouloir se hausser au rang de science en appliquant des formules mathématiques complexes. Depuis les années 1970, la plupart des Prix Nobel d’économie ont d’ailleurs récompensé des théories financières élaborées s’appuyant sur des formules mathématiques complexes. D’ailleurs, la plupart des auteurs de ces théories avaient une formation scientifique, notamment en physique.

Après un moment d’illusion, la dure réalité a repris le dessus: on ne peut pas enfermer l’économie dans des formules mathématiques. Il est probable d’ailleurs qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ne connaissent pas ces théories et ne les appliquent pas pour sauver aujourd’hui l’Europe, son économie et l’euro. C’est même pire: ces théories complexes ont donné à la finance internationale un faux sens de sécurité en cautionnant mathématiquement des pratiques souvent risquées et parfois douteuses. Aujourd’hui les Prix Nobel d’économie sont plutôt donnés à des psychologues – c’est plus prudent…

Pourquoi sommes-nous restés aussi impuissants et ignorants face aux tempêtes économiques? A l’université, je donne à mes étudiants l’expérience mentale suivante: imaginez un billard américain. C’est facile à décrire: une quinzaine de boules, une table rectangulaire, six poches, etc. Imaginez maintenant la trajectoire de chacune des boules après l’impact du premier coup. C’est impossible, c’est trop complexe. L’économie est pareille: ses éléments de base – PIB, inflation, dettes, exportations, etc. – sont faciles à décrire. L’interaction entre ces éléments – comme pour les boules de billard – est d’une complexité extrême, débouchant sur une infinité de possibilités.

Plutôt que de calculer, les économistes doivent réapprendre à réfléchir et à retrouver un bon sens élémentaire. Il est préférable aujourd’hui de se concentrer sur la mise en place de quelques principes de base – frein à l’endettement, modération salariale, infrastructure, éducation, recherche, etc. – plutôt que de vouloir tout calculer. L’«homo economicus» ne se réduit pas à une série d’équations et reste imprévisible. Ce qui explique la réplique de John Kenneth Galbraith: «Les prévisions économiques sont là pour rendre l’astrologie respectable…»

Auteur: Stéphane Garelli