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16 juillet 2012

Des conditions de travail plus justes

Du producteur indien jusqu’à son distributeur suisse, la route est longue. La Business Social Compliance Initiative veille à ce que tous les collaborateurs de la chaîne de production soient bien traités. Le point avec Jürg von Niederhäusern, responsable du dossier à Migros.

Femmes indiennes cousant des tissus
Pour les ouvrières en Inde, la BSCI apporte de nombreuses améliorations au niveau de la rémunération et des heures supplémentaires.

Payer au plus juste. Pour beaucoup de consommateurs, c’est actuellement le principal critère qui oriente leurs choix. Mais combien coûtent les produits bon marché et qui en paie finalement le prix?

Responsable des standards sociaux à la Fédération des coopératives Migros, Jürg von Niederhäusern préside aussi le groupe de contact de la Business Social Compliance Initiative (lire encadré) en Suisse. Pour lui, le respect des conditions de travail bénéficie à tous: clients, producteurs et collaborateurs. C’est ce qu’il a expliqué lors de l’entretien accordé à Migros Magazine.

A quoi sert exactement la Business Social Compliance Initiative (BSCI)?

Elle apporte de la transparence dans la chaîne des fournisseurs. Si Migros achète des poêles par exemple, elle n’a parfois contact qu’avec le siège suisse de son fournisseur. Mais celui-ci s’approvisionne auprès d’un autre intermédiaire qui est peut-être basé à Hong-Kong. Et jusqu’au fabricant, le parcours comporte encore maintes autres étapes, auxquelles Migros n’a pas accès. Elle ne connaît pas les conditions de travail en vigueur chez le fabricant. Or, la BSCI vise justement à y apporter plus de clarté.

Les fournisseurs sont aussi gagnants.

Comment pouvez-vous vérifier que les standards de la BSCI sont respectés dans les sites de production?

Des organismes de contrôle indépendants effectuent des audits dans les usines. Ils vérifient notamment que les salaires minimaux soient respectés, ainsi que les temps de travail réglementaires. Mais ce ne sont là que des mesures ponctuelles. C’est pourquoi nous insistons toujours plus sur le développement du savoir-faire, ce que nous appelons aussi le Capacity Building. Nous voulons montrer aux fournisseurs que le respect des conditions exigées leur apporte aussi des avantages.

C’est votre approche pour motiver les producteurs?

Absolument. Les études montrent que l’application des standards sociaux comme ceux de BSCI se traduit en avantages financiers mesurables. Le travail est plus efficace, la qualité augmente et la production souffre moins de pertes.

Quelles améliorations bénéficient aux collaborateurs sur place?

Elles sont nombreuses. Les employés reçoivent des salaires corrects et des fiches de paie compréhensibles. La sécurité est un autre domaine important. Les sorties de secours doivent être accessibles, et les places de travail correctement aménagées. Dans l’industrie, les machines à coudre sont souvent équipées de grandes courroies. Selon les normes, ce mécanisme doit être protégé, ce qui évite les accidents.

Quels sont les principaux progrès accomplis?

Jürg von Niederhäusern, spécialiste des standards sociaux à Migros.
Jürg von Niederhäusern, spécialiste des standards sociaux à Migros.

Pourquoi?

Dans certains pays comme la Thaïlande, la loi autorise un nombre d’heures supplémentaires beaucoup plus élevé que ce que préconisent les standards internationaux comme ceux de la BSCI. Ces derniers se basent principalement sur les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT). C’est un point critique pour nous, car les producteurs se réfèrent plutôt à leurs lois nationales.

Comment lever cet obstacle?

Cette question ne se réglera pas du jour au lendemain. Les négociants subissent beaucoup de pression de la part du marché et des consommateurs qui souhaitent toujours acheter moins cher. De notre côté, nous exigeons que les heures supplémentaires soient réduites, ce qui oblige les entreprises à employer plus de monde et augmente les coûts de production. Cela ne va pas sans contradictions. Nous devons donc aborder le problème de manière pragmatique. Nous rencontrons les fournisseurs et analysons la situation ensemble. Si les heures supplémentaires sont saisonnières, elles peuvent être compensées et cela est acceptable. Mais si le travail supplémentaire est permanent, alors nous devons, dans le pire des cas, mettre fin à la collaboration.

Comment envisagez-vous l’évolution de la BSCI à l’avenir?

Le dialogue est essentiel. J’ai assisté il y a peu à une rencontre au Vietnam donnée par une autre organisation. Un coach externe s’est entretenu avec l’ensemble du personnel de l’entreprise. Chacun pouvait s’exprimer. Il s’est alors avéré qu’il était possible de réduire les heures supplémentaires en s’organisant mieux.

Pour le bien des collaborateurs

La Business Social Compliance Initiative (BSCI) est un standard social qui traite avant tout des questions de droit du travail dans les pays producteurs. Il s’agit notamment d’interdire le travail des enfants, d’imposer des salaires corrects, de garantir la liberté syndicale et la sécurité sur les places de travail. Plus de neuf cents entreprises du monde entier participent à la BSCI, qui s’engage pour l’amélioration des conditions de travail dans les chaînes de production des fournisseurs. Cette initiative a été créée en 2003. Migros fait partie des trois membres fondateurs.

Auteur: Andreas Dürrenberger

Photographe: Paolo Dutto, Monika Flückiger