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11 avril 2016

Des cours de langues très particuliers

Le succès des séjours linguistiques ne faiblit pas. La tendance est aujourd’hui aux offres toujours plus personnalisées, à l’image des écoles réservées aux plus de 30 ou 50 ans, ou à la pension complète chez un enseignant.

Les adultes partent de plus en plus en séjours linguistiques. (Photo: Alamy Stock Photo; EC London; DR)

Les séjours linguistiques, un truc de jeunes? Pas uniquement… La part des 17 à 27 ans ne représente que les deux tiers des participants, selon les dernières statistiques de l’Association suisse des organisateurs de séjours linguistiques (ALTA). De nouvelles offres voient donc le jour, adaptées aux besoins de cette nouvelle clientèle plus mature. Il y a par exemple ces écoles de langues réservées à certaines catégories d’âge. Boa Lingua, spécialiste helvétique des séjours linguistiques à l’étranger, collabore notamment avec l’école londonienne EC 30+, l’une des premières à avoir mis sur pied depuis 2013 des cours réservés aux étudiants qui ont déjà atteint la trentaine (lire encadré).

Et le succès est au rendez-vous. Si le marché global des séjours linguistiques s’est stabilisé à un haut niveau l’année dernière, ces enseignements spécifiques ont eux progressé de 9% sur la même période, selon l’ALTA. «La demande est toujours plus forte», se réjouit Suzie Abrahamson, directrice du programme 30+ à EC London. Ce qui nous a motivés à élargir ce programme à nos écoles de Malte, Toronto et New York.» Dernièrement, l’établissement a également créé un programme réservé cette fois-ci aux plus de 50 ans. Il n’est disponible pour l’heure qu’à Malte.

Une classe de l'école EC London pour les plus de 30 ans.

D’autres nouvelles formules sont particulièrement adaptées à ces étudiants plus âgés, au bénéfice souvent de peu de temps libre puisqu’ils ont déjà les deux pieds dans la vie active. L’une des plus emblématiques, c’est le programme «At the teacher’s home» qui offre la possibilité de bénéficier de cours individuels au domicile d’un professeur de langue. Et tout en bénéficiant chez lui de la pension complète (lire page 19). Ce programme, proposé par Boa Lingua vers une vingtaine de pays, a enregistré une hausse de 20% des demandes en 2015. Pour un séjour d’une semaine à Londres par exemple, il faut compter environ Fr. 1300.- (inclus cours, matériel scolaire et pension complète).

Côté langues, c’est l’anglais qui attire toujours un maximum de participants. Selon l’ALTA, plus des deux tiers des séjours linguistiques des Suisses ont pour destination un pays anglophone. Le premier pays, c’est l’Angleterre (23%), suivent l’Australie (17%) et les Etats-Unis (16%). La deuxième langue apprise à l’étranger est le français, suivi par l’espagnol. La quatrième position est détenue par l’allemand, privilégié bien sûr par les Romands.

Programme 30+

Entre adultes consentants

Benjamin Archer, enseignant à EC London.

Chris Lewis, enseignant à EC London.

Au premier coup d’œil, la classe d’anglais paraît bien banale. Sauf que la douzaine d’étudiants ici présents proviennent d’horizons très divers: France, Allemagne, Brésil, Chine… et même de Suisse pour environ 8% d’entre eux. Mais surtout, tous les participants ont plus de 30 ans.

Ce programme spécifique, mis en place par l’école EC London et proposé en Suisse par l’intermédiaire de l’agence Boa Lingua, connaît un vif succès. Ce qui n’étonne guère le professeur, Benjamin Archer. «L’avantage de ces cours? C’est qu’on fait l’impasse sur les ados ronchons», plaisante le Londonien.

«Avec des étudiants plus jeunes, les profs passent seulement 50% de leur temps à enseigner. L’autre moitié à faire de la discipline», complète son collègue Chris Lewis qui a fait partie de la première équipe de professeurs lors du lancement du programme à Londres il y a trois ans. «Ici, les étudiants sont tous très motivés et particulièrement attentifs. Aucune erreur n’est permise de la part des enseignants!»

Dans le lobby, soigneusement décoré et agrémenté de canapés et de tables de travail, Elisabeth Brühwiler participe à un cours optionnel de vocabulaire avec quatre autres étudiants. La Grisonne de 47 ans, mère de trois enfants aujourd’hui adultes, a décidé d’enfin réaliser l’un de ses rêves: apprendre l’anglais. «C’était un gros handicap pour moi de ne pas maîtriser cette langue, confie-t-elle. Je suis très intéressée par la psychologie. Or les conférences les plus intéressantes ont souvent lieu en anglais…»

Elisabeth Brühwiler, étudiante suisse.

Eva Troentlé, étudiante suisse.

Travail et plaisir

Une autre Suissesse est installée dans le petit coin salon. La Zurichoise Eva Troentlé a elle aussi pris l’initiative de se remettre à l’anglais, à 51 ans. «Mon mari et moi n’avons pas un très bon niveau. Si je me suis inscrite à cette école, c’est que nous avons de nombreux projets de voyages...» Le programme réservé aux plus de 30 ans l’a particulièrement séduite. «Je préfère étudier avec des personnes de mon âge. L’avantage de cette école, c’est que les étudiants partagent les mêmes intérêts. Après les cours, on se retrouve, pour manger ou sortir en groupe.»

«La majorité des participants séjournent ici en moyenne trois semaines, la plupart étant déjà en emploi, explique Suzie Abrahamson, responsable du programme 30+ à Londres. Cette expérience, même brève, leur permet d’augmenter considérablement leur aisance à pratiquer la langue.» Beaucoup profitent également de leur séjour pour visiter Londres, alliant travail et plaisir.

A domicile

Immersion complète

Miti Ampoma, enseignante à domicile.

Le taxi se gare devant une petite maison de type victorien, à Richmond, dans la banlieue sud-ouest du Grand Londres. Heureusement que le numéro est bien affiché au-dessus de la petite porte rouge… La demeure ressemble comme deux gouttes d’eau à toutes les autres demeures qui bordent l’allée.

«Welcome, my dear!» Miti Ampoma, notre professeur d’anglais et logeuse pour 24 heures, ouvre sa porte avec son plus bel accent british. Elle est l’une des enseignantes du programme «At the teacher’s home», organisé par InTuitions Languages et vendu en Suisse par l’agence Boa Lingua. Un concept original qui permet de résider et d’apprendre l’anglais au domicile d’un enseignant qualifié.

L’importance des atomes crochus

Autour d’un plat de spaghetti, l’Anglaise d’origine ghanéenne, 53 ans, nous raconte déjà son long et riche parcours professionnel. Elle a d’abord travaillé comme journaliste et productrice, pour la radio puis pour des chaînes de télévision, dont la réputée BBC. Plus tard, elle offrira ses services à plusieurs entreprises britanniques actives sur le plan international, pour former ses employés à la «business communication». Le profil de notre enseignante n’a pas été choisi au hasard. Tous les participants ont en effet à remplir un questionnaire détaillé lors de leur inscription. Pour être sûr qu’élève et professeur partagent un maximum d’atomes crochus.

Le lendemain matin, 8 heures tapantes, Miti nous attend déjà dans sa cuisine. Au menu: un copieux «English Breakfast». Une heure plus tard, nous débutons avec le premier cours dans le salon. «Nous allons d’abord faire quelques exercices, pour évaluer votre niveau d’anglais», explique- t-elle en nous tendant une pile de documents. «Le grand avantage de ces leçons particulières, c’est de pouvoir s’adapter aux besoins de l’étudiant. Selon leurs demandes, nous travaillons certains thèmes en particulier.»

La matinée passe à la vitesse de l’éclair. Lorsqu’on est le seul élève en classe, impossible de rêvasser la moindre seconde. On croit donc l’enseignante sur parole lorsqu’elle affirme que chez elle les étudiants progressent rapidement. «Car ils n’ont d’autre choix que de parler anglais toute la journée», sourit-elle.

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin