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6 février 2012

Des entreprises bien ancrées en Suisse

Dans notre pays, les coopératives ne sont pas seulement fières de leur passé. Elles sont aussi bien armées pour le futur. Des patrons de grandes sociétés nous disent pourquoi.

Cliente devant un étalage dans un magasin Migros.
La Suisse est un pays de coopératives, une forme juridique que l'on retrouve dans la consommation.

Le mot «coopérative» sonne pour beaucoup comme un substantif respectable ou un adjectif remontant aux origines du pays. Il est vrai que, depuis toujours, les paysans de montagne se sont regroupés en coopératives pour exploiter de concert les ressources alpestres. Une solution collective permettant de survivre dans un environnement naturel difficile et de faire communément front contre les puissantes forces de la nature. Les coopératives sont par essence constituées de collectivités d’individus soucieuses d’agir pour le bien de chacun de leurs membres. Qu’il s’agisse d’un alpage, d’un magasin de village, d’une chaîne de supermarchés pratiquant des prix justes, il importe d’abord systématiquement de se prendre en charge et d’assumer ses propres responsabilités. De plus, les sociétés coopératives ne sont pas cotées en bourse et ne doivent pas constamment surveiller l’évolution de leur cours sur les marchés. Elles ne doivent pas non plus verser de dividendes à leurs actionnaires. En lieu et place, leurs gains peuvent être réinvestis dans l’entreprise –ce qui, en fin de compte, profite à tous les membres de la coopérative.

Des coopératives luttent pour des logements à prix abordable

Reste à savoir quelle est l’importance des coopératives dans la Suisse moderne. Celles et ceux qui vivent dans notre pays les rencontrent partout sur leur chemin. Il appartient pour ainsi dire au quotidien des Helvètes de faire ses courses à Migros, de retirer de l’argent à un automate de la banque Raiffeisen, d’assurer ses meubles auprès de La Mobilière ou de se déplacer à bord d’une voiture Mobility. Dans chacune de ces circonstances, les Suisses ont recours aux bons services d’une société coopérative.

Beaucoup de gens cherchant un appartement ont par ailleurs été en contact avec une coopérative. De nombreux Suisses vivent en effet dans des logements – on en dénombre 165 000 – appartenant à une telle société. La société coopérative d’habitation zurichoise ABZ (Allgemeine Baugenossenschaft Zurich), la plus grande du genre en Suisse, possède à elle seule à Zurich et dans ses environs trente lotissements offrant au total près de 4700 logements. Selon les calculs de son président, Peter Schmid, la part de marché des coopératives d’habitation avoisine 5% dans l’ensemble du pays. Elle serait même de l’ordre de 20% à Bienne ou Zurich, des villes industrielles par tradition.

Les sociétés coopératives inspirent des sentiments de grande confiance au sein de la population helvétique. Le Groupement d’intérêt des coopératives (IGG) a réalisé récemment un sondage téléphonique représentatif auprès de plus de mille personnes. Selon cette enquête, l’indice de confiance des sociétés coopératives est de 7,2 points sur une échelle de 10. Les sociétés anonymes cotées en bourse n’obtiennent, elles, qu’une note de 4,7.

Les fortes turbulences enregistrées sur les marchés et la poursuite de la crise financière ont manifestement écorné la confiance placée dans les SA. Inversement, les sondés ont reconnu aux coopératives «des succès économiques à long terme». Ils ont aussi salué «leurs structures régionales ainsi que la proximité qu’elles entretiennent avec leurs clients». Ils ont enfin estimé qu’elles «gèrent les risques de manière consciente et appropriée».

Mais qu’en est-il de l’avenir? Les sociétés coopératives sont-elles armées pour faire face aux défis qui les guettent?

Nous avons rencontré les patrons de trois importantes coopératives – La Mobilière, Raiffeisen Suisse et la Coopérative d’habitation de Zurich (ABZ) – qui expliquent les avantages de ce type de société.

Pour sa part, Franco Taisch, professeur ordinaire de droit économique à l’Université de Lucerne, analyse dans un entretien les raisons pour lesquelles le modèle de la société coopérative n’est pas près de décliner (voir article relié). C’est même, selon lui, une forme juridique de société moderne et tournée vers l’avenir.

Des coopératives sous la loupe: trois exemples éclairants

La Mobilière

L’entreprise est numéro 1 en Suisse dans les domaines de l’assurance ménage, d’entreprise et de prévoyance ainsi que de la réassurance des caisses de pension.

Chiffres 2010: chiffre d’affaires: 3 milliards de francs, bénéfice: 408 millions de francs, collaborateurs: 4300

Markus Hongler, CEO de La Mobilière
Markus Hongler, CEO de La Mobilière

Markus Hongler, CEO de La Mobilière: «La forme coopérative convient bien à une assurance qui est orientée vers le long terme, la sécurité et la confiance. Nous pouvons de surcroît nous concentrer entièrement sur notre clientèle, avec laquelle nous partageons régulièrement notre réussite. Rien que cette année, nous lui avons ristourné 125 millions de francs. Notre structure de coopérative nous a donné la possibilité de planifier à long terme. Nous ne devons pas réagir à chaque secousse du marché. En tant que société coopérative, la stratégie que nous suivons par rapport à nos fonds propres est empreinte de prudence. Nous disposons en conséquence de réserves confortables.»

Groupe Raiffeisen Suisse

Sur la base des sommes inscrites à son bilan, le groupe bancaire est le troisième plus important de Suisse.

Chiffres 2010: Somme du bilan: 147 239 milliards de francs, bénéfice: 952,5 millions de francs, collaborateurs: 9656

Pierin Vincenz, CEO de Raiffeisen
Pierin Vincenz, CEO de Raiffeisen

Pierin Vincenz, CEO de Raiffeisen: «En tant que coopérative, le groupe Raiffeisen ne répond pas de ses activités devant ses actionnaires mais devant ses clients et ses membres. Cela nous permet de mener une politique sur le long terme plutôt qu’une politique axée sur le profit rapide. De surcroît, les bénéfices réalisés en commun sont réinvestis dans l’entreprise. Celle-ci se compose de plus de trois cents agences autonomes implantées dans le tissu local. Grâce à cette structure décentralisée, nous sommes plus proches de nos clients. Ces dernières années, nous avons observé une nouvelle tendance allant vers davantage de proximité avec le client et un retour au local. Ce sont là nos valeurs.»

ABZ, Société coopérative d’habitation de Zurich

Avec 4700 logements, la Société coopérative d’habitation de Zurich (ABZ) est la plus grande du genre en Suisse.

Chiffres 2010: chiffre d’affaires: 60 millions de francs, bénéfice: ABZ n’en réalise pas. Dans l’hypothèse où des gains seraient enregistrés, la différence serait comptabilisée comme amortissement des biens immobiliers. Collaborateurs: 60

Peter Schmid, président: de l' ABZ
Peter Schmid, président de l' ABZ

Peter Schmid, président: de l' ABZ: «Les coopératives d’habitation constituent un modèle suisse à succès, ancré dans le tissu démocratique originel du pays. Elles favorisent la propriété collective. Une fois acheté, le terrain reste aux mains de la coopérative et échappe ainsi à la spéculation. De cette manière, les sociétés coopératives d’habitation apportent une contribution importante au service de la population avec des logements à prix abordable qui assurent aussi un bon équilibre social dans les différents quartiers des villes. Elles favorisent aussi un style de construction, d’habitat et de vie orienté vers la collectivité et agissent de manière intégrative.»

Auteur: Michael West