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23 septembre 2013

Des étangs bien pensés

Avec le soutien de Migros, Andreas Stamer, de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), s’engage pour que l’aquaculture réponde encore mieux aux besoins des espèces.

Portrait d'Andreas Stamer
Pour Andreas Stamer, la phytothérapie ne doit pas être sous-estimée en aquaculture.

Pour beaucoup d’entre nous, les mots «saumon» et «ail» évoquent automatiquement une recette de cuisine. Pourtant, dans le cas présent, il s’agit plutôt des ingrédients d’un succès. Car on utilise en effet l’extrait de cette gousse odorante dans l’élevage de saumons bio afin de lutter contre un parasite: le pou du saumon. «L’extrait d’ail représente une alternative végétale aux médicaments particulièrement efficace», assure Andreas Stamer, un spécialiste de l’aquaculture qui élabore avec son équipe de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) de nouvelles méthodes de pisciculture durable.

La recherche en phytothérapie – le recours aux substances végétales pour lutter contre les maladies – constitue une composante essentielle de son travail. L’extrait d’ail en est un exemple. «Ses propriétés curatives sont connues depuis longtemps», confie le scientifique, qui refuse cependant de révéler le nom des nouvelles substances étudiées au FiBL: «C’est top secret!»

Vue sur lélevage de truites Bio au Bouveret (VS)
Les résultats des recherches d’Andreas Stamer sont appliqués pour l’élevage de truites Bio, ici au Bouveret (VS).

Andreas Stamer accepte toutefois de nous donner quelques indications: «Nous travaillons avec des plantes très différentes, y compris des variétés tropicales, et testons divers procédés pour extraire les principes actifs.» Et les applications potentielles sont nombreuses. «La phytothérapie peut exercer une action antibactérienne ou antifongique, et stimuler le système immunitaire», précise le chercheur.

L’efficacité des différentes plantes est testée en laboratoire, au siège du FiBL à Frick (AG). On y administre des médicaments d’origine végétale sous forme de compléments alimentaires aux jeunes poissons malades, notamment en cas de mycoses. Un groupe de contrôle qui ne reçoit pas de compléments permet d’effectuer une comparaison. Si une substance donnée permet d’obtenir des résultats prometteurs, les tests se poursuivent au sein des élevages bio.

Outre la bonne santé, le bien-être animal est aussi pris en compte

«Même dans le cadre de la production bio, on ne peut toutefois pas toujours exclure totalement l’usage de médicaments conventionnels, regrette Andreas Stamer. Après leur administration, il n’est parfois plus possible de vendre le poisson sous le label Bio et ce, même si plus aucune trace n’est détectable.» La qualité du processus est en effet primordiale: si les directives strictes ne sont pas respectées – de l’élevage à l’abattage en passant par l’alimentation –, la certification ne peut être obtenue.

Truites entières sur une assiette avec le label bio
Les truites Bio du Valais sont élevées dans des 
conditions optimales.

Bien sûr, si les animaux ne tombent pas malades, c’est encore mieux. A cet égard, les conditions d’élevage sont déterminantes. Cet aspect est également examiné par notre expert: «Le bien-être des espèces est notre deuxième champ d’étude.» Mais comment savoir si les poissons ne souffrent pas? «Nous recherchons des signes d’anxiété. Le comportement, la prise alimentaire ou encore la coloration du corps constituent des indicateurs potentiels.»

Pour que les poissons se sentent bien, des étangs bio avec un environnement varié (sol proche du milieu naturel, coins d’ombre, courants différents, etc.) sont recommandés. Les scientifiques se penchent en outre sur l’impact du nombre d’individus dans le bassin. «Une densité élevée peut engendrer davantage de stress, que l’on peut mesurer en observant le niveau de certaines hormones dans le sang.»

La première source de protéines pour 950 millions d’individus

Selon le WWF, le poisson représente la principale source de protéines pour quelque 950 millions de personnes à travers le monde. Cette tendance allant croissant, les besoins ne peuvent plus être satisfaits par la seule pêche sauvage: il est indispensable de développer l’offre d’élevage. Mais la densité des exploitations, le recours aux médicaments et la mauvaise alimentation ont discrédité l’aquaculture aux yeux de nombre de consommateurs.

«Hélas, c’est le problème de la pisciculture conventionnelle, déplore Andreas Stamer. Jusqu’à présent, la protection des animaux et de l’environnement était peu prise en compte, voire pas du tout.» C’est pourquoi l’expert se réjouit que ces questions prennent de plus en plus d’importance.

Le label ASC, par exemple, reflète cette évolution. L’organisation à but non lucratif Aquaculture Stewardship Council (ASC), qui a lancé la certification, a été créée à l’initiative du WWF et bénéficie du soutien de Migros.

D’une manière générale, le bien-être animal et la protection de l’environnement doivent primer. C’est pourquoi le scientifique prône une consommation mesurée, bien que le poisson soit pour ainsi dire son pain quotidien: «Il faut toujours le déguster avec plaisir et modération».

Auteur: Andreas Dürrenberger

Photographe: Ruth Küng, Hans Schürmann, Christian Flierl