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22 août 2016

Des histoires plein la tête

La Vaudoise Cindy Mezni, 24 ans, s’est exercée à l’art de l’écriture à travers la fanfiction. Aujourd’hui elle vit de sa passion en publiant ses propres sagas de science-fiction et de fantastique.

Cindy Menzi et son chien en plein air
L’auteure Cindy Meznin’est de loinpas arrivéeau bout deson inspiration.

J’étais trop impatiente de découvrir la suite de l’histoire. Plutôt qu’attendre encore de long mois, j’ai décidé d’imaginer moi-même le quatrième tome de Twillight

Pendant plus d’une année, Cindy Mezni, âgée à l’époque de 16 ans, s’est ainsi amusée à écrire la suite de la célèbre saga vampirique en publiant ses textes sur des portails internet dédiés à la fanfiction (lire encadré).

«Cela permet d’échanger avec d’autres fans.

Mais c’est aussi un très bon exercice pour améliorer son style, gérer ses idées et établir un déroulé des faits qui tienne la route.

Une condition indispensable si l’on veut satisfaire son audience», explique la jeune femme de Clarens (VD).

Car internet, au contraire de l’édition traditionnelle, permet un contact direct avec ses lecteurs. Pour le meilleur et parfois aussi pour le pire. «La plupart des critiques sont constructives et aident à progresser, précise-t-elle. Mais il y a une minorité d’internautes qui s’amusent à descendre sans scrupule le travail des autres.

Ça peut être difficile à encaisser, surtout pour des adolescents qui manquent encore de confiance en eux.»

L’appropriation de tout un univers

Suite à ce premier contact avec l’écriture, elle décide d’inventer cette fois-ci ses propres personnages, qu’elle met en scène dans un univers inventé de A à Z. Poussant parfois la création jusqu’à façonner de nouveaux langages.

Je n’ai jamais manqué d’imagination, confirme-t-elle. J’avais envie de mettre par écrit toutes les idées qui me trottaient dans la tête.»

Son modèle, à l’époque, c’est J.K. Rowling, l’auteure de la saga Harry Potter. «J’ai toujours été fascinée par le monde qu’elle a su créer de toute pièce. Un travail énorme!»

Prise au jeu, l’adolescente quitte le gymnase après la seconde année pour se vouer entièrement à l’écriture. Et se lance logiquement dans des récits de science-fiction et de fantastique.

Si j’apprécie autant ces genres littéraires, c’est parce qu’ils accordent une liberté totale à mes idées.

Mais je pense sérieusement à me frotter plus tard à d’autres styles de fictions, par exemple des thrillers ou des romances…»

Ses idées, elle les puise de sources très variées. «Mon esprit est en perpétuelle ébullition, confesse-t-elle. Il n’y a que quand je dors que ça s’arrête! Il arrive qu’une actualité dans le journal m’inspire, ou parfois c’est une séquence d’un film… Je laisse ensuite mijoter le tout dans ma tête puis je l’intègre à mes récits lorsque je parviens à visualiser la scène en détail.»

Et même si l’intrigue se déroule dans un monde imaginaire, elle permet tout de même de tirer des leçons sur notre monde bien réel. «Dans chacun de mes livres, j’essaye de faire passer certains messages.»

Sa dystopie en trois volets Iris Empoisonné(e) aborde ainsi le thème du racisme. «Ce n’est pas selon leur race mais en fonction de leur atteinte ou non par un virus planétaire que certaines personnes sont discriminées, précise-t-elle.

Les œuvres fantastiques ont l’habitude d’émettre des critiques pertinentes à propos de notre société. Parfois sans même que l’on s’en aperçoive…»

Actuellement, Cindy Mezni travaille simultanément sur trois différentes suites de livres: sa première œuvre, Le Dernier Espoir, est une romance paranormale dont elle a déjà autopublié les deux premiers tomes (sur les quatre prévus). Quant à Nëphyr, une trilogie de style dark fantasy, et Iris Empoisonné(e), les premiers tomes de ces deux séries sont parus aux éditions J’ai lu.

«Ce ne sont pas encore des bestsellers mais les ventes me permettent déjà de vivre de l’écriture. C’est tout ce que je souhaite: exercer ma passion à temps plein.» Cerise sur le gâteau, ses deux dernières sagas seront également disponibles en anglais au cours de l’été.

«J’ai signé un contrat avec un petit éditeur américain, Evatopia Press. Je m’occupe moi-même de les retranscrire en anglais et une traductrice professionnelle se charge des retouches nécessaires.» L’écrivaine espère que le marché outre-Atlantique lui permettra d’augmenter sa visibilité. Même si, elle en est consciente, la tâche sera ardue…

Aux États-Unis, le marché du livre fantastique est très concurrentiel. Chaque jour, il sort des dizaines de nouveaux romans!»

En contact direct avec les fans sur la Toile

A côté des publications en format papier, la jeune auteure reste toujours très active sur internet. Et notamment sur Wattpad, un réseau social et une application mobile où les usagers rédigent et partagent librement leurs fanfictions et autres récits de leur propre imagination.

J’aime ce contact direct avec les lecteurs. Certains suivent mon travail depuis mes premiers pas dans l’écriture!»

Régulièrement, elle publie de extraits de ses romans en ligne et suit avec attention les commentaires de ses fans, en majorité des adolescentes et des jeunes mères de famille.

Porté par des sagas comme Game of Thrones,Hunger Games ou encore Divergent, le fantastique et ses différents sous-genres semblent plus que jamais en vogue, comme le prouvent les rayons toujours plus spacieux que leur réservent les librairies.

Mais ce succès est-il vraiment inédit? «Quand la saga Twillight est sortie, on a pensé que les vampires étaient particulièrement à la mode. Mais quelques années auparavant, la série TV Buffy contre les vampires connaissait un énorme succès…

Je crois que le fantastique est de manière générale tout simplement indémodable!»

Texte: © Migros Magazine | Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: François Wavre/lundi13