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11 mars 2013

Des méthodes ancestrales qui ont de l’avenir

En première mondiale, Migros propose des conserves de thon rosé pêché à la canne certifié MSC. Cette technique traditionnelle, qui lutte contre la surpêche et la capture d’espèces non désirées, a beaucoup impressionné Herbert Bolliger, président de la Direction générale Migros, lors de son déplacement aux Maldives.

Pêcheur maldivien
La pêche à la canne garantit un emploi aux près de 20 000 insulaires travaillant dans ce secteur.

Dans le petit port de Kooddoo, à deux heures d’avion au sud de Malé, la capitale des Maldives, l’agitation est à son comble. «Nous sommes en train de charger la glace qui servira à conserver les poissons au frais», explique Ali Areef, second capitaine, à la délégation Migros qui s’apprête à passer la nuit en mer. But de l’opération? Observer comment les Maldiviens pêchent, dans le respect de l’environnement, le thon rosé.

Ali Areef, second capitaine.
Ali Areef, second capitaine.

Malgré l’heure tardive (il est bientôt minuit), la température avoisine toujours les 30 degrés. Dans le ciel, la multitude d’étoiles promet aux visiteurs que l’océan Indien saura se montrer accueillant, à l’instar de la vingtaine de pêcheurs présents sur le masdhoni, l’embarcation traditionnelle maldivienne destinée à la pêche.

Une fois les amarres larguées, il est temps d’en savoir plus sur le travail de ces hommes qui ont toujours refusé d’exploiter les richesses sous-marines avec des techniques qui anéantissent les bancs de poissons.

La formule est simple: un homme, une canne, un poisson

A la pêche à la senne, dont la technique consiste à déployer de grands filets qui emprisonnent toutes sortes d’espèces sur leur passage et qui raclent les fonds marins ainsi que les récifs de coraux, les Maldiviens ont en effet toujours préféré la pêche à la canne. Avec cette dernière, les thons rosés sont pris un à un selon une formule simple: un homme, une canne, un poisson.

Dix fois plus gourmande en main-d’œuvre qu’une méthode industrielle, cette technique artisanale garantit un emploi aux près de 20 000 insulaires travaillant dans ce secteur. Surtout, elle présente l’avantage de ne capturer que du thon. En effet, la pêche à la canne, particulièrement sélective, permet aux dauphins et aux requins d’échapper à toutes prises accidentelles – pour la grande joie des touristes qui exigent de pouvoir admirer ces derniers lors de leur séjour.

Pratiquée depuis six siècles par des petites communautés côtières, cette technique n’a jamais pu faire le poids face aux volumes livrés par l’industrie halieutique sur les marchés mondiaux. Depuis 2011, l’International Pole and Line Foundation (IPNLF) organise toutefois la riposte.

«Notre but premier est de tisser des liens entre les pêcheurs locaux et les consommateurs étrangers toujours plus demandeurs de produits de la mer durables», explique John Burton, un des membres fondateurs de l’IPNLF présent à bord du masdhoni. Partenaire de la fondation depuis ses débuts, Migros est à même aujourd’hui – en première mondiale – de proposer dans ses magasins des conserves de thon rosé maldivien pêché à la canne et, qui plus est, certifié MSC, le label pour une pêche sauvage durable (lire ci-contre).

Tout commence par la capture des appâts

Alors que les lumières du port ne forment plus que de petits points à l’horizon, il est temps de capturer – vivants – des poissons-laits, soit les proies que les pêcheurs utiliseront pour prendre les thons. Pour ce faire, de grands projecteurs sont installés sur le bord du bateau.
Attirés par la lumière, deux-trois petits poissons commencent déjà à tournoyer dans le périmètre d’eau éclairée. Quatre heures plus tard, ils ont été rejoints par des milliers d’autres. «Vous ne l’avez pas remarqué, mais nous avons avancé lentement jusqu’à un haut fond de l’atoll afin que le banc de poissons soit le plus compact possible», précise Ali Areef.

Après quelques ordres passés en divehi, deux hommes tendent un filet et le ramènent à eux. D’autres pêcheurs transvasent alors les appâts dans une partie inondée de la cale à l’aide d’épuisettes. Aussitôt après, le bateau file à vive allure en direction du grand large à la recherche de bancs de thons rosés. Pour trouver ces derniers, il s’agit soit de localiser d’autres masdhonis déjà à l’action, soit de scruter l’horizon pour repérer des oiseaux chassant au ras de l’eau les poissons les plus petits.

Quand les dauphins viennent saluer les pêcheurs…

Soudain, alors que le soleil vient à peine de se lever, des cris de joie s’élèvent. Un banc a été localisé. En quelques secondes, les pêcheurs somnolant dans la cale montent sur le pont et s’équipent d’une canne avant de prendre position à la poupe du bateau.
Alors qu’à tribord et bâbord des hommes remettent à la mer les poissons-laits vivants, un système de tuyauterie rejette de l’eau afin de créer de petits tourbillons. Attirés par les appâts et troublés par le bouillonnement, les thons rosés ne font plus alors la différence entre leur proie et les hameçons, tous deux scintillants.

Rapidement, les pêcheurs attrapent les premiers poissons. D’un geste précis, ils les sortent de l’eau en effectuant de grands arcs de cercle avec leur canne et les déposent sur le pont. «Comme l’hameçon n’a pas d’ardillon, il s’enlève facilement de la chair du poisson, explique Lorence Weiss, category manager à Migros en charge notamment des conserves, en observant le travail des pêcheurs. De plus, le crochet est suffisamment grand pour que les jeunes thons rosés qui doivent encore se reproduire ne le mordent pas. Ainsi, les stocks peuvent se renouveler naturellement.»

Après trois heures d’effort (chaque prise pèse jusqu’à 10 kilos), l’arrière du masdhoni est recouvert de poissons. Une bonne pêche qu’Ali Areef estime à trois tonnes.

Alors que le bateau rentre au port et que les thons sont entreposés dans la partie réfrigérée du bateau, une colonie d’une centaine de dauphins croise l’embarcation. Une rencontre émouvante qui vient prouver que la pêche à la canne respecte bel et bien les autres espèces.

A terre, les poissons sont ensuite entreposés dans des halles frigorifiques, avant d’être transportés dans des conserveries, comme celle de l’Horizon Fisheries à Maandhoo, sur un atoll plus au nord.

Actuellement, le thon maldivien que Migros vend sur ses rayons a été conditionné en Thaïlande, mais le distributeur compte bien pouvoir à l’avenir le mettre aussi en boîte sur place. Dans les deux cas, le mode d’acheminent reste le même: les conserves sont transportées par bateau à Rotterdam, puis par péniche à Bâle avant de prendre le train pour la centrale de distribution.

Le travail des pêcheurs a impressionné la direction Migros

Le lendemain, la délégation s’étoffe d’un hôte de marque avec l’arrivée d’Herbert Bolliger, président de la Direction générale Migros, lui aussi venu observer le travail des pêcheurs, avant de rencontrer Ahmed Shafeeu, le ministre de la pêche des Maldives. «Je suis très impressionné par la façon dont les Maldiviens travaillent en harmonie avec la nature, a déclaré Herbert Bolliger. C’est remarquable de noter que les techniques d’hier constituent les solutions de demain.»

Herbert Bolliger n’est pas le seul à saluer le peu d’impact environnemental de la pêche à la canne. Le WWF et Greenpeace également soutiennent cette méthode certifiée MSC depuis novembre 2012 (lire ci-contre).

Cette reconnaissance internationale réjouit les Maldiviens. Surtout, elle confirme ce qu’ils savaient déjà: seule une pêche responsable a de l’avenir.

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Monika Flückiger