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5 juin 2017

Des nouvelles fraîches de l’Antarctique

La biologiste vaudoise Catherine Cherix est allée au début de l’année sur le continent blanc afin de réaliser des projets pédagogiques en lien avec le réchauffement climatique. Ses observations font parfois froid dans le dos.

En Antarctique, la banquise diminue beaucoup plus rapidement qu’on le prédisait. (Photos: Catherine Cherix/DR)

Visage buriné, regard bleu glacier, Catherine Cherix est une prof de sciences et de géo qui aime arpenter le terrain. Là, elle revient de l’hémisphère Sud où elle était partie au début de cette année dans le cadre d’un projet coordonné par le Laboratoire de didactique et d’épistémologie des sciences de l’Université de Genève, en collaboration avec l’EPFL. «J’ai pris un congé sabbatique de six mois dans le but d’élaborer des documents pédagogiques sur les changements climatiques - un thème qui figure dans le plan d’études romand, alors que les moyens d’enseignement n’existent pas encore - ainsi que sur les milieux polaires», précise cette Vaudoise d’adoption. Et pour cela, elle avait besoin de «vivre de l’intérieur cette région froide et sensible de la planète».

Catherine Cherix, biologiste.

Au milieu d’un désert blanc

Son périple, cette biologiste l’a démarré au début de cette année à la station belge Princess Elisabeth Antarctica (lire encadré), qui héberge depuis 2008 des équipes de recherches du monde entier. Un lieu situé à l’est de cet immense désert de glace, grand comme une fois et demie l’Europe. Autant dire au milieu de nulle part, loin de tout et où le jour est sans fin durant l’été austral.

«J’ai passé quatre semaines à côtoyer la quinzaine de personnes actives sur la base et à suivre le travail de deux chercheuses, une chimiste canadienne et une microbiologiste allemande qui étudient la vie en milieux extrêmes.» Comme sa mission le prévoyait, Catherine Cherix a récolté de l’information, alimenté son blog, communiqué via Skype avec des classes romandes et réalisé des capsules vidéos ainsi que des reportages photographiques.

Le terrain de travail des scientifiques est grand comme une fois et demie l’Europe.

La fonte de la banquise s’accélère

Quant aux effets du réchauffement, elle les a constatés dès son arrivée en Antarctique. «La piste habituelle de Novo, qui se situe au niveau de la mer, n’était pas assez sûre pour notre Iliouchine. Il a dû se poser près de la station norvégienne Troll qui se trouve, elle, en altitude.» Cela fait cinq ans que cette situation perdure, et la période durant laquelle ces immenses avions cargos russes ne peuvent atterrir sur leur tarmac s’allonge d’année en année…

Autrement, sur place, elle n’a pas observé directement l’impact des modifications climatiques sur l’environnement. «Mais pendant que j’étais là-bas, il y a eu la cassure du glacier Larsen, une station anglaise a même dû être évacuée.» En fait, c’est un iceberg géant, de la taille du canton du Valais, qui est en train de se détacher de la péninsule.

«La banquise diminue beaucoup plus rapidement qu’on le prédisait. Comme ce continent est blanc, il réverbère pratiquement toute l’énergie solaire et se réchauffe très peu. Mais à partir du moment où la banquise rétrécit (elle n’a jamais été aussi riquiqui depuis près de quarante ans, ndlr), elle laisse place à l’océan qui est sombre et absorbe l’énergie solaire. Conséquence: la fonte des glaces s’accélère.»

Sale temps pour les manchots

Catherine Cherix a quitté la station Princess Elisabeth Antarctica début février pour se rendre au Cap. Elle y est restée deux semaines pour rencontrer les scientifiques qui se penchent sur la problématique du déclin des manchots africains. «Là-bas, les populations sont en train de disparaître. En une vingtaine d’années, elles ont diminué de pratiquement 90%!»

La faute à deux phénomènes qui s’additionnent: le réchauffement climatique qui est à l’origine de la dégradation du courant du Benguala (réserve de plancton et donc de poissons) et la surpêche au chalut en ce même lieu. «Les manchots parcourent des milliers de kilomètres pour trouver de la nourriture et ils se retrouvent «piégés» dans des eaux où auparavant il y avait abondance d’anchois et de sardines. Du coup, leur taux de survie tombe de 50%.»

D’autres manchots - ceux des îles Kerguelen et Crozet - souffrent aussi des modifications du climat. «A la Réunion, dernière étape de mon voyage, j’ai appris par les chercheurs qui travaillent sur les TAAF (Territoires antarctiques australs français, ndlr) que des colonies entières sont anéanties certaines années à cause des intempéries.» Parce qu’il pleut de plus en plus souvent sur ces archipels et que les poussins possèdent un duvet qui les protège de la neige, mais pas de la pluie. Transis, ils finissent donc par mourir de froid.

Les manchots africains sont menacés de disparition. La faute au réchauffement climatique et à la surpêche.

Du global au local

Poussée par sa curiosité, notre globe-trotteuse a encore profité de son séjour réunionnais pour aller voir le Piton de la Fournaise qui était en fin d’éruption, et interroger des scientifiques au sujet de l’incidence du volcanisme sur les changements climatiques. «Les volcans ont un impact puisqu’ils relâchent du CO2. Leur activité est à prendre en considération sur le long terme, mais elle n’est en rien comparable avec les activités humaines à l’origine de l’élévation des gaz à effet de serre et de la montée en flèche des températures de la planète.»

Par conséquent, si l’on veut infléchir la courbe du réchauffement, il est urgent, selon Catherine Cherix, «de réagir par une adaptation de nos comportements». «Faire des constats, comprendre le global, c’est bien. Mais il est aussi important d’agir au niveau local, de s’investir personnellement, de consommer autrement sans s’empêcher de vivre», conclut-elle.

Texte: © Migros Magazine / Alain Portner

Auteur: Alain Portner