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4 juillet 2016

Des patients mieux protégés

En quarante ans, la relation médecin-patients a beaucoup évoluée. Barbara Züst de l’Organisation suisse des patients, que Migros a contribué à créer, nous explique ce qui a changé.

Barbara Züst
Pour Barbara Züst, les études de médecine doivent accorder une plus grande importance aux compétences sociales.

L’écho a été retentissant: en 1978, le premier «mur des lamentations» pour patients a été érigé au Centre Le Corbusier, à Zurich – une action rendue possible grâce au Gottlieb Duttweiler Institute. Et le succès a été au rendez-vous, avec un afflux inattendu de questions et de plaintes. De cette initiative naîtra plus tard l’Organisation suisse des patients (OSP). Sa co-directrice actuelle, Barbara Züst, revient sur les progrès effectués dans le domaine de la santé et évoque les problèmes encore en suspens.

Barbara Züst, comment caractériser la relation médecin-patient en 1978?

Le corps médical apparaissait souvent comme une figure de l’autorité: il ordonnait le type de traitement et n’attendait de la part du malade aucune question et encore moins de contradiction. En règle générale, tout rapport d’égalité était exclu. Les patients n’avaient pas non plus accès à leur dossier médical; il n’était pas rare que le médecin conserve sous clef les résultats d’analyse et les radios, par exemple.

Le système de santé était-il moins performant à cette époque?

Non, bien évidemment. A l’époque, il était courant que des médecins de famille accompagnent parents et enfants pendant des années. Et du fait de leur meilleure connaissance des antécédents familiaux, ces professionnels pouvaient mieux diagnostiquer les facteurs de risque de leurs patients. De nos jours, la médecine est plus compartimentée et plus impersonnelle. On rencontre fréquemment des spécialistes, et la pression des délais est permanente. Résultat: les consultations sont de plus en plus courtes.

En revanche, les patients d’aujourd’hui sont sans doute mieux informés.

Oui, et internet contribue beaucoup à cette évolution. Les personnes souffrant de telle ou telle pathologie se rendent souvent chez le médecin après s’être renseignées en ligneet font preuve d’une plus grande assurance. Cependant, les multiples possibilités thérapeutiques et l’anonymat peuvent également être des sources d’angoisse.

Votre fondation est-elle souvent sollicitée?

Nous recevons quelque quatre mille demandes par an. Elles concernent les médecins, les dentistes, les physiothérapeutes mais aussi les caisses maladie. Dans environ un quart des cas, les patients craignent d’avoir été victimes d’une erreur médicale.

Comment les aidez-vous?

Nous procédons d’abord à une enquête préalable afin de déterminer si l’erreur médicale est avérée et qu’il ne s’agit pas d’une complication due au traitement. Si les soupçons se confirment, nous mettons le patient en relation avec un avocat-conseil. Nous savons par expérience que de nombreux dossiers ne sont pas motivés en premier lieu par la perspective de dommages et intérêts. Les personnes veulent avant tout faire la lumière sur ce qu’il s’est passé.

Quels sont les principaux objectifs de votre fondation pour l’avenir?

Nous voulons renforcer la position du patient face au spécialiste de santé. Par ailleurs, les études de médecine doivent accorder une plus grande importance aux compétences sociales. Nous nous intéressons aussi au fossé numérique qui se creuse au sein de notre société. Les seniors qui ne maîtrisent pas internet sont dépassés. Nous tenons à ce que tous les patients aient accès à une information de qualité et puissent avoir leur mot à dire sur le choix de leur thérapie.

Auteur: Michael West

Photographe: Daniel Winkler