Archives
3 février 2014

Des poulaillers aux nombreux avantages

Migros développe son assortiment de poulets bio et aide des paysans à élever leur volaille selon des méthodes durables. L’éleveur Laurent Godel a mis au point un nouveau modèle d’exploitation préservant le bien-être animal.

des poulets dans un poulailler
Chacun des nouveaux poulaillers abrite 500 animaux, même si 2000 poulets au maximum sont autorisés par bâtiment pour la production bio en Suisse.
portrait du paysan
Le paysan Laurent Godel dans sa ferme près de Domdidier (FR).

Située au nord-ouest du canton de Fribourg, près de Domdidier, une commune d’environ 3000 habitants, la ferme de Laurent Godel attire peu les visiteurs. Pourtant, ses installations valent le détour. Le paysan de 46 ans, qui a repris l’exploitation paternelle en 2006, a beaucoup misé sur l’innovation.

Avec le soutien de Migros, il a développé un modèle d’élevage de poulets bio à la fois respectueux de l’espèce et axé sur la productivité. L’enseigne compte ainsi élargir son assortiment de volailles bio suisses (lire encadré).

Un poulailler fixe réduit la charge de travail des paysans et permet une meilleure ventilation

Les structures de Laurent Godel sont installées de manière fixe, ce qui les distingue des poulaillers traditionnels bio. Ceux-ci doivent être déplacés de temps en temps afin que les animaux puissent accéder à d’autres pâturages, ce qui est prescrit par le législateur. La particularité de l’infrastructure de Laurent Godel réside dans le fait que les poulaillers immobiles soient entourés de trois prairies différentes, qui sont utilisées de manière successive.

un poulailler entouré d'herbe
Les granulés stockés dans le silo, situé à l’extérieur et alimenté en électricité par des panneaux solaires, sont apportés automatiquement dans le poulailler par un réseau de tuyaux.

Ce système permet le repos de la terre et évite les maladies qui peuvent être transmises par le sol. De plus, les installations fixes réduisent la charge de travail du paysan, qui ne doit plus les déplacer. En tout, Laurent Godel a construit six nouveaux poulaillers fixes, qui abritent 500 animaux chacun, même si 2000 poulets au maximum par bâtiment sont autorisés pour la production bio en Suisse.

Afin de nourrir ses animaux plus facilement, le paysan a mis au point un ingénieux prototype: les granulés stockés dans le silo, situé à l’extérieur, sont apportés automatiquement dans le poulailler par un réseau de tuyaux. «Il faut faciliter le travail des producteurs.

Grâce à mon système, je remplis les mangeoires moins souvent,

explique le professionnel tout en précisant que les directives strictes en matière d’élevage bio laissent peu de marge de manœuvre à la modernisation. Le silo est par ailleurs alimenté en électricité par des panneaux solaires.

L’architecture du poulailler a elle aussi fait l’objet d’une longue réflexion: la forme pointue du toit permet une circulation accrue de l’air et une meilleure ventilation du local.

Trouver d’autres éleveurs intéressés constitue un des grands défis

portrait d'un collaborateur de Micarna et d'un éleveur de poulets bio
Anton Grub, responsable de la production de volaille à Micarna (à g.), et l’éleveur Laurent Godel travaillent à Domdidier (FR) main dans la main.

Afin que ses innovations puissent être adaptées aux autres exploitations, Laurent Godel est épaulé par des spécialistes de Micarna, une des entreprises de M-Industrie.

«Trouver d’autres éleveurs intéressés constitue un des grands défis», explique Anton Grub, 53 ans, responsable de la production de volaille chez Micarna avant d’ajouter: «La production de poulet bio n’est pas très développée en Suisse.»

Pourtant le jeu en vaut la chandelle:

Les poulets bio sont plus robustes et on leur administre encore moins d’antibiotiques que dans un élevage conventionnel,

explique Anton Grub. La croissance des poulets bio, plus lente que celle de leurs congénères élevés selon les méthodes traditionnelles, contribue au bien-être des animaux.

En effet, il leur faut environ 80 jours avant d’atteindre le poids idéal. Pour cette raison aussi, l’élevage est plus onéreux. «Une poule bio consomme deux fois plus qu’un autre animal», explique Anton Grub, qui précise encore que la production de fourrage bio s’élève à 30%, le reste doit être importé.

Actuellement, Migros travaille avec onze agriculteurs qui sont prêts à répondre à des critères durables. «Nous attendons encore les permis de construire pour démarrer les projets, explique le spécialiste Micarna qui fait le pont entre les autorités et le monde agricole. Je me sens bien partout et sais trouver les mots adéquats pour me faire comprendre.»

Photographe: Nik Hunger