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9 février 2015

Des poussins choyés

Les fournisseurs étrangers de Migros sont eux aussi soumis aux normes suisses en matière de bien-être animal. La Protection suisse des animaux a contrôlé un élevage de poulets hongrois.

des poussins dans un poulaier
Moins de stress pour les poussins: les animaux peuvent se reposer sur des surfaces surélevées (en arrière-plan).

La grande plaine du nord-est de la Hongrie, non loin de la frontière ukrainienne, est le théâtre d’une expérience révolutionnaire pour le commerce de détail suisse: au cours des deux dernières années, Migros a étroitement collaboré avec le producteur magyar Master Good pour construire un élevage de poulets d’engraissement conforme aux exigences de l’ordonnance suisse sur la protection des animaux.

Mira Gelehrter, experte de la Protection suisse des animaux
Mira Gelehrter, experte de la Protection suisse des animaux.

La Protection suisse des animaux (PSA) se rend régulièrement sur place pour suivre le processus, comme aujourd’hui. Armées d’un appareil photo et d’un télémètre laser, Mira Gelehrter et Milena Burri pénètrent dans le poulailler. Respectivement vétérinaire et biologiste, les deux représentantes de l’organisation ont pour mission de contrôler les conditions d’élevage, de transport et d’abattage des animaux.

A l’aide du télémètre, Milena prend les mesures précises des lieux. En effet, la densité de peuplement des poulaillers a désormais été modifiée. Les animaux y sont moins nombreux: les poussins, âgés de 19 jours, disposent désormais de beaucoup plus de place.

Chaque animal bénéficie de 30 à 40% d’espace supplémentaire»,

explique Remo Ackermann, spécialiste de la production respectueuse des animaux à Migros.

Au total, 38 installations ont été réaménagées en Hongrie. Les travaux ont notamment inclus la construction de nouvelles fenêtres permettant aux poussins de profiter de la lumière du jour. Pour améliorer le bien-être animal, Migros a également instauré une phase d’obscurité de huit heures d’affilée, contre les deux plages de quatre heures en usage au sein de l’UE. Cette méthode ne permet pas aux animaux de se reposer», explique Mira Gelehrter, avant d’examiner avec attention les pattes des poussins.

Des animaux joueurs et curieux

Les coussinets plantaires des poussins sont examinés et photographiés.
Les coussinets plantaires sont examinés et photographiés.

Milena Burri soulève les oisillons qu’elle tient délicatement dans le creux de ses mains. Mira Gelehrter palpe leurs coussinets plantaires et les photographie. «A première vue, tout me semble parfait, déclare la vétérinaire. Le critère primordial est la nature du sol.» Ce dernier est composé de paille broyée très finement: ici, pas de copeaux sur lesquels les animaux pourraient se blesser.

La litière possède par ailleurs une forte capacité d’absorption. «Elle doit impérativement être sèche», explique Mira Gelehrter. Car l’humidité provoque des ulcères des coussinets. «Ici, elle est en bon état», conclut-elle.

Lorsque le groupe de visiteurs se déplace dans le poulailler, les poussins se mettent de côté sans se bousculer. Ils attendent que l’agitation ait cessé pour se rapprocher. «Les animaux me font une bonne impression générale, déclare Mira Gelehrter. Ils sont joueurs et curieux. Regardez ces deux-là qui se chamaillent!»

Un bon signe? «Bien sûr! L’enjeu est hiérarchique. Leur comportement est conforme aux habitudes de l’espèce, assure la vétérinaire. Les animaux malades ne se mesurent pas les uns aux autres.»

Que pensent les producteurs hongrois de tous ces arrangements? Laszlo Barany, propriétaire de Master Good raconte: «Notre entreprise familiale a plus d’un siècle.

Si l’expérience nous a appris une chose, c’est bien que ce qui est bon pour les animaux l’est aussi pour nous.»

Remo Ackermann ajoute: «Ces mesures améliorent la santé des bêtes et optimisent leur engraissement».

Ce résultat est le fruit du travail du producteur et des employés. Ces derniers ont bénéficié d’une formation intensive, qu’ils soient chargés du soin des volailles dans les poulaillers, du chargement, du transport ou de l’abattage, qui a lieu au terme d’une quarantaine de jours. Ces éléments fondamentaux pour le bien-être animal ont également fait l’objet d’un contrôle par les deux expertes de la PSA.

Leur premier bilan? «Le principal élément positif est la délicatesse avec laquelle sont manipulés les animaux lors du chargement en vue du transport vers l’abattoir, note Milena Burri. Ces méthodes sont conformes à nos exigences». Mira Gelehrter est tout aussi optimiste:

Ce que nous avons pu voir jusqu’à présent contribue à l’amélioration du bien-être animal à l’étranger».

Les deux spécialistes regrettent certes l’absence d’une zone extérieure, sorte de jardin d’hiver couvert où les animaux profitent du soleil, du climat naturel et de l’air pur. Si la présence de ce type d’espace n’est pas imposée par la loi en Suisse, elle est courante dans les élevages. «Pour le moment, nous avons installé des jardins d’hiver dans huit poulaillers, avec l’aide de nos producteurs hongrois. Il s’agit de prototypes», précise Remo Ackermann.

La raison de cette précaution: en Hongrie les étés sont chauds et les hivers froids. «Il est impératif que nos partenaires commencent par tester ce dispositif, afin de déterminer à quelle période et à quel âge les animaux peuvent occuper le jardin d’hiver.» Migros envisage d’équiper davantage de poulaillers à l’avenir.

Auteur: Christoph Petermann

Photographe: Jorma Müller