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4 mai 2015

Des solutions innovantes pour le colza

La culture du colza Bio n’a rien d’aisé. C’est pourquoi Migros finance une recherche sur les répulsifs naturels et une meilleure utilisation de l’engrais.

Colza
D’un jaune éclatant, le colza magnifie les campagnes avant de venir enrichir la cuisine avec son huile si appréciée (photo: Mirko Ries).

Le printemps est de retour et, avec lui, le jaune éclatant des champs de colza qui constellent nos régions. Non contente d’égayer le paysage, cette plante annuelle trône aussi en bonne place dans la plupart des cuisines suisses.

Même s’il est omniprésent, le colza n’en reste pas moins très sensible aux conditions géologiques et météorologiques. De plus, il est exposé aux attaques de nuisibles tels que le méligèthe. «Ce dernier fait encore plus de ravages dans les champs bio, où l’usage des insecticides est interdit», précise Claudia Daniel, agronome à l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL).

Forte de ce constat, Migros a décidé de subventionner diverses initiatives pour sortir l’agriculture biologique de ce mauvais pas. Ainsi, depuis fin 2013, le distributeur finance le projet de recher­che sur le colza dirigé par Claudia Daniel et mené par Agroscope, Biofarm ainsi que le FiBL.

Du parfum contre les nuisibles

C’est à Muhen (AG) que la chercheuse effectue ses expériences. Le projet tente de dégager des solutions biocompatibles de lutte contre les ravageurs et étudie l’influence de ces derniers sur le rendement général des cultures.

Claudia Daniel compte le nombre de méligèthes par plant (photo: Mirko Ries).

Claudia Daniel compte le nombre de méligèthes par plant (photo: Mirko Ries).

Debout au beau milieu d’un champ de colza, l’agronome examine les oléagineux, secoue les fleurs au-dessus d’un contenant en plastique et compte les coléoptères qui en tombent. «Cette année, on en recense deux ou trois par plante. C’est peu.»

Au printemps, les méligèthes volettent dans les champs de colza et mordent les bourgeons destinés à donner les fleurs jaunes et les cosses. Les insectes sont guidés par l’odeur puissante que dégage leur cible. C’est justement ce qui intéresse Claudia Daniel, qui recherche des parfums susceptibles d’éloigner les nuisibles. Ses essais en laboratoire l’ont orientée vers la citronnelle et la menthe des champs; il s’agit à présent de trouver une formule utilisable sur le terrain.

Engrais et rendement

En parallèle, Claudia Daniel a voulu vérifier une hypothèse dans la deuxième partie de son projet. En effet, les rendements de colza bio sont nettement inférieurs à ceux de la production conventionnelle; les agriculteurs tiennent le méligèthe pour responsable de cette différence.

Pour confirmer ou non ce sentiment, l’agronome a recouvert d’un mince filet une partie des champs. Parallèlement, les parcelles ont été fertilisées de différentes manières.

Les filets sont censés protéger les champs de ces nuisibles (photo: Mirko Ries).

Les filets sont censés protéger les champs de ces nuisibles (photo: Mirko Ries).

Au bout de trois ans, les conclusions sont sans appel: qu’ils soient protégés ou non contre les coléoptères, les terrains affichent des rendements identiques. En revanche, ces derniers sont plus importants dans les zones qui ont reçu plus d’engrais. «La différence n’est donc pas due au méligèthe, mais au fait que le secteur biologique utilise moins de fertilisant», résume l’agronome. Selon elle, ce résultat tient au fait que les différentes sortes de colza existantes ont été mises au point pour l’agriculture conventionnelle et pâtissent d’un manque d’azote lorsqu’elles sont cultivées de façon biologique. «A cause de cette carence, seule une partie des fleurs se transforme en cosses. Les quelques bourgeons que les coléoptères peuvent grignoter par la suite ne changent pas grand-chose à l’affaire», complète la spécialiste.

En d’autres termes, si les paysans bio veulent améliorer les rendements du colza, ils doivent améliorer l’apport nutritif des plantes. Avec pour conséquence, le fait que le méligèthe reviendra alors en première ligne. «C’est là que nos parfums répulsifs entreront en jeu», indique Claudia Daniel.

Le projet de la chercheuse se poursuivra jusqu’en 2016. Les premières conclusions n’ont encore eu aucune répercussion directe sur la production d’huile de colza biologique.

«Une fois les expériences terminées, les résultats seront intégrés à divers documents de conseil afin de faciliter le travail des paysans de ce secteur», se réjouit Mirjam Sacchelli, spécialiste de l’environnement à Migros.

Auteur: Beat Matter